Compiègne, une sanction révélatrice

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    Compiègne, une sanction révélatrice
Publié le , mis à jour

L’équipe de l'Oise a perdu six points sur tapis vert dans son championnat pour avoir fait jouer un Sud-Africain non qualifié. Mais qui le savait ?

La commission des règlements de la Fédération a pris la décision, la semaine dernière, d’invalider le succès de Compiègne à Pithiviers du 29 janvier dans leur championnat de Fédérale 3. L’équipe alignait trois joueurs étrangers, deux Sud-Africains et un Tunisien. Ce qui en fait déjà un de trop. Et la licence de l’un des joueurs se trouvait invalide. Pithiviers avait porté réclamation. Dans cette affaire, Compiègne a perdu six points, et Pithiviers a récupéré la victoire. Compiègne a été rétrogradé de la deuxième à la quatrième place de sa poule. L’équipe devra sans doute passer par des barrages, plutôt que d’accéder directement aux 32e de finale. Pour Pithiviers, ce gain administratif a propulsé l’équipe six points au-dessus de la zone de relégation, en position de dernier qualifié. Pour l’anecdote, les deux équipes pourraient donc se retrouver en barrage. Sur le fond, cette sanction soulève quelques questions sur le système des couleurs des licences, dont Bernard Laporte avait dit qu’il le réformerait. Voici un cas pratique.

 

Qui connaît le règlement ?

Dans ce rugby international qui autorise un joueur étranger à porter le maillot d’une sélection nationale à partir de trois années de fidélité à son championnat domestique, le cas de l’arrière tunisien Chelly Hayten fait apparaître comme une contradiction. Il joue à Compiègne depuis cinq ans. La couleur de sa licence est blanche, très valorisée par la Fédération. Mais il conserve malgré tout une licence de joueur étranger très contraignante. « Nous pensions naïvement que sa licence blanche lui permettrait d’être incorporé dans l’équipe comme un Français, a expliqué l’entraîneur Thibaut Neumann. Je trouve qu’il y a ici deux poids deux mesures, entre les règlements internationaux pour les pros, et le règlement amateur national. » Les licences des deux Sud-Africains ont soulevé d’autres problématiques. L’ouvreur Wellman Dashton et le deuxième ligne Lwazy Ncungama avaient signé ensemble au mois d’août en provenance de l’académie du club de Durban, avec lequel Compiègne a tissé un partenariat. Mais ils n’avaient obtenu leur visa qu’au mois d’octobre, une fois dépassé le délai d’inscription légal à la FFR. De façon incompréhensible, le deuxième ligne a reçu une licence d’étranger classique, tandis que l’ouvreur a été classé parmi les licences à mutation contrôlée, ce qui devait l’empêcher de jouer en première. Or tous les deux ont exactement le même profil. Et jusqu’au match retour contre Pithiviers, l’ouvreur a évolué à six reprises avec l’équipe fanion, sans qu’aucun arbitre ou directeur de match ne soulève le problème. « On n’y comprend pas grand-chose à tous ces règlements, a plaidé le président de Compiègne Alain Garcia. Nous sommes en faute, c’est pourquoi nous ne ferons pas appel. Mais qui connaît les règles ? Ces histoires de licences, c’est comme le Code du travail : l’empilement des articles crée un millefeuille que seuls les initiés peuvent comprendre. Ce n’est pas un hasard si le problème a été soulevé par un dirigeant de Pithiviers, membre de la commission ad hoc de son comité régional. » Du coup, l’ouvreur sud-africain est reparti chez lui en début de semaine, mais non sans avoir signé au préalable un contrat pour l’an prochain. L’échange avec Durban, où peuvent se rendre les Compiégnois, est convaincant pour les deux parties. En raison de sa rétrogradation en Fédérale 3 la saison dernière, ce club de Compiègne avait perdu 37 joueurs à l’intersaison. Ces Sud-africains barrés chez eux, sont venus enrichir leur culture pendant un ou deux ans en France, en travaillant pour le club. En prenant la place de qui, puisque la polémique agite la France ? Ici, en prenant la place de personne.

 

Par Guillaume Cyprien

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