Paul Gabrillagues : L'homme qui a dit non

Il n’est autre que le joueur le plus utilisé de l’effectif parisien. A la rencontre de « Polo », l’homme qui avait dit non à la fusion…

Le petit Poulbot

Paul Gabrillagues est né en 1993, dans le treizième arrondissement parisien, d’un père comptable et d’une mère employée à la sécurité sociale. « Je ne suis pas issu d’une famille de rugbymen. Comme beaucoup de titis parisiens, je suis d’abord un mordu de foot et du PSG. Mais époque Pauleta, hein... » Jusqu’à 12 ans, « Polo » fut donc sept saisons durant le libéro du Sporting Club de Paris, situé à deux pas de Charléty. « Je ne pensais qu’à ça, qu’au ballon rond, qu’à faire monter ma défense pour prendre les adversaires au piège du hors-jeu ». Son arrivée au rugby s’est faite, comme c’est souvent le cas dans la capitale, par le plus grand des hasards. Cet après-midi là, Paul Gabrillagues et son meilleur ami avaient ainsi prévu de frapper quelques balles, sur un terrain du treizième arrondissement. Leur pelouse habituelle étant squattée par les dirigeants du PUC, ils optèrent rapidement pour un plan B : « Le PUC organisait une journée de détection. Plutôt que de rentrer à la maison et de se faire chier, on a décidé de se joindre au groupe ». Une semaine plus tard, le deuxème ligne du Stade français signait sa première licence FFR. « Mes potes du foot ont halluciné. Ils ne m’imaginaient pas avec autre chose qu’un ballon rond. Ils étaient même persuadés qu’un jour, je deviendrai président du Sporting ! »

 

Un homme « en colère »

Paul Gabrillagues n’oubliera jamais cette matinée du 13 mars 2017 au cours de laquelle Thomas Savare, dans un salon feutré du stade Jean Bouin, exposa aux soldats roses le projet du « Racing français ». Farouchement opposé à l’idée même de la disparition du club de la capitale, le joueur le plus utilisé de l’effectif parisien s’éleva violemment contre ce qu’il considérait alors comme une OPA sauvage, claquant la porte de la salle et jurant sur les réseaux sociaux (via le compte Facebook d’une association de supporters) qu’il ne participerait jamais à une telle « mascarade ». « J’étais en colère. On ne peut pas prendre une telle décision sans sonder les gens au prélable, les joueurs, les entraîneurs et, surtout, les supporters Et puis, il faut arrêter : deux clubs peuvent très bien survivre seuls en région parisienne… Pourquoi avoir des années durant communiqué sur l’extrême rivalité du Racing et du Stade français si c’est pour dire que, finalement, ils seront plus heureux en se diluant l’un dans l’autre ? Je le jure que ce que j’ai de plus cher : je n’aurais jamais pu jouer dans cette entité ». Pour autant, il n’aurait pas été dépourvu. « Oui… Mais tous les joueurs ont été contactés. C’était du pain béni pour les autres clubs. Les agents ? Ils devaient faire la chenille dans leurs bureaux ! » Le projet désormais enterré, Paul Gabrillagues attend que Thomas Savare annonce, dans la foulée du derby francilien (30 avril), le nom du futur repreneur : «Avant ça, nous avons un travail à terminer : accrocher une finale de coupe d’Europe ».

 

« Je le jure que ce que j’ai de plus cher : je n’aurais jamais pu jouer dans cette entité »

 

Le meilleur plaqueur du championnat

Paul Gabrillagues a quitté le PUC à 16 ans. Il était donc junior quand il débarqua, au même moment que son ami Laurent Panis, au centre de formation du Stade français. « Je ne découvrais pas le club. Je suivais même cette équipe depuis plusieurs années. Depuis l’ère Guazzini, en fait ». A l’évocation de l’ancien président du Stade français, les souvenirs affluent : « Le Parc des Princes et la demi-finale que l’on gagne contre Biarritz à la dernière minute, sur un essai de Dominici (2005, 20-17)... Les matchs au Stade de France avec Michel Delpech en apéritif... C’était grandiose ». Gonzalo Quesada, qui l’a lancé dans le grand bain en 2014, dit de lui qu’il est actuellement « le meilleur deuxième ligne français ». Sur vingt-quatre feuilles de match possibles, Paul Gabrillagues en a donc connu vingt-trois depuis le début de saison. Son point fort ? Une hyperactivité en défense le plaçant aujourd’hui comme le meilleur plaqueur du championnat (20 plaquages par match en moyenne), devant des flankers tels Fulgence Ouedraogo ou Hugh Chalmers. Porte d’Auteuil, on dit donc de lui qu’il est un deuxième ligne de devoir. « Je ne sais pas trop ce que je suis. Mon modèle, c’est Jamie Cudmore ».

 

« le meilleur deuxième ligne français » - Gonzalo Quesada

 

Dan Cole, son grand Satan

 

« Une poire, à la rigueur. Mais une fourchette, c’est salaud, c’est dégueulasse ! » 

 

En janvier 2016, l’ascencion de Paul Gabrillagues a brusquement été freinée par une suspension de huit semaines, rapport à une sombre histoire de fourchette. « C’était après un match contre Leicester. Le staff anglais m’avait accusé d’avoir agressé le pilier Dan Cole d’une fourchette ». A raison ? « Je jure que non ! Sur cette action, j’essayais juste de gratter un ballon quand ma main est entrée en contact avec le visage de Cole. Ce genre de truc arrive tout le temps, au rugby ! » Il suffit d’une maladresse, en fait... « Jamais je n’ai mis de fourchette de ma vie ! Je l’assure ! Une poire, à la rigueur. Mais une fourchette, c’est salaud, c’est dégueulasse ! » A Londres, le jour de l’audience, « Polo » a pourtant plaidé coupable, histoire de ne pas remonter davantage les juges celtes de l’EPCR. « C’est assez piégeux, en fait. Ils te posent plein de questions, te demandent : « Est-ce bien votre main sur le visage de Dan Cole ? » Oui, c’est la mienne, pas celle du voisin. Mais ce n’est pas délibéré, je vous le répète messieurs ! » Assomé par la sentence, Paul Gabrillagues s’est alors réfugié dans le travail. Double peine, ou presque. « J’ai fait de la préparation physique pendant deux mois. C’était l’horreur. Au fond de moi, je bouillonnais »