[DOSSIER TECHNIQUE] Daniel Cron : « C’est l’équilibre collectif qui prime »

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    [DOSSIER TECHNIQUE] Daniel Cron : « C’est l’équilibre collectif qui prime »
Publié le , mis à jour

L’entraîneur des avants des Samoa nous parle de sa spécialité : la mêlée.

Pourquoi les équipes qui ne bénéficient pas de l’introduction ne parviennent-elles jamais à talonner le ballon ?

Même si les arbitres veillent à ce que l’introduction soit droite, on ne peut pas dire qu’elles sont toujours réalisées au milieu du tunnel. Pour le talonneur, c’est quasiment impossible d’aller chercher le ballon en talonnant. Alors, si on veut gagner le ballon sur introduction adverse, il n’y a pas bien le choix, il faut le conquérir à la poussée.

Ce qui implique d’être supérieur en termes de puissance pure, et que la technique de poussée collective ne suffit plus…

Cela implique d’être collectivement dominateur, c’est clair. Mais cela n’est pas pour autant gage de succès ! En fait, la clé, c’est d’être très équilibrée au moment de l’introduction, afin d’exercer une pression suffisante pour empêcher le talonneur de lever le pied, et ensuite d’effectuer son effort au bon moment.

La réduction de l’impact à l’entrée en mêlée a transformé la phase d’affrontement, la rendant plus longue. D’où l’importance de cette stabilité ?

Avant, l’impact permettait de gagner sa place, si bien que les piliers les plus forts n’étaient pas forcément récompensés par rapport à quelqu’un qui impactait très fort. Aujourd’hui, c’est différent… Avant, si on perdait l’impact, la mêlée était perdue. Aujourd’hui, une fois que les piliers sont liés, celui qui a été dominé peut se récupérer sur la reprise d’appuis.

D’où l’intérêt de disposer de piliers très forts dans l’exercice de la mêlée fermée, et plus seulement des « kamikazes » spécialistes de l’impact ?

Le paradoxe, c’est qu’un pilier plus fort sur la mêlée pure peut presque être pénalisé dans le sens où il peut se faire piéger. S’il engage trop fort, il peut être sanctionné pour une poussée anticipée. Parfois, certains peuvent avoir tendance à retenir leur effort, et peuvent être surpris. Aujourd’hui, il existe même une nouvelle forme de coquinerie, avec des piliers qui reculent volontairement pour faire croire que leur adversaire pousse avant le signal de l’arbitre. D’où la nécessité d’avoir une posture très équilibrée, très gainée.

Et donc des mêlées parfois très longues…

Dans la mêlée moderne, c’est l’équilibre collectif qui prime. C’est pour cela que, vu des tribunes, on a la sensation de ces petites secousses qui sont en réalité des périodes de stabilisation et de reprise d’appui entre les pas. L’objectif étant de déclencher la poussée décisive au moment où la mêlée adverse perd un appui, c’est à dire lorsque le talonneur adverse décide de lever le pied pour talonner.

Nicolas Zanardi
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