Paris brûle-t-il ?

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    Paris brûle-t-il ?
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Si les absences de huit joueurs de première ligne constituent une excuse rationnelle pour le Stade Français, l’état d’esprit inquiète dans les rangs parisiens.

Ce n’est pas que l’on voudrait faire offense au Stade français, entendons-nous bien. Mais tout de même… Force est de constater que si un connaisseur de rugby avait débarqué samedi soir au Stade des Alpes après six mois passés dans un caisson cryogénique, celui-ci aurait certainement eu beaucoup de mal à gober que des deux équipes présentes sur le pré, la relégable n’était pas le Stade Français… Balayés sur leur structurel point faible des ballons portés, bouffés en puissance pure, les soldats roses ont surtout explosé en mêlée fermée, gaspillant en moins d’une mi-temps les douze points d’avance offerts en début de partie par les Isérois. « Sur le terrain, les mecs de Grenoble me disaient qu’ils ne comprenaient pas, qu’ils n’avaient jamais avancé comme ça de la saison… », soupirait l’ouvreur Jules Plisson, bien conscient de l’ampleur du désastre. Alors, les Parisiens avaient-ils seulement des circonstances atténuantes à faire valoir ? C’est en tout cas ce que leur manager Gonzalo Quesada a essayé d’avancer, dans un plaidoyer qui n’était pas sans rappeler le fameux tableau de Magritte (vous savez, ceci n’est pas une pipe). « Ce n’est pas une excuse, mais il nous manquait tout de même trois piliers droits, trois talonneurs et deux piliers gauches, soit huit première ligne absents. Et encore, si le match s’était joué la semaine prochaine, nous aurions dû le disputer sans nos deux piliers géorgiens (Melikidze et Zhvania, N.D.L.R.). Je ne sais pas comment nous aurions fait, peut-être aurions-nous dû déclarer forfait… Toujours est-il que nous savions pertinemment que nous aurions des difficultés en conquête en fin de match. À Toulouse, malgré beaucoup d’absents chez nos trois-quarts, nous avions réussi à prendre un point de bonus défensif. Mais lorsque les absences touchent ces postes, c’est plus compliqué… » Il convient, à vrai dire, de s’incliner devant l’évidence. Car ce n’est certainement pas par plaisir que les Parisiens ont été contraints de bricoler avec leur première ligne, ni d’offrir à leur joker médical Entienne Swanepoel un baptême du feu en Top 14 dont il se souviendra longtemps, après être ressorti vingt minutes après son entrée. « Il est arrivé chez nous mardi, soufflait Quesada. Normalement, il aurait hors de question qu’il joue, d’autant qu’il sort d’une arthroscopie. Il a effectué ses premiers entraînements depuis trois mois, sur terrain synthétique en plus, ce qui est tout sauf idéal pour un mec de 128 barres. Du coup, plutôt que de le faire entrer en fin de match et n’être dépendant que de lui, nous avions prévu de le faire entrer tôt, quitte à le faire ressortir avant la fin. »

Le spectre de la saison dernière

Maîtrisé de A à Z, alors, ce coaching ? La bonne blague, ou plutôt la bonne com’… La vérité ? C’est qu’au-delà de leurs prévisibles difficultés en mêlée, les Parisiens ont lâché samedi soir au Stade des Alpes, affichant un état d’esprit plus qu’inquiétant. « Nous avons montré l’image d’une équipe qui ne se battait pas pour le maillot et ça, c’est embêtant », synthétisait Plisson. Car si les Parisiens conservent tout de même onze points d’avance sur la zone rouge, ceux-ci peuvent légitimement se faire du souci, si l’on veut bien considérer que la période du Tournoi arrive, où le Stade laisse traditionnellement des plumes. « Nous avons toujours eu comme objectif de rentrer dans les six, rappelait Quesada. Mais aujourd’hui, il faut rester lucide. Par respect pour des équipes comme Lyon, Grenoble ou même Bayonne, on ne peut pas dire que nous sommes à l’abri. On ne veut pas revivre ce qui s’est passé la saison dernière. Il y a une fin de cycle, c’est indéniable. Mais il ne faut surtout pas que l’on se retrouve à rentrer sur le terrain sans enjeu. » Le hic ? C’est que si Paris continue dans cette voie les prochaines semaines, le vœu de Gonzalo Quesada pourrait bien être exaucé. Mais certainement pas dans le sens souhaité…

Nicolas Zanardi
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