Adieu Patrick Salas

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    Adieu Patrick Salas
Publié le , mis à jour

Il reste pour l'éternité l'homme du 14 juillet 1979. Une victoire éclatante qu'il vécut comme un parfait néophyte.

Il n'a pas connu beaucoup de sélections, sept seulement, mais des générations d'internationaux à cinquante capes ou plus se seraient damnés pour avoir vécu une seule d'entre-elles, sa deuxième, celle du 14 juillet 1979. Patrick Salas portait le numéro 8 du XV de France qui gagna pour la première fois en Nouvelle-Zélande, à Auckland. Il avait appris sa titularisation le matin-même après un épisode légendaire : en serrant la main d'un sélectionneur pour lui dire bonjour, l'Agenais Christian Bèguerie avait réveillé sa blessure à la main droite. Le capitaine Jean-Pierre Rives était venu voir Patrick Salas pour l'avertir qu'il débuterait l'après-midi. « En deuxième ligne ? » demanda ce dernier encore un peu dans les vapes après une nuit très douce, mais sans sommeil fruit de ces rencontres dont les tournées faisaient leur miel. « Non en troisième-ligne centre ! » : répondit Rives. On l'imagine tellement blémir en une fraction de seconde. Il ne jouait jamais à ce poste avec Narbonne, avec qui il venait d'être sacré champion de France. Il y faisait figure de colosse paisible, pas vraiment guerrier, mais travailleur et plus mobile que son poids de 108 kilos l'aurait laissé supposer. Mais à Invercargill en semaine, Toto Desclaux l'avait essayé en 8 et il n'avait pas été ridicule, même s'il avait un peu tiré la langue. Patrick Salas releva le défi et l'on connaît la suite. Les Bleus l'emportèrent 24-19. Rives lui avait dit : « Je prends l'extérieur, tu gardes l'intérieur. » Patrick Salas avait fait le match de sa vie surtout en défense pour contrer la troisième ligne souveraine des All Blacks et son fer de lance Graham Mourie. Il avait plaqué et retourné les maillots noirs pour être à la hauteur de ce clin d'oeil magistral du destin. Il ne compta que sept sélections, victime peut-être d'un gabarit hybride. Les sélectionneurs l'utilisèrent même au poste de pilier. Son village de Bages dans l'Aude peut pleurer l'un de ses héros du bout du monde : qui a ferraillé pendant de longs mois contre une leucémie : plus dangereuse pour lui que les assauts de Graham Mourie un jour de fête nationale.

Jérôme Prévot
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