Yato: qui es-tu?

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Le troisième ligne fidjien de Clermont s’affirme cette saison comme l’un des meilleurs du championnat à son poste. Méconnu, il se raconte.

Présentez-vous, s’il vous plaît…

Je suis né à Sigatoka, le même village que Napolioni Nalaga. Mes parents possèdent une ferme là-bas. J’ai grandi au milieu des vaches, des chèvres, des chevaux et des petits cochons que l’on mangeait le dimanche ! (rires) J’étais le garçon le plus âgé de la famille et, comme il est de tradition aux Fidji, je devais donc faire la cuisine, le ménage et les lessives. En clair, je m’occupais des bêtes et quand j’avais fini, j’aidais maman à tenir la maison.

Faites-vous parti d’une famille de rugbymen ?

Oui et non. Mon père n’a jamais voulu que je joue au rugby. Mais mes oncles, Apisai Turukawa (talonneur, 6 sélections, N.D.L.R.) et Inoke Tavuyara (flanker, 4 sélections) ont tous deux joué pour les Fidji.

Pourquoi votre père ne souhaitait-il pas vous voir sur un terrain de rugby ?

Même si je détestais l’école, il voulait que je sois un élève assidu et que je pousse au maximum mes études. Du coup, je n’ai commencé le rugby qu’à 18 ans !

Il y a six ans, quoi…

Oui ! Mon père voulait que je devienne militaire. à ma majorité, j’ai pourtant décidé d’essayer une autre voie. On m’a placé à l’académie de Nadroga. Je jouais avec Murimurivalu, Nakaitaci, Tawalo et, très vite, Clermont m’a demandé de rejoindre son centre de formation.

Et puis ?

Je ne savais pas comment l’annoncer à papa. J’en ai perdu le sommeil des nuits entières… Et un beau jour, je me suis décidé à lui parler.

Qu’a-t-il dit ?

Au départ, il a rigolé. Il pensait que c’était une blague et ne voulait pas croire que j’étais doué pour le rugby ! Il disait que j’étais trop maigre et pas assez méchant ! Alors, je lui ai montré la proposition de Clermont et il s’est mis à pleurer. Il ne voulait pas perdre son fils aîné mais ne m’a pas empêché de partir. Il m’a juste dit : « Je ne peux te retenir de force. Mais je ne t’encourage pas à pratiquer ce sport de fou. Le choix te revient, mon fils. » J’ai rejoint la France quelques temps plus tard.

Les premiers temps ont-ils été difficiles ?

Oui et non. Je n’étais pas seul. à Clermont, j’habitais avec Tawalo (aujourd’hui à Oyonnax) et Nalaga (Lyon). En revanche, j’avais du mal à supporter le froid. Et la neige, brrrr… Quelle horreur !

Vos parents vous ont-ils rendu visite ?

Pas encore, non. Mais c’est pour bientôt. Je leur envoie de l’argent tous les mois pour les aider. Je leur ai fait du mal en partant loin d’eux. Ce petit coup de main me semble être la moindre des choses.

Vous êtes-vous fait à la vie en France ?

Oui, je suis très heureux ici. Je ne fais pas des trucs dingues, vous savez. Je profite de mes copains, je joue au rugby et je dors. Aujourd’hui (mercredi), l’entraînement s’est terminé à 15 heures. J’ai dormi jusqu’à 21 heures, j’ai mangé, regardé un peu à la télé puis me suis recouché à 23 heures. Je dors beaucoup. Autant qu’un enfant.

D’après les images de Canal +, vous mangez aussi des bonbons les jours de match. Pourquoi ?

C’est un rituel chez moi. Quand je sors du terrain, le sucre me donne un coup de fouet. Et quand les petits m’en demandent, j’en offre volontiers.

Qui est votre idole au poste de troisième ligne ?

Richie McCaw !

Trichez-vous comme lui ?

Oui ! ça agace les adversaires, ils me frappent, je me plains à l’arbitre et on hérite d’une pénalité ! Comme le faisait Richie ! (rires)

Quelle opinion avez-vous de Bordeaux-Bègles, une équipe que vous affronterez ce dimanche ?

C’est une très belle équipe, qui nous a beaucoup fait souffrir en Champions Cup. Ce déplacement me permettra aussi de retrouver mon ami Talebula, une vraie star au pays.

Vous êtes proches ?

Oui, très. Je l’appelle « mon petit Mongolien ». Il déteste ça, me poursuit et me frappe. C’est un nerveux, Met Talebula. Il ne faut pas trop le piquer, vous savez…

Marc Duzan
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