Un roi à rhabiller

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    Un roi à rhabiller
Publié le , mis à jour

Toulouse est plus que jamais dos au mur, l’équipe la plus titrée de France n’a plus la moindre marge.

«Cela ne change pas radicalement les choses : on a toujours le même nombre de matchs à gagner, il en reste un de moins. » Voilà, en substance, les premiers mots d’Ugo Mola dans le vestiaire toulousain, dimanche soir, juste derrière le terrible revers face à La Rochelle. Sept rendez-vous avant la fin de la phase régulière, au moins cinq à remporter pour voir celle finale. Cette fois, le club le plus mythique de France est à poil. Sans marge comptable, sur les plans sportif ou financier. « On se pose trop de questions, assure Maxime Médard. Nous ne sommes pas encore morts mais à nous de nous prendre en mains. On s’est dit des choses mais nous ne sommes pas désabusés. Il faut arrêter avec ça. » Pour aller dans son sens, s’il est une vertu à cette situation précaire, c’est qu’elle désinhibe les esprits autant qu’elle libère les paroles. Souriant, affable et paradoxalement détendu, Ugo Mola n’a éludé aucune question mercredi. « Plus la fin approche, plus les points nous manquent mais il est difficile de se projeter plus loin que Brive », a-t-il entamé son réquisitoire.

Que reste-t-il ? « L’espoir. Mais il ne faut pas sous-estimer l’impact de la non-réussite de certains joueurs dans des moments clés ou la déception de non-sélections. Je crois que nos problèmes viennent plus de la confiance et de l’allant que du caractère. » Alors que le sujet était jusque-là tabou, il a donc été invité à évoquer les faillites récurrentes de ses buteurs : « On a parfois préféré le banaliser mais il faut reconnaître qu’on a seulement 67 % de réussite face aux poteaux. Même si ce n’est pas l’essentiel de nos maux. » Et le fameux poids de l’héritage devenu lourd, très lourd, à porter ? « J’ai pris la suite de l’entraîneur le plus titré et meilleur manager des vingt dernières années. Je savais que ce serait dur quand j’envisageais le futur. On est en plein dedans. ça, c’est le constat et on se doit d’avancer. Je ne suis pas en quête de justifications mais de solutions. Je ne peux pas prétendre en arrivant que je vais m’appuyer sur les jeunes et dire aujourd’hui qu’ils ne sont pas prêts. Il y a un passage de génération à assurer. » Laquelle payerait un fort tribut si elle était la première à ne pas qualifier le club dans l’ère professionnelle.

Mola : « pas à oui-oui land »

L’avenir stadiste est pourtant là. Chacun assumera, le manager en tête : « Samedi, on fera jouer un jeune talonneur de 20 ans. Connaissant l’environnement briviste, ce n’est pas un cadeau de le mettre en face de Guillaume Ribes. On aura aussi un très jeune pilier et ce n’est pas un cadeau non plus quand Arnaud Mela n’est pas loin. Mais on fera avec eux jusqu’au bout parce que Toulouse est philosophiquement différent. Je n’irai pas chercher un pilier à Colomiers ouBayonne pour finir la saison. Ce qui se passe ici n’est pas une révolution mais une mutation utile. » Référence aussi à l’agitation qui marque les coulisses et la direction en cette année présidentielle.

L’incertitude est partout. Jusque pour le staff ? « Je ne vis pas à « Oui-Oui land » et je sais l’importance pour notre avenir, rétorque Mola. Je suis convaincu que, sur le terrain, les choix appartiennent aux joueurs. Ma situation personnelle est secondaire. La pression fait partie du métier et je l’ai acceptée en venant. Puis, franchement, cela peut être pesant parfois mais c’est plus souvent un chouette job quand même, qui plus est à Toulouse. Pas pour manger gratuitement au resto ou qu’on me paye des coups (sourires). C’est un club à part. Son modèle est peut-être au bout d’un cycle, le sportif aussi, mais j’ai beaucoup de chance d’être ici. » Puis d’ironiser : « J’en parlais avec les autres entraîneurs et on se disait : « Si nous vivions en bord de mer, où en serait-on ? » On a la chance de ne pas avoir la mer à moins d’1 h 15. » Et de reprendre : « L’entraîneur que je suis, avec le groupe dont il dispose, doit se qualifier, ou être en mesure de combattre jusqu’au bout. » De toute façon, le seul privilège que détiennent encore ses hommes. « Va-t-on s’en relever ? On aura une réponse samedi pour le court terme, clame Jean-Marc Doussain. Après, qu’est-ce qu’on veut faire de cette saison ? On n’a pas d’autre choix que de rattraper les points perdus. » Puisqu’il ne reste plus que ça.

 

 

Jérémy Fadat
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