Le triomphe de la longévité

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    Le triomphe de la longévité
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Années 1970. Notre confrère, Jacques Carducci, parlait à propos du lourd pack de l’ASM, du «monstre à seize pattes». Lequel, sous la bannière de Jacques Cristina, emportait tout sur son passage lors de matchs de poule et s’éteignait, invariablement, en quart, demie ou finale.

Années 1970. Notre confrère, Jacques Carducci, parlait à propos du lourd pack de l’ASM, du « monstre à seize pattes ». Lequel, sous la bannière de Jacques Cristina, emportait tout sur son passage lors de matchs de poule et s’éteignait, invariablement, en quart, demie ou finale.

A y bien regarder, la décennie suivante, celle des Tonon, Sauzade, Picard, Gaby et compagnie fut d’une eau semblable. Le jeu évolua un peu dans les années 1990, sous le double commandement de Philippe Saint-André et de Jean-Marc Lhermet. Mais les résultats furent les mêmes.

Ne vous moquez pas. Toujours placé, rarement gagnant, Clermont ne saurait trop faire rire à ses dépens. Il fleure au pied du Puy de Dôme un parfum de longévité admirable qu’aucune autre équipe ne saurait revendiquer. Et ce n’est pas là le moindre mérite d’un club qui, bon an mal an, aura toujours contribué au rêve de ses supporters. Ni Béziers, ni Toulouse, ni Toulon, ni Paris, ni Biarritz, ses principaux adversaires sur les dernières décennies ne sont en mesure d’en dire autant. Tous, autant qu’ils sont, auront connu, des années 1960 à nos jours, leur période de vache maigre, leur moment de disgrâce. Pas l’ASM devenue sur le tard Clermont-Auvergne ! Et je m’étonne toujours que cet éclairage de l’Histoire, qui situe l’incroyable force du rugby en Auvergne, qui témoigne admirablement du ressort d’un club, de sa gestion, soit étouffé sous la somme des commentaires goguenards qui voudraient que Clermont soit le Poulidor de notre rugby.

Et quand bien même cela serait ! Raymond Poulidor, jusqu’à plus ample informé, aura marqué l’histoire du cyclisme comme personne, attirant plus sûrement la sympathie après lui que bon nombre de ses rivaux. À l’ère de la communication à tous crins, on a fait pire comme référence.

Pour lors, je suis admiratif de la façon dont le grand club auvergnat évolue, voussé d’humilité, très peu enclin aux coups de gueule revendicatifs, aux guerres de chapelle, mais finalement avant-gardiste sur le paysage de ce sport –tout ce dossier en témoigne– pour sa façon d’appréhender les choses, de gérer le quotidien, d’anticiper l’avenir. Le bonhomme Michelin n’est jamais très loin, bien sûr, mais la belle affaire. Clermont fait avec les moyens (considérables) qui sont les siens mais ne s’est jamais trompé sur l’essentiel : maintenir très haut, en toutes circonstances, quels que soient les hommes qui la dirigent, son équipe de rugby qui participe tout à la fois de l’âme de la région, de son identité et de l’un de ses fondements culturel. Il n’est jamais question, ici, que d’héritage et de volonté. La mince besogne.

 

Jacques Verdier
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