[Dossier Réformes du Rugby Français] Les raisons d’un conflit

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    [Dossier Réformes du Rugby Français] Les raisons d’un conflit
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Le bras de fer entre la FFR et la LNR est engagé. Mais par-delà les différentes polémiques - puisque tous les sujets sont aujourd’hui bons pour se déchirer - Il semble bien que l’argent soit le seul nerf de la guerre...

Mettre en place des mesures en faveur du rugby amateur, c’est bien. Pouvoir les financer, c’est encore mieux. Dans sa quête de vouloir tenir ses engagements et satisfaire son électorat, le président de la FFR Bernard Laporte veut aller vite. Très vite. Trop vite ? La question s’impose. L’engagement numéro 19 de la campagne de Laporte : « Tripler le nombre de poste de CRT d’ici à 2020 », ça coûte cher. L’engagement numéro 24 : « Simplifier et diminuer la fiscalité des clubs », c’est aussi moins d’argent dans les caisses de la FFR qui présentera au prochain congrès de Bourges un projet visant à supprimer les amendes (sauf celles liées à des faits de violence) en direction des clubs. Réformer les compétitions amateurs pour offrir plus de matchs engendre des frais substantiels. Et pour cause. Plus de matchs, c’est plus d’arbitres à former, à désigner, à défrayer…

Par-delà les réformes en direction du rugby amateur, Bernard Laporte souhaite aussi financer les fameux « contrats fédéraux » de l’équipe de France. La somme de 300 000 euros par joueur et par demi-saison est évoquée (le club réglant le reste). Soit 12 millions d’euros. En ce sens, un quatrième test-match sera disputé lors des futures tournées de novembre (lire en page cris et chuchotements), censé remplir un peu plus les caisses. Le maillot du XV de France sera aussi vendu à un sponsor pour une somme qui se situe « entre 6 et 10 millions d’Euros », dixit le vice-président Serge Simon. Le maillot du 7 de France est lui aussi mis en vente. Suffisant ? Assurément, non. Les partenaires majeurs actuels (GMF, Société Générale, Orange, BMW et Adidas) ont des clauses de revoyures leur permettant de renégocier à la baisse leur engagement si un sponsor maillot venait se coller sur les pectoraux tricolores. On parle d’un million d’euros en moins par partenaire. Tout ça pour dire que, par-delà les ego, si aujourd’hui la FFR est entrée en « guerre » avec sa Ligue Nationale, c’est aussi et surtout pour tenter de récupérer une partie des revenus financiers issue du rugby professionnel et financer ses projets. Et pour cela, tous les moyens de pression sont bons. Dernièrement, la FFR a émis un avis défavorable à la proposition de calendrier de la LNR. La raison ? Elle n’est aucunement liée aux calendriers eux-mêmes. « Les projets de calendriers des compétitions professionnelles sont subordonnés au projet de réforme relatif au statut des joueurs français internationaux que porte la FFR, et qui vise à maintenir la priorité donnée à l’équipe de France et à son programme, a fait savoir la FFR par communiqué. Par conséquent, ils ne peuvent être adoptés, afin de respecter l’intérêt supérieur du rugby français, avant que le projet relatif au statut des joueurs internationaux ne soit lui-même arrêté et adopté par la FFR et la LNR. » Un membre du comité directeur de la LNR affirme qu’il s’agit « tout simplement d’une forme de chantage. »

Re-dis-tri-bu-tion !

Aujourd’hui, le budget de la LNR, de l’ordre 140 millions d’Euros, est franchement supérieur à celui de la FFR (environ 110 millions d’euros). Paul Goze et les clubs professionnels sont assis sur un véritable magot par la grâce notamment de l’augmentation exponentielle des droits TV. Une manne financière qui profite trop peu, au goût de Laporte, au monde amateur. Dernièrement, en raison des différents conflits apparus ces dernières semaines entre les deux institutions, la LNR a fait un pas en avant quant à la mise à disposition des internationaux. La proposition sera étudiée en bureau fédéral le 11 avril. Seulement, aucune avancée sur le volet financier. C’est là que le bât blesse. « Le rugby professionnel est florissant, alors que le rugby amateur, qui reste la charpente de tout l’édifice, se paupérise, expliquait en janvier dernier le vice-président de la FFR Serge Simon dans les colonnes du quotidien Le Monde. On va donc aider au développement du rugby pro pour redistribuer… Ça n’a rien d’extraordinaire. La ressource n’est intéressante que si elle est partagée. » Il est donc bien question de monnaie sonnante et trébuchante. La FFR souhaite clairement récupérer une partie du magot de la LNR, au nom de la redistribution des richesses. L’intention est louable, le procédé interroge. évidemment, la LNR n’entend pas céder. « C’est trop facile de financer ses projets avec l’argent des autres, assure un président de club de Top 14, préférant rester discret. Nous sommes prêts à faire des efforts, Paul Goze vient de le démontrer avec un certain nombre de propositions, mais il ne faut pas exagérer non plus. » Le bras de fer est engagé, il risque malheureusement de durer et de faire des dégâts…

Arnaud Beurdeley
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