Benson Stanley - « Penaud est un phénomène »

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    Benson Stanley - « Penaud est un phénomène »
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Le centre clermontois de retour aux affaires, évoque les craintes de commotions cérébrales, son départ à Pau, son rôle auprès des jeunes et le dérapages d'Ali Willliams.

Vous revenez d’une commotion cérébrale, encaissée il y a un mois face à Bayonne. Comment vous sentez-vous ?

Aussi bien que les autres, j’imagine. Tous les derniers tests étaient concluants. Je suis donc apte et prêt.

Les protocoles aujourd’hui en vigueur pour la prise en charge des commotions cérébrales sont-ils suffisants, à vos yeux ?

Disons que c’est aussi précis que nous le permet la science, à instant T. C’est un sujet sur lequel beaucoup de recherches ont été lancées, dans le monde entier et y compris ici, en France, par la LNR et la FFR. Les évolutions sont permanentes.

Est-ce aujourd’hui suffisant ?

Pour l’instant, on ne sait pas faire mieux. Demain, on se dira sûrement que ce n’était pas assez. En tant que joueur, tout le monde est un peu stressé par ce sujet, parce qu’il y a une part d’inconnue. Tout ce qu’on peut faire, c’est donner notre entière confiance à la science et la recherche. Et on surveille les avancées, les résultats des expériences et les évolutions sur l’échelle des risques. Avant votre arrivée à Clermont, vous étiez sujet à de nombreuses commotions.

Était-ce votre première depuis que vous êtes en Auvergne?

Oui, c’était ma première commotion avérée. Il y a eu des cas où j’ai été testé, après des chocs violents repérés à la tête. Mais c’est la première fois ici, en France, que j’ai été confronté à des tests non concluants. Le cas d’Alexis Palisson, dimanche dernier, fait beaucoup parlé… ça m’angoisse toujours un peu de voir de telles images…

Aurait-il dû sortir ?

Je ne suis pas docteur. Mais les images auraient dû suffire. Quand vous prenez un tel choc, que vous n’arrivez pas à tenir sur vos jambes en vous relevant et qu’on vous laisse sur le terrain, je trouve ça dommage. Pour ne pas dire plus… Aujourd’hui, on ne vous sort du terrain qu’en cas de commotion avérée. Il faudrait changer de mentalité. Une suspicion de commotion devrait suffire à mettre fin à votre match. Là, la suspicion était plus que claire.

Autre sujet : vous avez signé à Pau pour deux saisons. Aviez-vous d’autres opportunités ?

Oui, j’ai été en contact avec d’autres clubs. Mais je me suis assez vite arrêté sur Pau. C’est un joli projet et un club ambitieux du Top 14. Leur saison actuelle le prouve. J’ai pu discuter avec les entraîneurs, en commençant par Simon Mannix. Leur discours m’a plu. À la fin, j’ai aussi appelé Julien Pierre. Il n’a fait que me confirmer dans mon choix, qui était déjà bien avancé. (il réfléchit) Franchement, j’étais déjà décidé avant de l’appeler.

Clermont vous faisait une proposition de reconversion, au sein du club. Quel en était le contenu exact ?

Un travail auprès des jeunes du club. Un rôle transversal, depuis les catégories de jeunes jusqu’aux espoirs qui s’entraînent avec le groupe professionnel. Pour faire simple, c’était une mission autour de la technique individuelle du joueur, sans me focaliser sur un secteur particulier. La technique de passe et de plaquage, la prise de décision aussi bien offensive que défensive, la manière d’attaquer la ligne ou de se positionner. L’idée, c’était de donner du confort à ces jeunes, pour qu’ils soient à l’aise quand ils débutent en Top 14. Vous savez, cela commence à faire un bout de temps que je suis ici. Je connais bien le sérieux de ce club, depuis sa formation, mais aussi les attentes et les contraintes du rugby en Europe. C’était vraiment une belle offre, un travail auprès des jeunes qui m’aurait plu. Mais je me sens encore bien. Je ne m’imaginais pas raccrocher les crampons à 32 ans.

Ce rôle d’accompagnateur, Franck Azéma dit souvent que vous le tenez déjà auprès du jeune Damian Penaud…

Il dit ça ?

Oui…

C’est ce que j’avais demandé à Franck mais aussi à Damian : comment est-ce que je peux l’aider ? C’est un jeune joueur et potentiellement, c’est un phénomène. Mais il doit encore apprendre. J’essaie de l’aider, notamment dans le secteur défensif. Par exemple : j’ai trois avants à mon intérieur, comment est-ce que je dois défendre ? Et si ce sont deux trois-quarts ? Il faut savoir lire ces situations mais aussi adapter son comportement. Il faut qu’il développe ses réflexes et son cerveau de trois-quart centre de très haut niveau. Il faut aussi qu’il communique plus, malgré son jeune âge. Il est nouveau dans le groupe ? Ce n’est pas grave. C’est lui qui doit dire à un tel de se pousser, à l’autre de se resserrer. Il est jeune mais il doit être assez fort pour réclamer ces choses à ses partenaires. Un bon défenseur, c’est d’abord cela. L’âge, l’environnement ne doivent plus influer là-dessus. Mais la progression de Damian est déjà fantastique.

Vous êtes Néo-Zélandais : pourquoi les jeunes français à fort potentiel franchissement moins, ou plus lentement, la marche vers le très haut niveau quand dans votre pays ?

Je sais que le sujet de la formation est sensible en France. Pourtant, vous avez des jeunes au potentiel fabuleux. Le problème est simple : aucun jeune n’a tous les codes du haut niveau à 18 ou 20 ans. Vous ne pouvez pas attendre d’eux des miracles dès leurs premiers matchs. Ils ont besoin de s’exprimer pour apprendre. Surtout, ils ont un besoin absolu de comettre des erreurs. C’est une part essentielle du développement d’un joueur. Le problème, en France, c’est le championnat. Il ne laisse aucune place aux jeunes pour s’exprimer, se tromper et donc apprendre. Le Top 14 se focalise uniquement sur la victoire parce que les enjeux financiers sont immenses. Pourtant, faire confiance aux jeunes, ça peut marcher à moyen terme. Je trouve que Clermont a une politique cohérente sur ce point. La Rochelle aussi, par exemple. Ils ont fait confiance à de jeunes Français et ils jouent aujourd’hui un rugby fantastique.

Clermont et La Rochelle sont premiers et seconds du Top 14…

C’est trop facile à appréhender ainsi. « Ils font jouer des jeunes, donc ils sont premiers » ? On peut aussi penser qu’ils font jouer des jeunes justement parce qu’ils sont premiers. Je comprends les entraîneurs du milieu et du fond de tableau, qui ont une pression immense sur les épaules et qui se sécurisent avec des joueurs d’expérience. Ils jouent la survie de leur club. En Super Rugby, si vous ratez votre saison, vous finissez dernier. Et alors ? Les gens râlent un peu, mais vous repartez la saison suivante fort de cette expérience. Ici, si vous ratez votre saison, vous êtes relégué, votre club perd des partenaires économiques, des recettes télévisuelles, de la billetterie… Vous mettez tout votre club en danger. Je comprends les entraîneurs qui jouent la sécurité. Seul problème : cela ne vous prépare pas au plus haut niveau. Et vos joueurs prennent du retard.

Un mot, pour finir, sur la polémique entourant l’arrestation de votre compatriote Ali Williams pour usage de cocaïne… (il coupe)

C’est décevant, forcément. Mais Ali doit être le premier à être profondément déçu par ce comportement. Est-ce qu’il faut l‘accabler ? Le milieu du rugby n‘est pas à part de sa société. Comme ailleurs, on peut y trouver des problèmes avec les drogues, l’alcool, les jeux… Si j’ai bien compris, l’arrestation a eu lieu à deux ou trois heures du matin, sur les Champs Elysées. On peut imaginer qu’ils étaient déjà alcoolisés, ce qui facilite les erreurs. La différence, c’est qu’Ali Williams et James O’Connor sont connus. Ils sont sous les projecteurs. Et l’accident de parcours devient une affaire. Ce qui n’enlève rien au fait qu’il a fait une erreur.

Qui devient une affaire d’État, en Nouvelle-Zélande, quand on est un All Black ?

Exactement. En Nouvelle-Zélande, les AllBlacks ne sont pas seulement des modèles pour les enfants. Ils sont élevés au rang de modèles pour toute la société. Qu’importe si, au final, ce ne sont que des hommes. Cette affaire prend des proportions telles que Ali est déjà à terre. Je n’ai pas envie de l’enfoncer.

 

Léo Faure
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