Pays de Galles : Un pays qui s’interroge

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Publié le , mis à jour

Les résultats ne sont pas si catastrophiques mais la principauté britannique se pose de nombreuses questions existentielles à la vieille du tournoi des Six Nations.

Le rugby gallois traverse une période d’interrogations. Le pauvre Rob Howley, le sélectionneur, a subi son flot de critiques après une campagne automnale morose, malgré la victoire finale contre les Springboks. Le remplaçant intérimaire de Warren Gatland devait assumer une raclée subie face aux Wallabies et la victoire par miracle face au Japon. Il devra attaquer le Tournoi avec un wagon de joueurs blessés ou diminués. Mais au-delà de ça, le rugby gallois se sent faible sur ses bases. Sa vie s’apparente parfois à un numéro d’équilibriste. Les résultats de l’équipe nationale sont plutôt bons depuis le milieu des années 2000. La formation est finalement impressionnante pour un pays de trois millions d’habitants. Mais les structures professionnelles restent très fragiles, c’est du moins l’avis de Peter Thomas. Le propriétaire historique de la franchise des Cardiff Blues a jeté un pavé dans la mare en accordant une interview à nos confrères du Western Mail. C’est au niveau des quatre équipes professionnelles que les choses sont les plus inquiétantes.

Depuis leur création en 2003, elles n’ont jamais atteint la finale de la Champions Cup et, surtout, elles n’ont jamais trouvé leur public : « Nous sommes proches d’un accident industriel, il y a le feu au lac. » Pour lui, les quatre régions ne pourront plus être compétitives avec des budgets de 5 millions de livres, soit 5,8 millions d’euros (et même 3,5 pour les Gwent Dragons, soit 4 millions d’euros), une puissance de feu, selon lui, moindre que celles des franchises irlandaises et écossaises dont il estime le budget entre 6,5 et 7 millions de livres (autour de 8 millions d’euros). « Je ne parle pas des clubs anglais et français. » Peter Thomas craint que les Blues, les Ospreys et les Scarlets ne fassent plus que de la figuration sur le plan européen et qu’elles ne puissent plus conserver les meilleurs joueurs gallois. Il évoque même le spectre d’un effondrement des quatre équipes phares qui jouent souvent devant des tribunes vides.

Refonte totale du système ?

Il y aura donc de nouvelles discussions entre les franchises et la WRU. D’un côté, Peter Thomas et ses trois acolytes ; de l’autre, Martyn Phillips et l’ancien demi d’ouverture international Gareth Davies (21 capes entre 1978 et 1985) : les deux hommes forts de la Fédération. Il fut aussi dans le passé directeur délégué des Cardiff Blues puis des Gwent Dragons. Il connaît parfaitement le haut niveau. Depuis 2003, les deux parties ont toujours eu des rapports difficiles car, à la différence de leurs homologues italiennes, irlandaises ou écossaises, les provinces de la principauté ne sont pas la propriété de la Fédération. Elles vivent dans une sorte d’entre-deux équivoque, source de bisbilles incessantes. Visiblement, le système des « contrats centraux » finalisé depuis 2104, s’avère insuffisant. Seize joueurs y ont souscrit pour être payés à 60 % par la WRU et 40 % par le club. Pourtant, la Fédération donne également 6,7 millions de livres par an à ses quatre équipes d’élite.

Il pourrait donc y avoir une sérieuse refonte du sommet de la pyramide du rugby gallois, comme l’a clairement demandé Peter Thomas. La presse galloise sous-entend qu’on se dirige vers une refonte totale du système gallois. Les quatre régions et la WRU pourraient se fondre dans un organisme commun, comme en Nouvelle-Zélande. Les revenus seraient mis dans un pot commun et les joueurs et les staffs seraient payés directement par cette nouvelle entité. Un tel projet serait une victoire symbolique pour la Fédération qui reprendrait la main, même si les régions garderaient une part d’autonomie. Dans une sorte de contre-interview pour répondre à Peter Thomas, Martyn Phillips s’est montré prudent : « Je ne suis pas un farouche partisan du centralisme. Il a ses avantages et ses inconvénients. Il y a des choses que nous pouvons mettre en commun, comme le médical, les assurances et même certaines tâches administratives. Après, on ne peut pas parler des régions comme si elles étaient toutes les mêmes. Elles n’ont pas la même identité, elles ne sont pas toutes au même stade de développement. » Des propos un peu ambigus, donc. Est-ce un jeu de dupe ? Les discussions pourraient être très ardues dans le futur.

Épidémie de blessures

Rob Howley n’est pas dans une position facile. Assurer l’intérim d’un « personnage » comme Warren Gatland n’est déjà pas chose facile. Il doit en plus faire face à une épidémie de blessures avant le Tournoi, du jamais vu : douze joueurs majeurs sont actuellement blessés ou à peine convalescents. Même si le vivier gallois est relativement riche, une telle série noire pourrait avoir de grosses répercussions sportives. Voici les détails.

George North : C’est le cas qui fait le plus couler d’encre. Il vient de reprendre avec Northampton après un mois d’absence due à une nouvelle commotion (cinq en deux ans). Il semble sportivement en dedans de ses capacités.

Taulupe Faletau : Le numéro 8 s’est à nouveau blessé aux ligaments d’un genou avec Bath à Noël. Il devrait manquer les deux premiers matchs du Tournoi. Il avait loupé les trois premiers mois de la saison pour la même raison.

Rhys Webb Le demi de mêlée des Ospreys s’est fait une grosse entorse à une cheville contre l’Australie le 5 novembre. Il n’a pas rejoué depuis. Il semble un peu juste pour débuter le Tournoi.

Samson Lee : Le pilier droit est sorti, blessé à un mollet, lors du match Cardiff - Scarlets. Son entraîneur a minimisé la gravité de sa blessure mais Howley a tout fait pour qu’il soit ménagé au maximum. Les joueurs de son profil ne courent pas les rues dans la principauté.

Dan Lydiate : Le troisième ligne des Ospreys s’est blessé lors du test-match contre les Springboks du 26 novembre. Pour lui, le Tournoi est déjà fini, même la tournée des Lions britanniques et irlandais est compromise.

Gethin Jenkins : Le pilier vétéran était capitaine pour les tests automnaux mais il a annoncé qu’il devait se faire opérer d’un biceps. Il devrait manquer la totalité du Tournoi.

Gareth Anscombe : Le Néo-Zélandais s’est fait opérer des adducteurs en décembre. Et il n’a toujours pas repris. à l’automne, il n’avait pas cassé des briques. Il a la réputation d’avoir besoin de beaucoup de temps de jeu pour être au sommet.

Bradley Davies : Le deuxième ligne a subi une opération à un genou fin novembre. Son retour reste hypothétique, il a vraiment peu de chances de jouer les 6 Nations.

Jonathan Davies : L’ex-centre de Clermont n’est pas officellement blessé. Mais il a joué les derniers matchs avec la cuisse bandée. Ses adducteurs le font souffrir. Sera-t-il à 100 % ?

Hallam Amos : Il s’est blessé à une épaule contre l’Australie le 5 novembre. Depuis son opération, les nouvelles sont très vagues. Il n’a toujours pas repris avec les Gwent Dragons.

Rhys Priestland : Il s’est blessé à un genou avec Bath en novembre et n’est pas attendu avant le mois de mars.

Luke Charteris : L’ancien deuxième ligne du Racing souffrait d’un problème persistant à un mollet. Mais il a repris ce week-end avec Bath à Newcastle.

Jérôme Prévot
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