Pascal Papé : «Tu peux te laisser pousser le ventre»

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    Pascal Papé : «Tu peux te laisser pousser le ventre»
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Il effectuait son premier voyage comme dirigeant fédéral. Une drôle d’expérience pour l’ancien deuxième ligne du XV de France, dont l’histoire d’amour avec l’Irlande n’est pas finie.

Vous voilà dirigeant fédéral...Ce déplacement correspond-il à ce que vous en attendiez ?

J’ai la chance de faire partie des gens qui peuvent prendre des décisions pour l’avenir du rugby français, et de m’occuper de dossiers qui me passionnent. D’abord ce rôle d’ambassadeur pour la Coupe du monde 2023, où je prends grand plaisir, mais aussi cette envie de remettre les internationaux sur le devant de la scène. 

C’est à dire ?

Nous avons créé (avec Estebanez, Tachdjian, Mioch et Imbernon) un bureau des anciens internationaux, appelé à travailler en collaboration étroite avec la FFR. Tous les anciens joueurs vont être contactés. Bernard veut que les clubs soient au centre de la Fédé, et que les joueurs en soient les vitrines. Remettre les anciens dans l’actualité peut permettre de recréer du lien entre les générations et le public, transmettre des valeurs. Ce serait bête de laisser l’héritage péricliter.

L’un des enjeux du week-end concernait la Coupe du monde 2023…

A Dublin, aucun Irlandais n’est venu m’en parler. C’est ce qui me fait penser que, si les Irlandais ont un peu en avance, nous sommes bien dans la course. Et le fait que des anciens joueurs comme Sébastien Chabal ou Frédéric Michalak se mouillent pour dire que nous voulons cette Coupe du monde est une bonne chose.

Vous aviez quitté l’équipe de France après l’historique élimination face aux Blacks sur un grand coup de gueule contre le système. Cela a-t-il été un déclic ?

Ce n’est pas manquer d’humilité que de penser que je suis quelqu’un de convictions. Quand je veux croire en quelque chose, j’y crois. Lorsque Serge Simon m’a contacté pour soutenir Bernard Laporte, j’ai répondu présent parce que je croyais en son projet. Ce serait mentir, ou prendre les gens pour des idiots, de dire que ce qui s’est passé ces dernières années à la FFR me plaisait. Le XV de France n’était pas la vitrine de la Fédé, mais un laissé pour compte, pas placé dans les meilleures conditions pour rivaliser. Aujourd’hui il y a des progrès, mais pour avoir discuté samedi soir avec Joe Schmidt, je peux vous assurer qu’il n’a pas les mêmes préoccupations que Guy Novès... On sent que les autres avancent quand, nous, on stagne. Au point de considérer que c’en était normal de perdre. Tout un système est à revoir, c’est pour cela que je m’étais élevé après la dernière Coupe du monde.

En quoi consiste un week-end de dirigeant ?

Tu peux te donner un bel objectif qui est de te laisser pousser le ventre, avec tous les repas... (rires) Non, c’est surtout beaucoup de relationnel, de rencontres. Samedi, j’étais à table avec John O’Driscoll (ancien troisième ligne irlandais et des Lions). C’est toujours sympa de partager ses histoires ! Et puis, il y a aussi des réunions du bureau fédéral. Le chantier est tellement énorme qu’on profite du moindre moment pour évoquer les dossiers.

Vous avez joué, et affrontez encore en club les joueurs du XV de France. Les côtoyer de l’autre côté de la barrière, n’était-il pas de nature à rendre schizophrène ?

J’essaie de faire la part des choses. Je sais pourquoi je suis là, alors je troque les baskets contre les mocassins. Mais c’est un peu bizarre, bien sûr... J’ai arrêté en octobre 2015, il y a moins de deux ans. J’ai joué avec 80 % des mecs qui sont là, Yannick Bru est encore l’entraîneur. Je continue d’ailleurs à jouer contre eux tous les week-ends, alors c’est dur de suivre le match « normalement». J’ai encore l’impression de faire un peu partie du groupe. J’essaie de suivre les matchs avec un œil avisé d’ancien joueur, mais il y a encore une grande part d’émotion, lorsque la Marseillaise retentit...

Avez-vous croisé Jamie Heaslip et Sean O’Brien, avec qui vous aviez eu des démêlés ?

Je les ai croisés, oui... Cela s’est plutôt bien passé. J’ai une grande histoire d’amour avec l’Irlande (rires), qui se prolonge ! J’ai débuté ma carrière internationale contre eux, j’ai disputé à Dublin mon dernier match dans le Tournoi, j’y effectue mon premier déplacement comme dirigeant, et ils sont notre adversaire pour mon premier projet... Hier, j’ai bien compris que les gens d’ici m’aimaient bien, par rapport à l’image de joueur dur qu’ils avaient de moi. une fois le match fini, tu oublies tout et tu bois une bière. C’est bien là la beauté du rugby. tant que ça reste... 

 

Nicolas Zanardi
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