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Plus jeune joueur-président au début des années 1990, Alex Bonucci dispute sa dernière saison, en tant que coprésident depuis le mois de décembre, au sein d’un club, le Rhône Sportif (Villeurbanne), qui continue de détonner dans le paysage rugbystique.

Il prévient d’entrée : « Il ne faut pas faire un article sur moi mais sur le club. » Le problème est que, sans sacrifier au culte de la personnalité, qui, de toute façon, ne nous a jamais trop intéressé, il est justement difficile de parler du Rhône Sportif (Villeurbanne) sans parler d’Alexandre Bonucci. Depuis trois décennies, il en est, avec d’autres, une des figures tutélaires, un des gardiens du temple de ce club hors norme, raillé ou admiré, mais qui ne laisse jamais indifférent dans le paysage rugbystique lyonnais. À 48 ans, le pilier en incarne bien la spécificité. Au début de la décennie 1990, il devenait le plus jeune joueur-président de France, à l’âge de 21 ans. Dans un club alors au bord du gouffre, un groupe de jeunes joueurs décidaient de prendre le pouvoir, et il était élu, poussé en avant par ses pairs, au bout de deux tours de scrutin, serrés, par une voix, quand lui-même s’était abstenu. « À chaque élection, je n’ai jamais voté pour moi, sourit-il. Imagine que je sois élu par une voix d’écart. Ce n’est pas très démocratique si c’est ta voix qui fait pencher la balance en ta faveur ! » Les « jeunes cons », comme ils furent alors surnommés par des dirigeants, parvinrent à redresser le club, passèrent en deux ans de la Première Série à l’Honneur, avant de signer un bail long de seize ans en Fédérale 3.

Vite redevenu simple soldat sur le terrain et en dehors, il a repris du service en décembre dernier. L’ancien président, Marc Seignoret, ayant quitté sa fonction pour briguer la présidence du secteur omnisports, il préside depuis aux destinées du club, en duo avec David Donchex, autre figure emblématique. De fait, il est devenu le plus vieux président-joueur de France pour sa dernière saison. À partir de la saison prochaine, il ne pourra plus avoir de licence compétition et devra rejoindre ses anciens glorieux coéquipiers chez les Globe Trottar : Christophe Solard, Gilles « Bison » Pralus, Gérald Chazotte, avec qui il formait un quatuor redouté par nombre de packs adverses. Comme la première fois, il ne compte pas s’accrocher au poste de président. « Ce n’est pas bon qu’un club formé majoritairement de jeunes de 30 ans soit administré par des vieux de 80 ans, sourit-il. C’est leur club, leur maison et il vaut mieux un regard de jeunes sur leur pratique. »

Un dernier hommage

Ces derniers ont d’ailleurs commencé à imposer leur style, entre concours de « bière-pong » en troisième mi-temps, reprise des chansons paillardes et création de nouvelles et innovation sur le plan festif. Pour lui rendre hommage, ils avaient mis les petits plats dans les grands il y a huit jours. Si la fête a été un peu gâchée par le forfait de la réserve de Tullins, qui n’a pas permis à Alex de jouer avec ses deux fils, le deuxième ligne, Lucas (22 ans), et le troisième ligne, Hugo (19 ans), la nouvelle génération avaient carrément prévu un feu d’artifice, sous l’inscription « Merci Alex », en lettres de feux. « J’ai eu le sentiment de disputer un dernier match à domicile en nageant dans la joie et le bonheur », souffle-t-il, avant de marquer un silence, la gorge nouée et les yeux embués. Trente saisons et quelque six cents matchs valaient bien ça…

 

Par Sébastien Fiatte

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