Le choc des prétendants

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    Le choc des prétendants
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La rencontre de dimanche midi met aux prises deux des équipes les plus en forme du moment : pau, la bonne surprise de l’hiver, et castres, l’ambitieux qui monte. cette opposition à couteaux tirés entre deux collectifs en confiance aura une incidence directe sur la lutte pour les phases finales.

Qui aurait cru, au soir de la 10e journée, retrouver la Section paloise et Castres en lutte directe pour la troisième place, dix rencontres plus tard ? Début novembre, le Castres olympique pointait à la dixième place avec un bilan négatif de quatre succès, un nul, cinq revers et paraissait un ton en dessous des favoris du championnat ; la Section paloise, douzième avec trois petites victoires, était promise à la bataille du maintien. Seuls Simon Mannix et Christophe Urios, managers au tempérament d’acier et aux convictions bien ancrées, auraient pu imaginer une telle remontée.Sur les dix dernières journées, seul le Stade rochelais affiche un meilleur bilan avec trente-deux points. Les Tarnais, vainqueurs de sept des neuf dernières rencontres, comptabilisent trente unités sur cette période ; les Béarnais, défaits à seulement une reprise sur les quatre derniers mois, en ont engrangé une de plus. Pendant ce laps de temps, Toulon a plongé, Toulouse et encore plus Bordeaux-Bègles se sont effondrés, le Racing 92 a stagné…

Les objectifs s’affichent désormais

Les deux prétendants se retrouvent donc désormais en ballottage favorable dans la course aux places qualificatives avec trois longueurs d’avance sur le septième pour la Section et six pour le CO. Concrètement, les deux prétendants devraient être en mesure d’atteindre leur but en restant invaincus à la maison. À cet égard, le rendez-vous de dimanche constitue un moment décisif pour Simon Mannix et ses protégés. Quant aux troupes de Christophe Urios, une performance au Hameau les placerait en position très avantageuse pour un barrage à Pierre-Antoine. Décomplexés par leur dynamique positive, les protagonistes des deux camps ne se cachent plus : « Je veux jouer pour la qualification, aller le plus loin possible. J’ai connu la situation où personne ne t’attend et où tu finis champion… », déclare le demi de mêlée palois JulienTomas, en référence à l’épopée parisienne de 2015 ; « l’objectif est clair : une place dans le top 4 », avance de son côté le pilier castrais Daniel Kotze. Mais au regard de la densité des concurrents, il faut l’aborder avec humilité car notre position reste fragile. » Les deux formations ont pu le constater, lors de la dernière journée avec des prestations mitigées et des résultats heureux: un nul pour la Section à Bayonne et une victoire au forceps pour le CO devant Clermont. « Je n’aurais pas signé pour ce score. Nous continuons à avancer mais nous n’avons pas été au niveau espéré », déplorait alors Frédéric Manca ; Christophe Urios, sur un ton proche, se montrait aussi perplexe : « Je ne suis pas content de l’ensemble de notre collectif. » Preuve de la réussite actuelle des deux équipes, Montpellier, Toulon, Toulouse ou encore le Racing 92 ont tous craqué de leur côté, rendant positive leur opération comptable. à sept journées de la fin, tout semble réuni côté palois comme castrais pour envisager un doux printemps. Mais dimanche après-midi, une des deux dynamiques va être contrariée. Steffon Armitage ne craint rien ni personne : « Castres joue très bien en ce moment mais le Hameau, c’est chez nous. Je veux montrer aux Castrais qu’ils ne peuvent pas venir nous dominer sur notre pelouse. Nous sommes meilleurs que ça. Nous allons le démontrer à tout le monde.» Et le troisième ligne de rassurer ses supporters à l’entame de cette dernière ligne droite: « Nous n’avons pas beaucoup d’expérience, certes, mais, dans la tête, nous sommes les meilleurs du monde. »

Défense vs attaque : qui a l’avantage ?

Cette opposition va mettre aux prises deux des attaques les plus prolifiques du Top 14, la troisième (Castres, 493 points et 37 essais) face à la quatrième (Pau, 468 points, 44 essais). À cette efficacité offensive, les Tarnais ajoutent une organisation défensive efficiente avec trente essais concédés: seuls La Rochelle et le Stade toulousain sont plus hermétiques.La Section affiche des carences en la matière avec une moyenne de 24points et 2,2essais inscrits par l’adversaire en moyenne. Soit le onzième bilan de l’élite. Ce dimanche, la série d’une des deux équipes va prendre fin au Hameau : en effet, le CO n’a jamais encaissé plus de trente points par match cette saison, signe de sa régularité ; or, en face, la Section reste sur quatre réceptions à plus de trente points (40face à Clermont, 32 contre Montpellier, 38 face à Lyon et 39 devant Grenoble), preuve de son bel élan collectif et de sa confiance. Qui saura trouver la solution ?

Conquête : ils n’arrêtent pas le progrès

La conquête : ce secteur a longtemps préoccupé les entraîneurs des deux camps. En début de saison, comme lors du précédent exercice, la mêlée paloise souffrait régulièrement et fragilisait l’édifice. Progressivement, le pilier droit Malik Hamadache et le deuxième ligne Masalosalo Tutaia, deux transfuges du Pro D2, ont haussé leur niveau de performance pour assurer à la Section un axe droit plus robuste et résistant. Côté castrais, la touche, spécialité maison, a connu quelques soubresauts en dans un premier temps mais s’est réglée depuis.Avec près de 85 % de ballons conservés sur ses lancers, le CO figure parmi les bons élèves. Devant les Béarnais en tout cas (82 %). En mêlée aussi, secteur où le tandem Kotze-Capo Ortega répond régulièrement présent, les statistiques plaident en faveur des Tarnais (vingt mêlées perdues à vingt-neuf ; vingt-quatre gagnées à dix-neuf). Assurément, les hommes de Christophe Urios pourraient appuyer sur ce secteur pour bousculer leurs hôtes du jour.

Combat dynamique, la clé ?

La confrontation entre la Section paloise et le Castres olympique pourrait se jouer sur le combat dynamique, cette capacité à mettre de l’avancée et du rythme dans les séquences au près. En la matière, les deux équipes sont bien pourvues : depuis les arrivées de Ben Mowen, Steffon Armitage ou encore Masalosalo Tutaia, les Béarnais, organisés en cellules, présentent un bel alliage de puissance et de capacités de déplacement ; en face, les Tarnais possèdent aussi de beaux atouts avec le dynamisme de Jody Jenneker, la capacité de percussion de Rodrigo Capo Ortega, la couverture de terrain d’Anthony Jelonch et les qualités de dynamiteur de Ma’ama Vaipulu, le digne alter ego d’Alex Tulou, actuellement blessé. La confrontation promet d’être spectaculaire et éminemment stratégique.

Les identités techniques

En matière d’identité tactique et technique, prémunissons-nous de toute caricature. Toujours est-il que des tendances se dégagent dans chaque camp. Steffon Armitage nous éclairait vendredi dernier sur les orientations de Simon Mannix et sa patte néo-zélandaise : « Il croit en un rugby fait de déplacement et de conservation du ballon. Il veut gagner en créant des différences, pas en rendant le ballon à l’adversaire. » Le contenu des matchs de la Section et ses statistiques le confirment : Pau fait partie des équipes utilisant le moins le jeu au pied (7% contre 9% à Castres par exemple) et compte parmi celles effectuant le plus de passes (126 par match, quatrième moyenne).La Section aime multiplier les séances pour créer des intervalles dans les défenses adverses. Le CO, s’il est capable de mettre la main sur le ballon, affiche davantage d’alternances dans son jeu et se délecte comme personne de mettre son adversaire sous pression (54% d’occupation territoriale). Au Hameau, la bataille sera donc avant tout stratégique.

Vincent Bissonnet
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