Toeava : « On oublie trop souvent le plaisir »

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    Toeava : « On oublie trop souvent le plaisir »
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Capable d’évoluer à tous les postes de la ligne arrière, le All Black s’impose en numéro 15. Où son talent n’est pas sans rappeler un certain Sivivatu.

Beaucoup des joueurs d’hémisphère Sud disent venir en Europe pour se frotter à la Champions Cup. Est-ce aussi votre cas ?

Pas uniquement. Je voulais expérimenter les deux compétitions. Depuis la Nouvelle-Zélande, nous regardons beaucoup la Coupe d’Europe mais je ne ratais jamais une finale de Top 14 non plus. Ce sont deux expériences, deux compétitions excitantes qui m’ont attiré ici.

Le Top 14 est souvent présenté comme plus fermé, ennuyeux. Est-ce vrai sur le terrain ?

Franchement, non. C’est beaucoup plus physique, bien sûr, moins rapide, mais c’est aussi un chouette défi à relever. Quand je regardais les matchs de Top 14 en Nouvelle-Zélande, dans mon canapé, ce rugby complètement différent m’interpellait. Au final, je prends du plaisir dans les deux contextes.

À votre arrivée, vous avez été présenté comme un couteau suisse des lignes arrières. Quel est votre meilleur poste ?

J’imagine que c’est en 15 et en 13 que je suis le meilleur. Ce sont les deux postes auxquels j’ai le plus joué.

Sans préférence ?

C’est très différent. J’aime la liberté que procure le poste d’arrière. Vous pouvez intervenir n’importe quand, n’importe où sur le terrain. Le poste de centre est plus cadré. Il faut beaucoup défendre, être plus rigoureux sur ses positionnements. Mais vous touchez aussi beaucoup plus de ballons, avec la première responsabilité de faire jouer autour de vous. Les plaisirs y sont différents mais je trouve mon compte aux deux postes.

Quid de l’ouverture ?

Bon, je peux y jouer. C’est même mon poste de formation, celui auquel je jouais dans les catégories de jeunes. Mais depuis, en professionnel, je n’y ai joué que quelques fois avec les Auckland Blues. À Clermont, il y a Camille (Lopez, N.D.L.R.) qui est un ouvreur international et Pato (Fernandez) qui est un futur grand. C’est un poste primordial, certainement le plus dur du rugby. Je n’y ai pas ma place. Il faut quelqu’un d’expérimenté.

Le premier pourrait disputer le Tournoi, le second est blessé. Vous pourriez être utilisé à l’ouverture dans les mois à venir…

Si le club a besoin de moi, je le ferai. Je me relèverai les manches et je donnerai le maximum, en espérant que ça suffise. Mais je sais que ce n’est pas à ce poste que je peux apporter le plus à l’équipe.

Vos coéquipiers vous comparent régulièrement à Sitiveni Sivivatu, pour vos « grigris » et vos appuis de faux lent…

(il coupe) Oula, c’est très flatteur ! « Siti », c’est une légende ! Je prends le compliment avec grand plaisir. Mais je ne suis pas sûr d’en être digne !

Visiblement, comme Sivivatu en son temps, vous leur faites quelques tours de magie à l’entraînement…

Ce n’est pas de la magie, c’est juste du plaisir ! Quand je m’entraîne, j’essaie surtout de m’éclater. Nous jouons au rugby pour cela, non ?

C’est aussi quelque chose qu’aurait pu dire Sivivatu…

Parce qu’il ne faut jamais le perdre de vue. Nous ne sommes que des gamins qui ont rêvé toute leur enfance de rugby et qui, en grandissant, ont réussi à en faire leur quotidien. Il y a désormais d’autres composantes dans notre rugby mais la base doit toujours être le plaisir.

Le rugby moderne est-il trop sérieux ?

Parfois, je trouve. Avec tous les enjeux qui nous entourent, on oublie trop souvent la notion de plaisir. Pourtant, le rugby français est assez fou ! Il faudrait s’en inspirer.

Pourquoi est-il fou ?

Pour ses supporters. C’est incroyable, toute cette passion qui entoure le rugby ici. Les gens dans la rue ne vous parlent que de ça. Toute la semaine. En tribunes, le match est une fête. Il y a même des tambours ! C’est un peu fou, non ? En tout cas, ça file un enthousiasme incroyable sur le terrain. En Nouvelle-Zélande, vous ne verrez jamais ça.

Mais vous pouvez y voir les meilleurs joueurs de rugby de la planète…

Il ne faut pas forcément croire ça. Vous avez ici de fabuleux joueurs. Je m’entraîne tous les jours avec Wesley Fofana, je peux vous assurer qu’il vaut les All Blacks. Ce petit mec va à une vitesse incroyable. Sa technique individuelle n’a rien à envier à personne. Je suis aussi impressionné par sa vision périphérique du terrain.

Marrant, pour un joueur longtemps critiqué pour son individualisme…

Ce débat n’a pas lieu d’être. Les gens qui disent ça ne le connaissent pas. Wesley, je le vois tous les jours à l’entraînement. Il a une vision du jeu incroyable.

Est-il le seul qui rivalise contre les meilleurs ?

Je ne parlerais que de ceux que je connais, au quotidien. Mais entre Vahaamahina et Retallick, il y a match. Chouly aussi postulerait chez les All Blacks.

Léo Faure
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