Jeff Dubois : « La blessure de Fofana, je n'y croyais pas »

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    Jeff Dubois : « La blessure de Fofana, je n'y croyais pas »
Publié le , mis à jour

L'entraîneur des lignes arrière du XV de France, Jean-Frédéric Dubois, connu aussi sous le nom de « Jeff Dubois », s'est confié sur les trois-quarts et les perspectives des Bleus pour le Tournoi des 6 Nations.

Compte tenu des blessés, vous allez partir défier l'Angleterre avec une équipe différente que celle imaginée à l'origine. Est-ce un casse-tête pour le staff de se dire qu'il faut donc rebâtir une équipe ?

Nous demandons aux joueurs de s'adapter dans le jeu courant, donc nous aussi, il faut qu'on s'adapte. C'est sûr que la paire de centres Rémi-Wesley (Lamerat, Fofana, N.D.L.R.) qui était à Clermont fonctionnait super bien. Le jeu qui se fait à l'ASM se rapproche du jeu de l'Équipe de France. Maintenant, il y a d'autres binômes qui peuvent fonctionner aussi. Si ces joueurs sont chez les Bleus, c'est qu'ils sont bons. C'est à nous d'essayer de bien les associer et de trouver les bons positionnements. On a encore un peu de temps pour bien se préparer. Rémi reste premier centre et les autres sont surtout des deuxièmes centres qui peuvent aussi jouer premier.

 

La vie sans Welsey Fofana pour l'entraîneur des trois-quarts ça se passe comment ?

Honnêtement, c'était pas anticipé (rires). On en a fait un leader, il avait son importance, mais après ça fait partie des aléas du Tournoi. Il y a eu beaucoup de matchs de Coupe d'Europe, même sans enjeu avec pas mal de blessés. Wesley en fait partie. Ce championnat est terrible. C'est dur pour l'Équipe de France, surtout dur pour lui et pour le club. Maintenant, on ne peut pas s'apitoyer sur son sort, il faut qu'on avance. Moi, j'ai trois nouveaux joueurs derrière. Cela fait que l'on repart un peu à zéro par rapport au style de jeu que l'on va mettre en place. Cette semaine va nous permettre de les évaluer un peu pour les préparer ensuite.

 

Jouer avec Mathieu Bastareaud ce n'est pas la même chose qu'avec Wesley Fofana ?

Est-ce que le jeu de Toulon permet à Bastareaud, par exemple de faire des passes ? Moi tant que je ne l'ai pas observé, je ne sais pas. Mathieu fait partie des joueurs que l'on suit, c'est à lui de faire en sorte de rentrer dans le jeu des Bleus et de trouver des solutions pour pouvoir y rester. Ce n'était pas forcément le profil que l'on recherchait à la base, mais je pense qu'il est capable de beaucoup.

 

Le jeu sera-t-il plus simple, faute de temps ?

Non. On va garder notre jeu, notre philosophie. Après, c'est aux joueurs à s'adapter à cette philosophie de jeu, tout simplement.

 

Les capacités d'adaptation sont-elles plus importantes en Équipe de France qu'en club ?

Je ne connaissais pas ça, car j'arrivais de club. Heureusement, il y avait Yannick (Bru, N.D.L.R.), qui avait déjà fait quatre ans, pour nous guider un peu et pour nous prévenir. Il nous a dit « Attention avec la coupe d'Europe, il va y avoir des blessés ». Intérieurement, je n'y croyais pas , je ne pensais vraiment pas que l'on blesserait notre meilleur trois-quarts. C'est au moment où j'ai vu le match de Clermont que j'ai commencé à penser à la blessure. Devant il y en avait déjà eu deux, Jefferson Poirot et Charles Ollivon. Je me suis dit, c'est bon, il y en aura pas d'autres. Et juste après celle de Fofana. Maintenant, je comprends et il faut faire avec.

 

Le retour de Yann David en Équipe de France est assez singulier. Pourquoi avoir repensé à lui ?

C'est en fonction des blessures, des joueurs qui ne jouent pas, tel que Maxime Mermoz qui fait partie de la liste Élite mais qui était en manque de temps de jeu dans son club. À un moment, il faut aussi récompenser les joueurs qui sont performants. Yann David a enchaîné de bons matchs. Puis on n'a pas vraiment eu l'occasion de le voir jouer à cause de ses blessures. Il est dans une bonne dynamique, loin de l'infirmerie aujourd'hui, je lui souhaite du moins. C'était donc le moment de l'intégrer au groupe France. Quand vous voyez la blessure de Wesley, c'est compliqué de se projeter et de dire qu'on ne va garder que quatre centres. C'est comme quand François Trinh-Duc s'est blessé donc il faut changer à son poste et ainsi de suite. Malheureusement, ça fait partie de la vie de l'Équipe de France. On ne peut pas avoir de la continuité avec le même groupe.

 

Dernièrement, il y a eu beaucoup de changements dans la charnière. Installer une charnière est un objectif aujourd'hui ?

Déjà, si tous les joueurs sont là, c'est bien qu'ils méritent leur place. Les joueurs, je les suis dans le championnat je connais leurs qualités. Avoir deux nouveaux, c'est bien, trois devient plus compliqué. Le but, c'est de travailler dans la continuité. Après si on peut installer une charnière, on le fera. Là, on a deux charnières avec deux profils différents que l'on peut utiliser justement suivant l'adversaire. Ces deux charnières, elles ont déjà jouées ensemble pour la tournée de novembre donc ça reste dans la continuité. Je peux aussi mixer ces deux charnières autrement.

 

Jules Plisson qui fait partie de la liste Élite n'a été appelé ni en novembre ni là. Son avenir avec les Bleus est-il fini aujourd'hui ?

Je suis allé voir Stade Français-Toulouse, j'ai donc eu l'occasion de discuter avec lui. Il sait ce qu'il doit faire pour revenir, et d'ailleurs, il semble sur une bonne dynamique sur ses dernières rencontres. Bien entendu, il est toujours suivi. Il faisait partie des premiers choix l'an dernier et aujourd'hui, il est dans les 10 que l'on surveille. La liste Élite, tu la fais rapidement en rentrant d'Argentine, puis deux mois après il y en a un qui se blesse. C'est compliqué. Maintenant, on connait certains joueurs, on la fera sûrement différemment. L'absence de Jules Plisson n'est pas une mauvaise surprise. Il y a toujours des périodes où l'on est moins performants que d'autres. Jules a eu un passage à vide et sait quoi faire pour revenir.

 

Concernant la liste Élite, n'y a-t-il pas un intérêt de l'élargir ?

Je n'interviens pas sur cet aspect. Je m'occupe du sportif, je laisse la direction s'occuper de ça. Déjà, nous avons la possibilité d'avoir les joueurs une semaine avant, mais aussi le fait qu'ils ne jouent pas ce week-end ça rassure. Ça évite les blessés supplémentaires et permet d'attaquer directement lundi et de ne pas faire deux jours de récupération.

 

Cette semaine a été plutôt compliquée niveau météo...

C'était difficile en effet, il a fallu s'adapter. Les terrains étaient gelés, contrairement à l'année dernière. Nous avions parlé de faire un stage ailleurs qu'à Marcoussis, mais tout le monde n'était pas pour. On peut avoir du regret par rapport à cela, mais on s'est adapté en jouant sur le synthétique. Le début de semaine était porté sur la régénération, car il y en avait besoin avec toutes ces blessures. Ça tombait comme des mouches, un joueur après l'autre. Après on a changé un peu. L'entraînement s'est porté sur la relation avant/trois-quarts autour de différents ateliers techniques.

 

Quel est le plus gros point à améliorer ?

C'est la finition. Il faut être plus tueur dans cette zone de marque. On se crée des occasions, mais elles n'aboutissent pas. Il y a donc eu de la frustration chez les joueurs. Il manque toujours quelque chose sur cette fameuse dernière passe. Maintenant, il faut concrétiser pour gagner. On a une stratégie en place pour l'Angleterre, on devra l'appliquer. C'est sûr que l'on ne va pas rentrer dans un défi physique, mais il faudra les déplacer. Puis surtout donc faire attention à « la passe de trop ».

 

Avec ce que montrent les Anglais sur leur dynamique aujourd'hui, peut-on dire qu'ils sont quasiment sur les dimensions des All Blacks ?

Dans le pragmatisme oui. C'est une équipe qui est revenu à un jeu plus basique : la conquête, une grosse défense, beaucoup d'occupation, de jeu au pied... Souvent, ils marquent un essai sur un contre où ils ont bien défendu. Individuellement, ils ont des joueurs très talentueux. C'est une équipe très solide et disciplinée. Puis là, ils jouent chez eux, pour la quinzième victoire d'affiler. Pour les avoir joués quelques fois, ils ont toujours été un peu arrogants. Ils affichent une sérénité et une confiance forte. Ce ne sont pas des « génies » en attaque, mais ce qu'ils font est toujours bien réalisé.

 

Eddy Jones a récemment dit qu'il voyait de « la joie de vivre » chez les Bleus et surtout le retour d'une « Équipe de France dangereuse ». Comment percevez-vous cette analyse ?

Je ne connais pas assez le personnage. Si c'est de l'info, ils vont encore plus se préparer, si c'est de l'intox, on peut les surprendre. Honnêtement, je ne sais pas comment le prendre. C'est vrai qu'on a montré aux tests de novembre qu'on avait des capacités et qu'on pouvait être de plus en plus dangereux. Cela veut surtout dire qu'il se méfie de l'Équipe de France. Je ne sais pas si c'est bon ou mauvais.

 

Par Marie Colombier

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