Tant à perdre…

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    Tant à perdre…
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Après deux défaites et un succès étriqué, les Bleus doivent vaincre en Italie. Un défi comme une évidence, qui ne masque pas le piège romain où se sont souvent fracassées les ambitions françaises.

L’époque est aux anniversaires. Vous ne l’aviez peut-être pas remarqué mais, depuis janvier, les pionniers des Barbarians français n’en finissent plus de trinquer à la santé de leurs pauvres adversaires. Bons princes, les Grand Chelemar de 1977 ! Et surtout gargantuesques… Nos treize bonshommes, les orphelins de Paparemborde et Fouroux qui ont troqué leur maillot contre des blazers au bleu pétard, fêtent à tour de joie leurs quarantièmes rugissants. Et oui, cela fait désormais quarante piges qu’ils ont réalisé le deuxième Grand Chelem du rugby français. Une perf’unique en son genre, réalisée à quinze. Pour l’éternité. Cholley et sa bande ne sont toujours pas descendus de leur nuage… Depuis, la théorie des années en « 7 » synonymes de titres et de fiestas magistrales s’est confirmée en 1987 comme en 1997 pour nous offrir d’autres occasions de trinquer. à tous coups, les Bleus ont remporté le graal pour s’ouvrir les portes du « hall of fame »… Ils font toujours des envieux et particulièrement chez leurs descendants du moment, qui courent après les succès et se sont, d’emblée, pris les pieds dans la moquette de Twickenham, en ouverture du Tournoi 2017. Pour eux pas de Grand Chelem mais des défaites qui s’accumulent depuis tant d’années. Au point d’instiller le doute et de camper l’image d’une formation habitée par la défaite. *

Le cimetière des « éléphants »

À part ça direz-vous, quel rapport avec la bande à Novès qui s’en va défier l’Italie en quête d’un deuxième succès dans ce Tournoi si précieux au classement mondial ? L’Italie, pardi… Celle-là même qui, il y a vingt piges, plongea l’équipe de France dans un océan de honte. C’était le 22 mars 1997 à Grenoble, en marge du Tournoi et au lendemain d’un Grand Chelem dignement fêté pendant une semaine. 32-40. Pour les hommes de Skrela, le retour sur terre fut brutal face à nos voisins transalpins. Depuis, soyons francs, nos regards ont cessé d’être empreints d’une détestable condescendance. Depuis, l’Italie a ruiné les réputations d’autres sélectionneurs : Lièvremont et Saint-André, battus lors de week-end romains (respectivement 2011 et 2013) sans que leur tête ne tombe malgré l’effroi… Novès, comme les autres, y aura davantage à perdre qu’à gagner. Si les revers concédés en Angleterre et en Irlande pouvaient être couverts d’excuses, un échec à Rome décuplerait la pression qui pèse déjà sur les épaules du staff et des Bleus. « Personne ne nous attend à Londres et à Dublin, où nous aurons tout à gagner, avouait Yannick Bru avant le Tournoi. Mais on sait très bien qu’il faudra gagner en Italie et que ce match est un vrai piège. »

Un poison nommé Squadra

N’en rajoutons pas, il y a déjà bien assez de raisons pour nourrir une sorte de phobie transalpine. Craindre un poison nommé Squadra et finir par voir dans l’Italie une équipe si pénible qu’elle vous filerait de l’urticaire, pour autant dangereuse. Une drôle de formation récemment humiliée par l’Irlande et la Nouvelle-Zélande, qui a vaincu bulldozers sud-africains et fait trembler l’Angleterre avec une stratégie aussi déroutante que la mêlée à trois de Pierre Conquet : les rucks fantômes pour couper les transmissions anglaises. Il a fallu plus d’heures à Eddie Jones pour demander à ses joueurs de se contenter d’un jeu direct et axial. Les Bleus sont prévenus. Depuis quinze jours, ils ont même eu le temps de travailler à la mise en place de parades… « Oui, on va essayer de les contrer », avoua Novès, jeudi matin, prudent avant de trancher : « Ces situations sur les rucks posent un véritable problème à tous et pour le rugby en général qui doit rester un spectacle. Ralentir le jeu en permanence, en jouant ainsi avec la règle, risque d’avoir des conséquences très importantes. » Par-delà cette réflexion philosophique, les Bleus sont attendus au tournant. Leur ambition ne saurait s’accommoder d’un nouvel échec en Italie…

Entre les gouttes ?

Après deux défaites en Irlande et en Angleterre, pour une courte victoire face à l’Écosse, les hommes de Guirado ne passeront plus entre les gouttes. Certains, on l’a dit, ont consommé leurs jokers (Lopez) quand d’autres trouveront l’occasion de se relancer (Dulin, Vakatawa) ou, à l’image de Sanconnie, de débuter leur carrière internationale. Tous bénéficient encore de la confiance du sélectionneur qui entend donner du temps, entre autres, à sa charnière pour qu’elle gagne en expérience et pèse durablement sur le collectif. « Ma confiance les gosses l’ont, confia ainsi Novès. Si je change, toute mon équipe, on va me le reprocher et si je garde les mêmes joueurs on va dire que je suis têtu. J’ai des choix à faire et je les fais. Je ne vais pas attendre que le petit Serin ait 30 ans pour qu’il ait de l’expérience. » Et d’envoyer un ultime message : « La remise en question vient quand le joueur est capable de l’endurer. Un jeune a surtout besoin de confiance. »  Le cadre est posé mais personne ne peut ignorer les leçons du passé… Chabal, Jauzion et Thion ont perdu leur rang sur la pelouse du stade Flaminio. Que dire de Papé qui a laissé à Rome ses galons de capitaine... Voilà le poids de l’histoire.

Emmanuel Massicard
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