«Je n’avais plus chanté si fort depuis les cadets»

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    «Je n’avais plus chanté si fort depuis les cadets»
Publié le , mis à jour

David Roumieu, le talonneur et capitaine du BO, biarrot d’adoption se confie sur cette distinction qu’il veut collective, parle de sa fabuleuse année et revient sur sa carrière.

Que retiendrez-vous de cette soirée ?

C’était vraiment génial. Je n’aurais vraiment pas pensé ressentir autant d’émotions. J’ai reçu plein de textos de félicitations, ça fait plaisir. Mais ce n’est pas parce que j’ai reçu cette distinction que je suis pour autant la star. C’est l’équipe qui mérite d’être mise en avant. C’est pourquoi je dédie cette récompense à tout le collectif.

 

Quelles ont été les réactions à l’annonce de votre Oscar ?

Les potes de l’équipe n’ont pas arrêté de me chambrer : « Ça fait un an que tu es au club, tu es capitaine, tu as l’oscar, tu as les clés du stade… » De mon côté, j’ai été ému. Dans un mois et demi au plus tard, je raccroche les crampons… Une telle distinction t’incite à regarder en arrière. Beaucoup de souvenirs sont remontés lors de la cérémonie, je me suis rendu compte de ce qu’avait été ma carrière. Vu que je sens que la fin approche, je vis tout à 200 %.

 

C’est une drôle d’histoire que vous, Bayonnais pendant huit ans soyez sacré à Biarritz…

Oui, c’est ironique, effectivement. Mais j’ai l’impression d’être au BO depuis tellement de temps. Ce club m’a beaucoup donné, que ce soit humainement ou sportivement. Nicolas (Brusque) m’a fait confiance avec Darri (David Darricarrère) et Fred (Garcia). Je ne le remercierais jamais assez pour cette opportunité. J’étais dans une période dure à la fin de mon contrat à La Rochelle et ils m’ont fait confiance en me proposant ce challenge. Au début, quand ils m’ont appelé, je pensais que c’était une blague. J’étais attendu au tournant. J’ai entendu que je venais en préretraite…

 

Vous attendiez-vous à vivre une telle saison pour votre dernière année ?

Jamais je n’aurais cru connaître autant de joies et me sentir aussi bien. Et puis devenir capitaine… J’ai de la chance car je me retrouve dans un super groupe. Ma carrière aurait pu finir en eau de boudin. J’aurais pu arrêter sur une blessure à La Rochelle. Je mords à pleines dents cette opportunité et le moindre des moments de vie en commun. Il y a une telle complicité avec mes partenaires : ils m’appellent papy et ce sont mes jeunes cons. Vous voulez que je vous dise la vérité : je n’avais plus chanté aussi fort dans les vestiaires depuis les cadets. Ça veut tout dire.

 

L’histoire est d’autant plus belle que vous débarquiez en terre inconnue…

Oui, je ne connaissais qu’une poignée de joueurs. Tous les jeunes, j’ai appris à les connaître. Et quel bonheur. Max Lucu, par exemple, c’est l’image du BO. Il est encore plus fort que le Yach à mes yeux. Et puis, il y a Arrate, Roumat, Singer, Placines et tous les autres… Le seul regret que j’ai, désormais, c’est ne de pas avoir deux ans de moins pour pouvoir continuer l’aventure avec eux. Mais c’est un bon regret. Quand je vois qu’ils m’ont tous envoyé un texto, c’est touchant. Ils n’étaient pas non plus obligés de venir à la soirée. C’était au milieu d’une coupure de quatre jours mais il y avait tout de même plus de la moitié de l’équipe…

 

N’avez-vous pas hésité à signer un nouveau contrat ?

Il y a quatre mois, c’était prévu que je prolonge d’une année, en fait. Mais je ne veux pas faire la saison de trop. C’est sans amertume que je me retire et que je vais me lancer dans l’aventure du restaurant.

 

Il reste une belle fin de saison, à disputer, d’ailleurs…

Oui, c’est un championnat de fou. Nous sommes à égalité avec trois équipes pour la qualification. Il faut gagner les trois derniers matchs pour être sûr d’aller en demi-finale. C’est excitant de se battre pour ces phases finales pour moi qui ai toujours joué le maintien. Je ne me lève le matin que pour vivre ces moments.

 

Revenons un peu en arrière. Si vous deviez retenir une personne, dans tout votre parcours, qui serait-ce ?

Xavier Péméja, sans aucun doute. C’est la personne qui m’a lancée. C’était mon deuxième papa. Quand il gueulait, il me faisait peur d’ailleurs. Je le respecte énormément. Si j’ai réalisé tout ce parcours, c’est grâce à lui. C’est Philippe Gordo qui m’avait recruté pour aller Montauban. Mais c’est Xavier qui a eu les c.… de me lancer. Et c’est grâce à lui que je me suis relancé à Bayonne.

 

Votre départ précipité de l’Aviron reste-t-il une cicatrice ?

Non, honnêtement, il n’y a pas de rancœur. Je ne remercierai jamais assez le club, les supporters et certains dirigeants pour ce qu’ils m’ont apporté. J’ai construit ma carrière à Bayonne. J’en veux à quelques personnes mais c’est un détail... Je préfère retenir le positif. Il y a des choses plus graves et ça fait partie d’une carrière…

 

Et le fait de ne jamais avoir été capé en Bleu…

Je n’ai aucune amertume à ce sujet. Il y a toujours eu des monstres devant moi, la Buche (Servat), Szarzewski, Ibanez, Kayser… Les mecs étaient tout simplement au-dessus. J’aurais peut-être pu être essayé mais je n’en retire pas d’aigreur. J’ai tout de même joué avec France A en 2006 contre le Tonga. Ne pas avoir été capé avec la plus grande des équipes nationales ne m’a pas empêché d’avoir une belle carrière.

 

Vous retrouvez-vous encore dans le rugby d’aujourd’hui ?

Quand j’entends dire que les valeurs se perdent, j’ai envie de dire aux gens : vous n’avez qu’à venir au BO pour voir qu’elles existent encore. Quand je vois les jeunes que je côtoie, quand je vois leur générosité, leur tempérament, je me dis qu’ils ont la trempe des Mela, des Gorgodze, des Rougerie, des Ribes et de tous les joueurs emblématiques de notre championnat… J’ai rajeuni de dix ans depuis que je joue à Biarritz.

 

Craignez-vous l’après-rugby ?

Dès la fin de la saison, en juin, je vais basculer sur mon restaurant. Ça me permet de repartir directement sur un autre gros challenge, d’éviter de gamberger, de repenser à tout ce que j’ai fait avant. En plus, ça va être la haute saison. Je suis très heureux de cette opportunité. Je remercie encore Nicolas Brusque et BO pour le coup de main. Avoir ce projet, ça m’a libéré. Je vis mes derniers moments pleinement, sans appréhension, car je sais que derrière, il n’y aura pas de vide. En plus, je vais pouvoir profiter à fond de mes trois enfants, Maxine, Jules et Rose, et d’Aude, ma compagne. Être aussi bien entouré, sur la fin, c’est primordial. Sinon, tu peux vite basculer dans le coin sombre.

 

Si vous deviez retenir une anecdote dans toute votre carrière…

J’en choisirai trois. La première remonte à 2003 et à un match contre Béziers avec Montauban. Xavier Péméja m’avait sorti à la mi-temps, sans qu’il y ait de problème, c’était prévu. Après le match, j’entends Xav’ en train de me chercher, en furie et me crier dessus : « C’est quoi ce texto ? » Il avait un message de moi : « Pourquoi tu m’as sorti à la mi-temps gros con ? » J’avais laissé mon téléphone portable dans le bus et je m’étais fait pirater... Plus sérieusement, il y a eu deux moments forts : la tournée avec le XV mondial il y a deux ans avec Botha, Williams, Machenaud et tant de grands joueurs. Et puis, enfin, il y a ma meilleure année. C’est celle que je vis actuellement. Je la savoure. Je sais que le BO va redevenir le grand BO.

Vincent Bissonnet
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