[ Dossier Eddie Jones ] Borthwick, premier lieutenant

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    [ Dossier Eddie Jones ] Borthwick, premier lieutenant
Publié le , mis à jour

Eddie Jones aime les staff fournis sur lesquels son autorité est sans partage. il a choisi un ex-deuxième ligne international comme favori.

Eddie Jones aime par-dessus tout les staffs étoffés. Et adore se vivre en généralissime d’une armée très fournie où chaque officier doit s’occuper à fond d’un secteur très précis. Mais de cet état-major émerge une figure, l’ancien deuxième ligne international Steve Borthwick, capitaine du XV de la Rose entre 2008 et 2010. Les deux hommes se sont connus quand Eddie Jones s’occupa des Saracens entre l’automne 2007 et février 2009, une période que Jones décrivit comme la pire de sa carrière d’entraîneur. Mais il eut quand même le temps de sympathiser avec Borthwick qui était son co-capitaine. Trois ans après leur séparation, alors que Borthwick jouait encore avec les Saracens, Eddie Jones le contacta pour devenir consultant spécialiste de la touche auprès de la sélection du Japon. La collaboration à temps partiel dura deux ans, avec pas mal de vols Londres-Tokyo à la clé. Puis, en mai 2014, après le dernier match de Borthwick (la finale du championnat perdue contre Northampton), Eddie Jones en fit son adjoint à plein temps. Leurs chemins auraient pu se séparer après la Coupe du monde 2015, mais à peine « débauché » par la RFU, le sélectionneur fit des pieds et des mains pour retrouver son lieutenant favori et en faire son adjoint pour le jeu d’avants.

Arraché à Bristol

Problème, ce dernier s’était déjà engagé avec un club, Bristol, alors en deuxième division, aux côtés d’Andy Robinson. S’ouvrit une période de turbulences avec un mini-conflit entre Bristol et la RFU. Le club n’apprécia pas de devoir se passer d’un entraîneur qui venait à peine d’arriver. Mais Eddie Jones se montra ferme. Steve Lansdown, le président de Bristol agita la menace d’un procès, au prétexte que la RFU avait annoncé l’arrivée de Borthwick avant même d’en avoir parlé aux dirigeants de son club. Mais tout finit par s’arranger au terme d’un « arrangement » financier, dont la Fédération anglaise a le secret. Voilà comment l’Angleterre reconstitué le duo « japonais ». « J’avais beaucoup à apprendre et j’ai énormément progressé sous l’autorité d’Eddie, qui fut un mentor phénoménal pour moi… », a expliqué Steve Borthwick qui vient de franchir un nouveau cap. Warren Gatland l’a choisi pour accompagner les Lions en tournée en Nouvelle-Zélande. Mais à écouter Mako Vunipola, pilier international, on peut se demander si c’est Borthwick qui a eu de la chance de tomber sur Jones… ou l’inverse : « Steve était déjà un grand entraîneur quand il jouait. Je débutais aux Saracens et il nous donnait énormément de conseils en plein match, c’était très fort. Il était très bon pour les annonces en touche et quand l’adversaire changeait ses plans. Il le voyait tout de suite et réorganisait en conséquence. Il faisait attention aux moindres détails, en tant que soutien en touche, je me pensais performant, mais il m’avait expliqué que je devais changer la position de mes pieds. »

 

Les autres

Derrière Steve Borthwick se cache une foule de personnes aux compétences diverses. Le premier d’entre eux est Paul Gustard, en charge de la défense. Eddie Jones l’a débauché des Saracens où il avait façonné le fameux « wolfpack » (« la meute de loups »), un système défensif ultra-exigeant sur le plan collectif qui vise à mettre constamment l’équipe adverse sous pression. En avril 2016, le boss de l’Angleterre avait déjà subtilisé à Bath son spécialiste de la mêlée, Neal Hatley. Plus récemment, et pour s’assurer que ses joueurs n’auront rien à envier aux Néo-Zélandais sur le plan des habiletés techniques, Eddie Jones vient d’enrôler Rory Teague qui s’occupait jusqu’alors de l’attaque et des trois-quarts anglais des moins de 20 ans. En charge des fameux « skills », Teague est considéré comme le mentor du prodige anglais Maro Itoje. Mais Jones ne s’est pas limité à de purs spécialistes du jeu de rugby. À son arrivée en 2016, il a rapidement engagé le psychologue Jeremy Snape. Cet ancien joueur de cricket de haut niveau a eu la lourde mission de panser les maux mentaux de ce groupe traumatisé par l’échec majuscule du Mondial 2015. Travaillant de concert avec Jones, qui multiplia les entretiens individuels avec les joueurs meurtris comme Chris Robshaw, les deux hommes ont remis psychologiquement sur pied un groupe qui aurait pu exploser. En début de cette année, l’ancien sélectionneur du Japon a également fait appel à Sherylle Calder, une scientifique spécialiste de la vision appliquée au sport. Sollicitée par de nombreux clubs de foot anglais, Calder avait déjà collaboré avec le XV de la Rose en 2003, année du titre suprême. La scientifique aura pour mission d’améliorer la vision périphérique des joueurs, ainsi que leur coordination œil-main. Enfin, Eddie Jones aime aussi avoir recours à des pigistes de luxe. Et quels pigistes ! Pour préparer au mieux la tournée australienne de 2016 (qui devait être celle de leur revanche), Jones avait confié son animation offensive à l’Australien Glen Ella. Il avait aussi sollicité Jonny Wilkinson pour que ce dernier intervienne sur le jeu au pied. L’année dernière, le sélectionneur anglais avait fait appel au légendaire troisième ligne australien George Smith pour que ce dernier intervienne sur le jeu au sol. Au passage, Jones lui avait aussi demandé quel flanker il devait installer sur le côté ouvert de sa mêlée. Smith avait voté pour James Haskell, et le sélectionneur s’était rangé à son avis. Avec bonheur.

Par Jérôme Prévôt et Simon Valzer

Jérôme Prévot
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