Déjà 20 ans pour Brive !

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    Déjà 20 ans pour Brive !
Publié le , mis à jour

Samedi soir, les champions d’europe brivistes, qui avaient terrassé le grand leicester le 25 janvier 1997 à Cardiff, ont célébré l’anniversaire du titre. Une séquence emplie de souvenirs et d’émotions.

« Rien qui change. Au contraire, tout reste et s’intensifie. » L’émoi de Laurent Travers, actuel entraîneur du Racing 92 et talonneur briviste de la fin des années 90, est à peine ébranlé par le sourire de Loïc Van Der Linden, son flanker de partenaire : « On a juste vieilli. Mais je suis rassuré car certains ont forci. Même si Rees est exactement le même et Viars est plus affûté que quand il jouait. » Samedi soir, vingt ans après leur titre de champion d’Europe magnifiquement décroché à Cardiff face à Leicester, la quasi-totalité des glorieux Corréziens se sont retrouvés pour célébrer l’anniversaire. L’association Brive 97, présidée par Alain Penaud, et la toujours active Carole Deshors, grande passionnée du club, ont travaillé d’arrache-pied à l’organisation de cet événement depuis des semaines, avec l’appui matériel et humain du CABCL, lequel a mis son espace Derichebourg à disposition. Un franc succès. 650 personnes, parmi lesquelles des partenaires mais surtout de nombreux amoureux du maillot noir et blanc, ont répondu présent à partir de 17 h 30 pour la retransmission sur écran géant d’Angleterre-France. Passés les encouragements pour les Bleus, les festivités ont débuté. Et la séquence émotion de s’ouvrir. « C’est un truc de fou, avouait la flèche Sébastien Carrat. Quand je suis entré dans la ville, plein de choses ont ressurgi. C’est magique, il n’y a pas d’autre mot.  » L’ex-deuxième ligne Éric Alégret renchérissait : « J’en ai presque la larme à l’œil à chaque fois. Le lien qui nous unit est profond. Au-delà des performances, c’est l’histoire d’une belle bande de potes. » Le genre d’histoire dont raffole ce sport et dont regorge son passé. Alors samedi, les protagonistes ont rouvert le livre… « Nous nous sommes sacrifiés ensemble pour une passion commune et on ressert les anecdotes, se marrait Van Der Linden. Il y a eu des joies, des douleurs, des peines mais on ne retient que les joies. Les conneries car c’était un peu la folie. Aujourd’hui, je ne sais pas si ça pourrait se reproduire. Avec l’ère professionnelle, les joueurs qui changent de club tous les deux ans, se retrouver ainsi vingt ans après, ça deviendra dur. » Pendant que l’ex-troisième ligne se confiait, les Unes de 1997 défilaient derrière lui, dont le « Géant » de Midi Olympique. Des titans, présidés alors par Patrick Sébastien et outsiders face à l’armada anglaise, qui ont marché sur Cardiff. Frédéric Gervoson, P.-D.G. d’Andros qui est un partenaire historique du club, se souvient : « Mon club, c’était Bretenoux-Biars. Mais Max Mammers (salarié d’Andros et figure du CABCL comme dirigeant, N.D.L.R.) m’avait convaincu de mettre le paquet à Brive pour la Coupe d’Europe. Jamais on ne pensait la gagner dès 1997. C’est énorme de tous nous recroiser. C’est unn ensemble de personnes avec leur parcours. Il y a souvent des inimitiés au départ, comme sur un terrain. Puis en tirant le fil de nos connaissances, on se retrouve dans ce type de soirée ou de troisième mi-temps et on devient parfois amis. Pour moi, c’est ça le rugby. »

 

« C’est l’étoile sur notre maillot »

Aux alentours de 20 h 15, tous les convives ont replongé. Le 25 janvier 1997, au cœur d’Arm’s Park, avec une reconstitution de la composition de l’équipe. Chacun leur tour, Didier Casadeï, Laurent Travers, Richard Crespy et consorts ont été appelés sur scène… Sous les yeux d’Arnaud Mela, Jean-Baptiste Péjoine ou Petrus Hauman, actuels joueurs du club. « Du drop de Charlety (de Penaud pour offrir le Du Manoir en 1996, N.D.L.R.) à celui manqué de Chaban-Delmas (par Arbizu qui a provoqué la défaite briviste en 1998 face à Bath en finale de Coupe d’Europe, N.D.L.R.), cette équipe exceptionnelle a écrit l’histoire de Brive, racontait Péjoine. On en parle encore, toujours de manière positive. » Ce que reprenait son président Simon Gillham : « C’est une grande fierté pour le club. Voir ici les anciens présidents et anciens joueurs, cela offre un extraordinaire passage de témoin. L’anecdote drôle, c’est que j’étais à Cardiff car je m’occupais du jubilé de Rory Underwood et je soutenais Leicester. J’ai eu l’impression que Brive était intouchable. Carbonneau, Penaud, le cinq de devant… Ils faisaient des choses merveilleuses. Après le match, Martin Johnson avait confié : « Sur le terrain, nous n’étions jamais là. » Venant de lui, cela voulait tout dire. » Une supériorité briviste retransmise à son tour sur les écrans géants durant le repas, dans les conditions du direct. Le premier essai de Sébastien Viars, dès la 5e minute, était salué par un concert d’applaudissements. Puis l’euphorie pour celui de Gérald Fabre et le doublé de Sébastien Carrat. « On pensait prendre une rouste mais, en revoyant les images, je me dis que notre qualité de jeu était déjà moderne », saluait Jean-Jacques Madrias, l’ancien président délégué. L’actuel manager du CABCL, Nicolas Godignon, qui était blessé lors de cette épopée, allait dans le même sens : « L’intensité était celle du haut niveau. Cette finale, c’est l’étoile sur notre maillot. Chaque fois qu’un joueur le revêt, il porte cette histoire sur lui. » Et la soirée ne pouvait prendre fin sans un message vidéo de l’ancien deuxième ligne Grant Ross, retenu en Nouvelle-Zélande en raison de l’anniversaire de sa mère. Une bière Heineken à la main, « notre sponsor préféré en Coupe d’Europe », l’intéressé adressait ses vœux : « Bonne soirée les gars. Je vous aime bien. Surtout le cinq de devant car, sans nous, pas de victoire. » Puis Alain Penaud, au micro, de multiplier remerciements et hommages, dont un particulier pour Jean-Marie Soubira, trois-quarts centre de l’époque et disparu en 2015 des suites d’une leucémie : « Cette victoire et cette soirée lui sont dédiées. Il faisait partie de notre génération. » Déjà vingt ans.

 

Les déclarations

 

Alain Penaud - Ancien ouvreur et capitaine, président de l’association Brive 97

J’ai d’abord envie de remercier tous ceux qui ont répondu présent, cela fait chaud au cœur. Pour notre association, en collaboration avec le club, cela a été un lourd travail ces six dernières semaines mais quand je vois certains qui ont effectué beaucoup de kilomètres pour être là, comme Tony Rees qui a fait 39 heures de voyage depuis Brisbane… Vendredi soir, on lui demandait pourquoi il avait naturellement et spontanément répondu à notre appel. Il a dit qu’il n’avait passé qu’une saison au club mais qu’il y avait quelque chose de spécial, un truc unique. Je crois que ce petit truc était en chacun d’entre nous pendant ces trois ans (entre 1995 et 1998, N.D.L.R.), avec ces quatre finales. Il s’est vraiment passé quelque chose de spécial. Tous ceux qui ont participé à l’aventure l’ont rendue exceptionnelle. Je suis fier d’avoir été leur coéquipier, parfois leur capitaine et d’avoir partagé ces moments avec eux.

Didier Casadei - Ancien pilier

Je suis heureux de revoir mes amis. Cela rappelle des souvenirs d’une vie qui sont inoubliables. J’ai eu la chance de les connaître grâce à cette grande victoire. C’est fabuleux. J’espère que cela arrivera un jour aux mecs que j’entraîne aujourd’hui. Nous avons démontré que tout était possible car nous n’étions pas la meilleure équipe du monde mais nous avons pu le faire. Il faut croire en ses rêves car on se rend compte qu’on ne se souvient que des vainqueurs.

Laurent Travers - Ancien talonneur

Quand tu obtiens un titre, tu es marqué à vie. Vingt ans plus tard, il existe toujours chez nous cette envie de nous retrouver, de nous remémorer ce qu’on a partagé. Ce genre de soirée prouve que ce ne sont pas des paroles en l’air, que ce besoin est bien réel. Lorsque tu parviens à atteindre un but, tu accomplis ce pourquoi tu travailles. Un titre, c’est le Graal. Les entraîneurs que nous sommes pour certains le répétons à nos joueurs car on le sait.

Grégory Kacala - Ancien flanker

Pour un joueur qui vient de Pologne, qui ne participe pas au Tournoi des 6 Nations ou ne dispute pas de Coupe de monde, ce que j’ai vécu avec Brive est extraordinaire. Je me suis retrouvé tout en haut, là où un joueur polonais n’est jamais. J’ai passé seulement une saison ici et j’ai été champion d’Europe, vous vous rendez compte ? Nous avions gagné les sept matchs de la compétition. Pour moi, c’était comme un Grand Chelem. C’est peut-être à cause de cela que je suis aujourd’hui vice-président de la Fédération polonaise (rires). J’ai aussi joué à Grenoble et y ai gardé beaucoup d’amis mais, ici avec ce titre, c’est encore plus fort.

 

Par Jérémy Fadat, envoyé spécial

Jérémy Fadat
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