la cure d'austérité

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Critiqué par Novès pour son manque d’alternance, le jeu tricolore va connaître certains ajustements, privilégiant davantage la rigueur et l’occupation du terrain. Évolution ou retour en arrière ?

C’est à peu près propre à toutes les sociétés qui vont mal. Lorsque les événements sont contraires et que l’espoir n’est plus de mise, les dirigeants en appellent systématiquement à une cure d’austérité. De là à dire que le XV de France constitue, plus que jamais, le reflet de sa société ? Plutôt que se risquer à jouer les Cassandre, on préférera attendre un peu plus de deux mois. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la claque de Dublin devrait constituer un tournant d’envergure dans l’ère Novès, et ne saurait s’avérer sans conséquences. « C’est une soirée triste, parce que la performance collective n’a pas été au rendez-vous », déplorait l’entraîneur des avants Yannick Bru. Après l’historique semaine de stage réalisée à Nice, ce match en Irlande devait en effet constituer le grand révélateur d’une politique et d’un système de jeu, et les Bleus s’étaient préparés en conséquence. D’où une déception à la mesure du résultat. Le lapsus de Guy Novès, assez rare pour être signalé pour un maître de la com’, faisait ainsi sens. « La leçon, ou plutôt les indications, sont assez importantes pour nous donner une direction. »

Occupation du terrain

Cette direction ? Elle consistera, évidemment, dans un grand frein à main au niveau des intentions de jeu. « On attaque, on attaque on attaque, et quand on commence à reculer, il faut avoir des options dont nous ne disposons pas à l’heure actuelle, pointait Novès. Nous allons réfléchir à ça. Ce n’est pas la question des hommes : nos joueurs ont autant de longueur dans le soulier que les Irlandais. C’est la question de quand tu tapes, pourquoi tu tapes, et dans quelles conditions tu tapes. » En clair, se donner les moyens d’occuper le terrain plutôt que d’être cantonné, puis poussé à la faute, dans son propre camp. Trop évident pour ne pas remettre en cause les ambitions de jeu total qui avaient déjà coûté cher en novembre. « Guy Novès avait à cœur de mettre d’abord en place une certaine circulation offensive, détaillait Bru. Ce projet nous semble désormais acquis et intégré par les joueurs, mais il faut désormais le faire évoluer. On ne va pas revenir sur la manière de circuler, mais sur l’alternance qu’on veut mettre en place. Par exemple, en fin de match, Gaël Fickou a un deux contre deux à jouer en bout de ligne, choisit d’occuper au pied et trouve une touche à cinq mètres qui nous a permis de mettre un peu de pression sur l’Irlande. Peut-être qu’il faudra en passer un peu plus par là. L’Irlande l’a en tout cas très bien fait, mais pendant tout le match. »

L’ombre de Laporte

Tout comme elle n’a surtout offert quasiment aucune munition facile (n’était la grosse bêtise de Zebo, concédant une mêlée à 5 mètres) alors que les Bleus ont multiplié ce genre d’erreurs. De quoi agacer le vice-capitaine Yohan Maestri. « Ce qui doit changer, c’est la rigueur que l’on doit s’infliger. Jouer, c’est bien, mais voilà... Le niveau international, ce sont des matchs dont l’intensité et la dramaturgie est comparable à des finales ou demi-finales de H Cup ou de Top 14, où le jeu consiste à profiter de la moindre opportunité pour marquer, et surtout à en offrir le moins possible à l’adversaire. Là, ce n’était pas une finale, mais ces matchs doivent être abordés de la même façon. » C’est drôle mais, n’était l’accent, on jurerait entendre Bernard Laporte, et son éternel précepte : le haut niveau, c’est d’abord ne pas donner de points faciles. Comme si l’influence du boss de la Fédé commençait à se matérialiser de manière inconsciente, bien que ce dernier veille précautionneusement à laisser le champ du sportif libre à Novès. Alors, évolution ou régression ? On aurait tendance à répondre se montrer partagé, sachant que les actuels maîtres du monde Néo-Zélandais ou Anglais privilégient toujours l’occupation et le pragmatisme au romantisme. Mais que l’on sait aussi, depuis la Grande Dépression, que les cures d’austérité ne fonctionnent pas toujours...

Nicolas Zanardi
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