« Mon fils est Clermontois »

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Publié le , mis à jour

S’il n’a joué que deux saisons à Clermont (entre 2002 et 2004), Richard Cockerill garde un souvenir impérissable de la capitale auvergnate. Depuis Toulon, il raconte son Clermont.

Vous avez joué à Clermont pendant deux saisons. En quoi cette expérience vous a-t-elle marqué ?

C’était la première fois que je vivais en France et ce fut une expérience incroyable. Clermont est une petite mais une super ville. Les gens y sont très attachants et le club de rugby est au centre des préoccupations. Le Stade Michelin est le cœur de la ville, et chaque jour de match il fait battre Clermont-Ferrand ! C’est globalement un excellent souvenir. D’ailleurs mon fils, Stanley, est Clermontois. Il y est né, en 2002. Je n’y ai joué que deux saisons mais humainement j’ai un souvenir extraordinaire de mon passage en Auvergne.

Pourriez-vous nous faire une carte postale de la ville, avec vos yeux d’Anglo-Saxon ?

Pour un Anglais, Clermont est une ville exceptionnelle. On voit la montagne, les lacs, les volcans. Vous êtes à quelques kilomètres de Super Besse (la station de ski, N.D.L.R.). Pour moi il n’y a rien de plus beau. Et à Clermont il y a quatre mois de soleil ! Je sais que les Français se moquent parfois de l’Auvergne, notamment parce que c’est loin de la mer et que la météo est capricieuse, mais pour moi c’était incroyable. Clermont-Ferrand est indiscutablement une super ville.

Peut-on dire que Clermont-Ferrand est la plus anglaise des villes françaises ?

Houla non ! Quand vous habitez en Angleterre, c’est très différent. Il fait tellement chaud l’été à Clermont… Je crois que les Français ne se rendent pas compte (rires).

Vous évoquiez en début d’interview la naissance de votre fils. Était-ce un choix qu’il naisse à Clermont ?

Non. Quand j’ai signé à Clermont, ma femme était enceinte de sept mois. Rentrer en Angleterre ? Ce n’était pas nécessaire. D’une part, nous n’allions pas refaire des milliers de kilomètres, ce n’était pas prudent pour ma femme. D’autre part nous étions heureux en Auvergne, donc on ne voyait pas de raison de ne pas avoir un bébé clermontois (rires). Désormais nous aurons, à jamais, une relation particulière avec cette ville.

Justement, pourquoi aviez-vous décidé de quitter Leicester, après dix saisons, pour rallier le championnat de France ?

À la fin de mon contrat avec Leicester, j’avais expliqué à mon agent que je souhaitais voir autre chose. Donc il a contacté différents clubs dont l’entraîneur de Clermont, Laurent Travers, que j’avais connu en tant que joueur et que j’avais notamment affronté en finale de Coupe d’Europe (en 1997, victoire 28-9 de Brive contre Leicester, N.D.L.R.). Il m’a convaincu. Le projet sportif était intéressant mais la ville m’attirait également. Clermont ressemble à s’y méprendre à Leicester, donc j’ai voulu tenter ma chance et découvrir une nouvelle vie.

Et cette « nouvelle vie » a-t-elle été à la hauteur de vos attentes ?

Et plus encore ! Ce fut, en tous points, une super expérience. C’est un bon club, les gens sont sympas, viennent de la classe ouvrière et ils ont les pieds sur terre. C’est un endroit facile à vivre et j’ai adoré ce choix de vie. J’aurais aimé prolonger à Clermont mais ça ne s’est pas fait. Finalement, mon seul regret est de n’être resté que deux saisons… Mais il est certain que j’aurai un respect éternel pour ce club et cette ville.

Quel est votre meilleur souvenir ?

S’il n’y avait pas eu la naissance de mon fils ce serait difficile de répondre (rires) ! Mais si je devais choisir un deuxième souvenir, ce serait compliqué, tant j’ai adoré la ville. J’ai appris une nouvelle langue, une culture magnifique et j’ai rencontré des gens qui sont devenus mes amis.

Avez-vous, aujourd’hui encore, des amis à Clermont ?

Oui bien sûr il m’en reste quelques-uns. Je pense notamment à Neil Mcllroy, le manager actuel de l’ASM. Je parle très souvent avec lui, c’est vraiment un bon mec et c’est devenu l’un de mes meilleurs amis ! Nous nous sommes téléphoné il y a trois ou quatre semaines. Nous avons parlé du match et il m’a avoué que ce serait bizarre pour lui de me voir habillé avec les vêtements de Toulon.

Quel souvenir gardez-vous du stade Michelin ?

Le Stade Michelin est un endroit très spécial. Ce stade fermé, avec un public connaisseur et passionné, je vous assure qu’il est préférable d’y jouer avec un maillot jaune et bleu. À l’époque l’équipe était en transition, elle n’était pas aussi forte qu’aujourd’hui, pourtant le stade était plein tous les week-ends. J’y suis retourné à plusieurs reprises avec Leicester et c’est à chaque fois avec beaucoup d’émotion que je pénètre sur cette pelouse.

Est-ce qu’un match vous a particulièrement marqué au cours de vos années clermontoises ?

Les deux saisons où j’ai défendu les couleurs de Clermont nous ne jouions pas les premières places, donc il m’est difficile de sortir un match de championnat. En revanche, en 2004, nous avions disputé la finale de la Challenge Cup contre les Harlequins. Malheureusement nous nous étions inclinés (N.D.L.R. 27-26). Clermont qui perd une finale, c’est original non ? (rires). Non plus sérieusement c’est un match qui m’a particulièrement marqué, car nous sommes vraiment passés à pas grand-chose d’une joie immense.

Peut-on dire que c’est votre pire souvenir sous le maillot de l’ASM ?

Je ne peux pas dire ça, car ça a été une belle aventure humaine malgré tout. Selon moi, le plus difficile a été de jouer les play-down (N.D.L.R. phase de maintien) deux saisons de suite. C’était frustrant car nous avions une équipe compétitive mais nous n’exploitions pas correctement notre potentiel.

Quel est le meilleur joueur avec lequel vous avez joué à Clermont ?

Olivier Magne, Gérald Merceron, Aurélien Rougerie, Olivier Brouzet, Levan Tsabadze, le pilier géorgien… Il y avait de nombreux grands joueurs mais si je devais n’en retenir qu’un, ce serait Tony Marsh ! C’est un mec génial mais en tant que joueur il était exceptionnel. Il était fort, rapide et faisait toujours avancer l’équipe.

Vous évoquiez Aurélien Rougerie qui, bien des années plus tard, fait toujours partie de l’effectif clermontois…

C’était il y a quinze ans mais il jouait déjà régulièrement avec l’équipe pro. Il n’avait que 21 ou 22 ans mais son potentiel était incroyable. Nous savions tous qu’il allait devenir un très grand joueur. Et quinze ans après il ne nous a pas fait mentir. Mais finalement au-delà du joueur, c’est un bon mec. Être l’homme d’un seul club c’est devenu rarissime. C’est peut-être le plus grand joueur de l’histoire de Clermont.

Que pensez-vous de l’équipe clermontoise Aujourd’hui ?

C’est une super équipe, avec un collectif très équilibré et un staff qui travaille bien. Le projet de jeu est vraiment agréable et comme l’équipe est très disciplinée, ça fonctionne à la perfection. Peut-être qu’il n’y a pas de grands noms mais quelle que soit l’équipe alignée, elle est toujours consistante. D’ailleurs ils terminent toujours dans le Top 2 du championnat, c’est la preuve qu’ils sont difficiles à manœuvrer. Un top joueur ? Morgan Parra est un excellent joueur, en plus c’est un super mec. Juste derrière je pense à des joueurs comme Spedding et Abendanon. Sur n’importe quelle action ils peuvent faire basculer la rencontre. Mais finalement, plus que les individualités c’est vraiment le collectif clermontois qui est incroyable. Ils ont une bonne mêlée, une bonne touche, une excellente défense. C’est l’équipe la plus complète d’Europe selon moi.

Connaissez-vous l’histoire récente qui lie le RCT et l’ASM ?

Bien sûr. Est-ce que ça plaide en notre faveur ? Je pense. Mais plus que l’histoire avec Toulon, Clermont a une histoire particulière avec les grands matchs. Il faut espérer que ça se reproduise cette année mais j’en doute. Pour moi l’ASM va être au rendez-vous, ils ont une grosse équipe. Puis Toulon est en transition, avec de nouveaux joueurs, de nouveaux coachs (rires), donc ce match ne ressemblera à aucun autre. Clermont est favori. Si l’on regarde la saison des deux équipes, l’ASM devrait l’emporter, mais sur un match, avec le retour des blessés, des internationaux, Toulon peut faire jeu égal avec n’importe quelle équipe. On dit souvent que les grands joueurs répondent présents dans les grands matchs, c’est à eux de le prouver.

 Pour conclure, peut-on imaginer Richard Cockerill sur le banc de l’ASM Clermont Auvergne un jour ?

(Rires) Oui je pense. Si à l’avenir, j’ai l’opportunité j’y réfléchirai évidemment ! Mais il ne faut pas tout mélanger, aujourd’hui je suis à Toulon.

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