Exil salvateur

  • Exil salvateur
    Exil salvateur
Publié le / Mis à jour le

Barré en Nouvelle-zélande et victime d’une grave blessure juste avant d’arriver, Tyler Bleyendaal renaît de ses cendres en Irlande. 

La France n’est pas le seul pays européen où la présence de joueurs étrangers pose question. L’Irlande est dans la même situation. Il y a deux ans, l’Irfu a lancé son programme de « project players » : des joueurs jeunes et étrangers à fort potentiel susceptibles d’intégrer le XV du Trèfle au bénéfice de trois ans de résidence en Irlande. C’est par ce biais que le Sud-Africain CJ Stander et le Néo-Zélandais Jared Payne ont intégré l’armée verte et en font aujourd’hui le bonheur. Tyler Bleyendaal, l’ouvreur néo-zélandais des Crusaders, a suivi la même trajectoire.

Au Munster depuis déjà deux saisons, il deviendra éligible dès janvier 2018. Bleyendaal était pourtant promis à un bel avenir en Nouvelle-Zélande : capitaine des flamboyants Baby Blacks qui étrillèrent leurs homologues australiens en finale (62-17) du Mondial 2010 des moins de 20 ans, le jeune ouvreur fut même cité pour recevoir pour le titre de meilleur espoir néo-zélandais, honneur qui revint finalement à Julian Savea. Autant de distinctions qui ne l’ont pas protégé d’une concurrence inouïe, tant en club où Bleyendaal passait derrière Dan Carter, Colin Slade et Tom Taylor, ou en sélection où Beauden Barrett subissait déjà celle d’Aaron Cruden, avant même que Lima Sopoaga n’entre dans la danse. Son histoire néo-zélandaise se termina après un match au Cap, face aux Stormers. Titulaire et buteur, Bleyendaal manqua cinq pénalités, et les Crusaders furent défaits 18-10. Clap de fin.

 

À jamais redevable de Foley

De l’autre côté du monde, le regretté manager du Munster Anthony Foley avait néanmoins fait son choix. Il voulait Bleyendaal. À tout prix. Quitte à maintenir le contrat de trois ans signé avec le joueur avant que ce dernier ne se blesse gravement au cou, au point de devoir subir une périlleuse opération chirurgicale. À ceux qui avaient douté de son choix, « Axel » le bien-aimé avait cloué le bec en disant ceci : « On parle d’un être humain là, pas d’un morceau de viande. En tant que club, nous devons prendre soin de nos joueurs. Au Munster, c’est l’humain qui prime avant tout. Et Tyler en est un, et il s’est engagé avec nous. Il fait partie de la famille, maintenant. » Bleyendaal n’oubliera jamais ces paroles. Et s’est juré de rendre la confiance qu’on lui avait accordée : « Je me souviens encore de ses débuts, raconte le demi de mêlée Conor Murray. C’était avec le Munster A en avril 2015. Sa prise de parole fut naturelle et déterminée. À ce moment-là, on a réalisé qu’il était un vrai cerveau du jeu. Il faut rappeler qu’il a été formé par Dan Carter… »

Cette année, Bleyendaal a totalement éclipsé Iain Keatley, qui devait pourtant remplacer l’emblématique Ronan O’Gara. Titulaire indiscutable, buteur, leader de jeu… L’ex-Crusader a radicalement changé le jeu des Munstermen, le rendant plus aéré, plus expansif, moins monolithique. Contre Glasgow en phase de poule, il marqua un essai splendide dès la troisième minute de jeu : jaillissant de nulle part pour capter une passe après contact de Keith Earls, Bleyendaal déborda trois défenseurs écossais pour aplatir derrière la ligne. Et pour ne rien gâcher, il a déjà inscrit 168 points au pied cette saison pour le Munster. Sans doute le plus cadeau qu’il pouvait faire à Anthony Foley qui, depuis les cieux, le couve toujours de son regard bienveillant. 

 

Simon Valzer
Voir les commentaires
Réagir