[Dossier technique] Des cellules en mutation

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    [Dossier technique] Des cellules en mutation
Publié le / Mis à jour le

Utilisé depuis une quinzaine d’années, le système de jeu en cellules est sans cesse réactualisé au gré des innovations imaginées par les techniciens. Chacune de ses déclinaisons possède ses spécificités, et le bon choix peut s’avérer décisif dans la victoire d’un match... 

Les techniciens identifient l’apparition du jeu en cellules entre la fin des années 90 et le début des années 2000. Ce système, qui consiste à répartir des groupes de joueurs sur l’ensemble du terrain répond à une double volonté : « donner un maximum de solutions au porteur de balle et donc augmenter l’incertitude qui pèse sur la défense, ainsi qu’assurer la continuité du jeu par la présence immédiate de soutiens offensifs, dans l’axe et sur les côtés », pose le coentraîneur du Stade montois Christophe Laussucq. Depuis, nombre de systèmes ont été testés, et certains ont été abandonnés, comme le « 4-4 », qui fonctionnait avec deux groupes figés d’avants qui devaient se déplacer aux quatre coins du terrain pour enchaîner les charges après ou avant les lancements des trois-quarts : « Le Racing 92 a joué de cette manière il y a quelques années, se souvient Laussucq. Le problème c’est que ce système fatigue les joueurs qui dépensent une énergie folle dans les courses. Aujourd’hui, on préfère des systèmes de cellule en zone. » Comprenez là que les cellules d’avants restent dans de grands couloirs qui divisent le terrain dans la largeur, afin de préserver leur énergie pour les phases de jeu. Parmi les plus connus, on trouve le « 2-4-2 » utilisé par les Blacks ou les Crusaders, ainsi que le « 1-3-3-1 » ou « 2-4-4-2 » (lire ci-contre) qui fait référence en Australie et chez les Bleus.

Cellules « sens » et cellules « retour »

Il est impératif que les joueurs maîtrisent parfaitement ces systèmes, qui président à la réorganisation offensive de l’équipe. Car au sein d’un même système, il existe plusieurs types de cellules, notamment au centre du terrain. Là, le groupe à six joueurs va devoir constituer des cellules adaptées à la situation de jeu. Aussi, Christophe Laussucq parle de cellules « sens », quand le jeu se développe dans le même sens, et de cellules « retour », en cas de retour : « Quand on joue dans le sens, l’attaque a généralement un temps d’avance sur la défense. Dans ce cas, les trois-quarts ont la priorité et les avants restent derrière eux. En revanche, sur les retours, les défenses récupèrent leur retard et optent généralement pour des montées très agressives. Dans ces cas-là, les avants doivent se placer en tête des cellules, afin de ne pas subir la pression adverse. Et puis s’ils voient que la défense le leur permet, rien ne les empêche de servir un trois-quarts derrière eux, qui lancera le jeu dans leur dos. » Voilà comment en un clin d’œil, une cellule d’avant se transforme en leurre…

Adapter le système dans le match

Au-delà de ces cellules qui doivent être convenablement construites en fonction de la situation de jeu, leurs cibles doivent aussi être réévaluées en cours de partie : « À la mi-temps, on prend le 9 et le 10 et on fait le point : on détecte les failles, ce qui a fonctionné ou pas : s’il faut taper plus loin sur le second temps de jeu, ou plus près, ou enchaîner davantage… Ensuite, toute l’équipe s’adapte. On garde la même organisation, mais on vise ailleurs », explique Laussucq. Certains systèmes sont aussi plus propices. Par exemple, le « 2-4-2 » (ou 3-6-3, si l’on y ajoute les centres et les ailiers, les demis et l’arrière restant toujours libres) cher aux Néo-Zélandais est parfait pour préserver une avance au score en fin de match. Pourquoi ? Parce qu’il limite les déplacements de joueurs fatigués, et assure un maximum de soutien au centre du terrain pour conserver le ballon. Reste donc aux joueurs de garder suffisamment de lucidité pour s’organiser en conséquence…

Quid du turnover ?

Sur le plan offensif, l’efficacité de l’organisation en cellule n’est plus à démontrer. Mais qu’advient-il en cas de turnover ? En passant subitement du statut d’attaquant à celui de défenseur, le groupe doit se réorganiser. Dans l’urgence ? Pas tant que ça, si l’on en croit le technicien montois : « Personnellement j’ai toujours aimé le système des cellules réparties par zone car il offre une répartition à peu près équilibrée de l’équipe sur toute la largeur du terrain : le cinq de devant au milieu, et les troisième lignes et les trois-quarts sur les extérieurs. Ce faisant, ce changement de statut se fait sans trop de risque. » à ce titre, vous aurez peut-être remarqué que bon nombre d’équipes tapent l’engagement en étant déjà répartis de cette façon. Ou quand la défense songe déjà à la récupération alors qu’elle n’a pas encore le ballon…

Fiche pratique

Le 2-4-4-2, la référence du jeu des équipes tricolores

Ces systèmes de jeu en cellule font parfois ressembler le jeu de rugby à un problème de mathématiques. Alors, que choisir entre le 1-3-3-1 ou le 2-4-4-2 ? En réalité, ces deux systèmes sont identiques. Simplement, au lieu de ne concerner que le pack (comme c’est le cas avec le 1-3-3-1), le 2-4-4-2 inclut également les centres et les ailiers, qui se trouvent ainsi inclus dans les cellules au même titre que les avants. Les trois seuls joueurs à être totalement libres sont donc le demi de mêlée, le demi d’ouverture et l’arrière. Aussi, voici un exemple de 2-4-4-2 : 2 joueurs dans le couloir gauche des quinze mètres : ailier gauche, troisième ligne centre (ou talonneur) 4 joueurs dans la première moitié de la largeur : pilier gauche, deuxième ligne, flanker, premier centre 4 joueurs dans la deuxième moitié de la largeur : pilier droit, deuxième ligne, flanker, second centre 2 joueurs dans le couloir droit des quinze mètres : talonneur (ou troisième ligne centre), ailier droit. Comme vous avez pu le constater lors du dernier Angleterre-France, cette disposition est celle utilisée par le XV de France, avec Louis Picamoles et Guilhem Guirado restant en bout de ligne accompagnés des ailiers. Dans un souci de cohérence et de performance à long terme, les dirigeants français ont récemment décidé d’appliquer ce système à l’ensemble des sélections tricolores, du XV de France aux moins de 18 ans. Fort de cette nouvelle continuité dans toutes ces sélections, le rugby français gagnera ainsi du temps et de l’efficacité.

Simon Valzer
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