• [DOSSIER TECHNIQUE] Reprise d’appuis en mêlée : la mesure d’urgence
    [DOSSIER TECHNIQUE] Reprise d’appuis en mêlée : la mesure d’urgence
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Rugby à XIII

[DOSSIER TECHNIQUE] Reprise d’appuis en mêlée : la mesure d’urgence

Passant d’un impact unique et puissant à une épreuve de force d’une quinzaine de secondes, la mêlée fermée a largement évolué. À tel point que les packs doivent trouver de nouvelles solutions pour prendre l’ascendant sur l’adversaire s’ils ne trouvent pas tout de suite l’avancée. La reprise d’appui en est une…

Le constat n’a échappé à personne, et surtout pas à Didier Retière, DTN de la FFR : « On ne mesure pas à quel point les nouvelles règles ont bouleversé l’affrontement en mêlée. Avant, une mêlée durait trois secondes après un très fort impact. Aujourd’hui, elle dure de dix à quinze secondes avec une pression parfois si forte que le talonneur ne parvient même pas à lever le pied », déclarait, il y a peu, le « Monsieur mêlée » du rugby français. Le Top 14 ne déroge pas à la règle, bien au contraire, puisqu’une très grande majorité d’équipes ne cherche même plus à talonner, mais simplement « digérer » le ballon en le gagnant sur la poussée : « La règle n’oblige pas à talonner, confirmait l’arbitre Alexandre Ruiz. D’ailleurs, il n’y a, à l’heure actuelle, qu’une seule équipe de Top 14 qui talonne vraiment les ballons. »

Si, à moyen terme, un retour du talonnage en troisième pied paraît évident car soutenu par les instances qui souhaitent réduire drastiquement le temps passé à faire (ou refaire) des mêlées ou à accorder des pénalités, cette tendance actuelle du non-talonnage donne lieu à de superbes affrontements en mêlée dans lesquels les deux édifices demeurent parfaitement stables pendant de longues secondes.

Seulement, cette situation n’arrange pas tout le monde. Surtout pas les équipes qui, soumises à une trop forte pression, ne sont même pas en mesure de talonner le ballon sur leur propre introduction lequel, logiquement, se trouve coincé au milieu du « tunnel » formé par les deux premières lignes. Il arrive aussi que de simples détails, comme l’état de la pelouse, jouent un rôle crucial : « À Chaban-Delmas, la pelouse avait tendance à se décrocher et à former des mottes de terre, dans lesquelles le ballon se bloquait. Dans ces cas-là, il faut être capable de s’adapter », explique Didier Bès, entraîneur en charge de la mêlée clermontoise.

Biomécanique et angles des segments du corps

Dans ce genre de situation, l’équipe qui bénéficie de l’introduction doit réagir « au plus vite et de façon collective », insiste le technicien. Cette solution consiste en une seconde, ou même une succession de poussées qui viseront à déstabiliser la mêlée adverse : « L’idée serait de continuer à pousser en mettant des coups de boutoirs, pour créer une dynamique et « digérer » enfin le ballon », éclaire Bès. Mais attention, cette reprise d’appuis est loin d’être aisée. Pour garantir une synchronisation optimale, le pack va devoir se fier au commandement verbal de son talonneur, lequel se trouve être le mieux placé pour apprécier la situation : « Le commandement consiste généralement en un mot de deux syllabes », ajoute Bès, soit une pour préparer le mouvement, et une seconde pour l’exécuter.

Pour être en mesure d’enchaîner ces poussées, les avants devront se trouver dans une posture adéquate, laquelle est décrite par le technicien clermontois : « Les bassins des trois première ligne doivent être alignés sur la même ligne, ainsi que ceux des deuxième ligne. Tous doivent avoir les genoux à un angle de 120° et se trouver en position de déséquilibre avant. C’est l’angle optimal pour être en mesure d’ajouter des poussées. » Les deuxième ligne veilleront donc au placement de leurs pieds, qui déterminera l’angle de flexion de leurs jambes : « Si un deuxième ligne a déjà les jambes tendues alors que son pilier est encore en flexion, il tombera vers l’avant. La préparation des appuis avant une mêlée est donc essentielle », prévient Bès. Et celle-ci dépasse largement les quelques secondes précédant une mêlée : « Dès la reprise de la saison, les deuxième ligne devront prendre leurs repères sur chacun des piliers de l’effectif en fonction de la taille de ces derniers », insiste le Clermontois. Un travail long et minutieux qui s’avérera toutefois précieux dans une situation d’urgence où il faut recréer au plus vite de poussées (flexions-extensions) pour garantir le gain du ballon.

Simon Valzer
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