Bordeaux - Bègles : Ntamack fait le bilan !

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Il va quitter l'UBB un an avant la fin de son contrat. Emile NTamack revient sur les deux saisons qu'il a passées en Gironde.  

Il était arrivé en 2015 pour devenir l'adjoint de Raphaël Ibanez. Emile Ntamack  va quitter l'UBB à la fin de la saison après une dernière saison contrastée, excellente au début puis terrible entre décembre et mars quand le club a traversé une période de sept matchs sans victoire en Top 14. Un passage à vide qui a aboutit à l'annonce du départ de Raphaël Ibanez.Ntamack  nous livre ses impressions sur cette expérience et sur son futur proche.

 

Emile, abordez-vous la dernière rencontre entre l’UBB et le Racing 92, comme un huitième de finale officieux ? 

Non, sincèrement, il ne nous reste quasiment aucune chance de nous qualifier. Nous avons préparé cette rencontre dans l’esprit de faire un match solide face au Racing qui saura forcément mettre les ingrédients nécessaires pour aller chercher la victoire. Nous essaierons de faire un match courageux à Colombes, mais sans pression, en faisant du mieux que nous pourrons.

 

Avec les bouleversements du mois de mars et le départ annoncé de Raphaël Ibanez, avez-vous le sentiment vécu une saison difficile à Bordeaux ?

Elle fut difficile oui, par notre passage à vide entre décembre et mars qui a entraîné de gros débats. Finalement, ceci a entraîné une remise en cause de notre fonctionnement et c’est n’est jamais très agréable à vivre en pleine saison. Peut-être était-elle nécessaire ; c’était en tout cas une volonté de l’ensemble du groupe... Mais, humainement, il y a eu des moments difficiles à gérer. Je ne le cache pas.

 

Vu de l’extérieur, nous avons eu le sentiment que les joueurs manifestaient leur désaccord avec le staff.

Je pense que les joueurs étaient désireux de changement, dans la voix, dans l’expression... Il y avait un phénomène d’usure tout simplement et quand, dans le même temps, les résultats ne sont pas là, une remise en question semble inévitable. Alors, sur quels leviers fallait-il agir ? Des décisions ont été prises pour estimer des lendemains meilleurs. Avec le temps, on verra bien si elles ont vraiment changé les choses.

 

Les fameuses décisions du mois de mars ont introduit une forme de confusion. Les rôles ont été redistribués et l’on s’est demandé si vous continuiez à entraîner.... 

Je vous rassure, j’ai entraîné jusqu’à la fin. Vous l’avez bien vu lors de nos séances, et de nos matches. J’ai continué à faire équipe avec Jacques Brunel et Joe Worsley. Une fois que les bilans ont été tirés, notre fonctionnement s’est poursuivi même si j’ai été déchargé du mouvement général du jeu pour m’occuper plus précisément du travail des lignes arrières.

 

Conserverez-vous un bon souvenir de vos deux saisons bordelaises ?

Oui, un excellent souvenir . L’UBB est un club très dynamique, et j’ai beaucoup apprécié le personnel du club comme, bien sûr, des joueurs. Même si, collectivement, nous n’avons pas atteint nos objectifs, j’ai vu des garçons progresser et évoluer individuellement. Certains ont changé de statut. Six d’entre eux sont arrivés en équipe de France, ce n’est pas rien. Et c’était nouveau pour le club.

 

Quels sont les joueurs dont la progression vous a le plus ravi ?

J’ai vécu l’avènement de Baptiste Serin, celui de Jefferson Poirot. Je les ai vus devenir de vrais leaders. J’ai vu la confirmation du caractère et du charisme de Loann Goujon, j’ai vu arriver à maturité des gars qui étaient un peu dans l’ombre comme Clément Maynadier ou Julien Rey plus bien sûr, plus les deux derniers, Jean-Baptiste Dubié et Darly Domvo qui pointent leur nez puisqu’ils ont été convoqués pour le stage de Granville. Je vous rappelle que Jean-Baptiste Dubié jouait encore en Pro D2, il y a encore deux ans.

Je n’oublie pas un garçon comme Romain Lonca, blessé en ce moment. Il est devenu incontournable avec Bordeaux. Quand je suis arrivé, son statut n’était pas le même. Il n’y avait pas de confiance autour de lui. Il a eu sa chance comme les autres, et il a franchi un cap. Je suis content d’avoir accompagné ces joueurs. C’est une fierté.

 

La sélection de Dubié était inattendue...

Oui, il avait besoin qu’on lui donne confiance, qu’on l’accompagne vers le haut niveau dans le discours et dans le registre du développement technique. J’avais envie de lui expliquer qu’il valait mieux que ce qu’on pouvait penser a priori de lui, et qu’il n’avait pas de limites, à condition de ne pas se les fixer lui-même. Il était méconnu en début de saison, mais nous l’avons fait régulièrement jouer et ses qualités ont attiré l’attention. C’est une vraie fierté pour moi que de le voir arriver là, sans compter qu’un tel parcours est aussi la récompense de vraies qualités humaines. On pourrait partir n’importe où avec Jean-Baptiste tellement il met de la détermination et de l’engagement dans tout ce qu’il fait.

 

Pourquoi avez-vous décidé de quitter l’UBB ?

L’honnêteté fait partie de ma façon de voir les choses. Je voulais me rapprocher de mes deux garçons qui sont à Toulouse. J’ai préféré en parler au président pour voir s’il voulait bien me libérer de ma dernière année de contrat et lui laisser le temps de préparer la prochaine saison.

 

N’y a-t-il pas un lien entre votre départ et le fameux tumulte qui a secoué le club ?

Oui, il y a peut-être un lien quelque part... Disons que ces remous ont sans doute été un signe de plus que je devais faire un choix et redéfinir mes priorités. C’est sûr qu’il y a six ou huit mois, j’étais loin de penser que je pouvais quitter Bordeaux : j’étais bien installé, le groupe vivait bien, nous n’étions pas encore dans la tourmente, je n’aurais pas imaginé prendre une telle décision. Mais l’évolution générale du club à travers ses résultats sportifs et mon évolution personnelle se sont combinées pour me pousser à me rapprocher de Toulouse.

 

Vu de l’extérieur, on aurait pu penser que vous partiez contre votre volonté. Avez-vous donné des explications aux joueurs sur votre départ un an avant la fin de votre contrat ?

Oui, je leur ai parlé de mon désir de me rapprocher de mes fils et beaucoup l’ont compris car quelques-uns sont déjà devenus pères de famille. Certains étaient attristés et auraient voulu que je continue. Je m’étais attaché à plusieurs d’entre eux et je leur ai promis que je reviendrai les voir.

 

Quand on parle de la saison de l’UBB qui va s’achever, on ne peut pas ne pas évoquer les cas de Ian Madigan et d’Adam Ashley-Cooper... Deux expériences décevantes, non ?

Tout dépend de ce qu’on attendait d’eux. Ian Madigan, avait un palmarès, des qualités… Nous imaginions un joueur providentiel, un garçon qui prendrait plus rapidement ses marques, qui nous amènerait plus de constance et de certitudes, surtout dans un effectif assez jeune. Nous pensions qu’il pourrait nous faire passer un cap. Mais il n’a pas su trouver ses repères dans notre système de jeu, autant que dans notre culture en général. Il faut savoir qu’il a de vraies qualités, notamment des qualités de mains mais, finalement, il a montré une façon d’appréhender le rugby qui était en décalage avec la réalité et la rudesse du Top 14. J’ai eu l’impression qu’il était habitué à un certain style de jeu, très propre, avec le Leinster qui multiplie les temps de jeu. Ce rugby-là, nous n’étions pas capables de le reproduire. Il a donc eu du mal à sortir du schéma auquel il était habitué pour venir sur un autre registre. I 

 

Et Adam Ashley-Cooper ?

C’est un cas un peu différent. Je crois qu’il a d’abord amené de la visibilité médiatique à l’UBB. Ensuite, sur le plan du jeu, il a apporté de l’expérience et de la sagesse. Mais je crois surtout qu’il a participé à l’évolution de ceux qui jouaient autour de lui. Il les a tirés vers le haut. Ce n’était pas le facteur X qui traverse le terrain, mais sur le plan général, son passage a été positif. En premier lieu au niveau humain. Côté rugby, il a été très propre sur tout ce qu’il a fait même si, je le répète, nous en attendions forcément plus de lui, sans doute trop. On pensait qu’il casserait des plaquages qu’il ferait des exploits personnels alors que ses qualités sont différentes ; elles sont davantage celles d’un attaquant opportuniste. Il est très bon pour mettre de l’huile dans les rouages mais il ne peut pas donner ce que donnent les Ma’a Nonu ou Brian Habana qui ont été recrutés avec le même impact médiatique.

 

Après avoir commencé à entraîner au plus haut niveau en vous occupant de sélections (moins de 21 ans, puis le XV de France), comment avez-vous vécu la découverte de l’entraînement en club  ?

Au-dela des ressemblances, j’ai découvert un phénomène de répétition, presque de routine. S’occuper d’une sélection, c’est forcément très intense. Il faut cristalliser tous les efforts sur une période très courte. S’occuper d’un club, c’est accepter de lisser son travail sur une saison qui est très longue. Alors, par moments, le travail peut devenir fastidieux. Il faut faire de la planification, de la préparation et rester concentrer car on peut s’endormir et louper des choses. C’est là que les problèmes peuvent surgir.

 

Comment s’est terminée votre relation avec Raphaël Ibanez ?

ça ne s’est pas mal terminé entre nous. Nos rapports sont restés très courtois même si, c’est vrai, il a pris du recul voulu par l’ensemble de l’équipe et par le président Laurent Marti. Mais il n’y a pas d’amertume à avoir, ces événements font partie de la vie. 

 

Avez-vous eu une explication avec lui au moment des remous de début mars ?

Pas d’explication particulière, mais nous nous sommes toujours dit les choses. Non, il n’y a pas eu de guéguerre entre nous. Je n’étais pas contre lui, il n’était pas contre moi même si, parfois, nos regards étaient différents. Les décisions qui ont été prises sont venues après mais elles n’étaient pas de mon fait. Je préfère retenir les bons moments que nous avons passés ensemble et les choses que nous avons essayé de mettre en place même si ça n’a pas fonctionné comme on l’aurait voulu puisque nous n’avons pas atteint le Top 6.

 

Et quelle fut votre relation avec Jacques Brunel ?

Très bonne. Je le connaissais dans un contexte de vacances, plus décontracté... À Bordeaux, il nous a apporté sa sagesse et son expérience nécessaires pour tempérer notre fougue et opérer un retour au calme. En cette fin de saison, on a pu constater la cohésion qu’il a amenée au travail du staff.

 

Et quel souvenir garderez-vous de Laurent Marti ?

Il est très impliqué, c’est sûr. Il est passionné, cherche toujours le meilleur pour son club. Il faut voir d’ailleurs comment il l’a structuré, ne serait-ce qu’avec le centre d’entraînement qui est en train de sortir de terre. Après, ce n’est pas toujours facile pour lui... Il a connu une grosse réussite professionnelle dans sa vie et souhaitait relever pareils défis dans le monde du sport. D’où sa déception de ne pas y parvenir. Laurent est une personne saine, honnête. Je dis cela même si, parfois, il y a eu des anicroches. C’est la vie.

 

Cet hiver, Laurent Marti a fait le constat que l’UBB manquait de joueurs puissants. Êtes-vous d’accord ? Était-ce le vrai point faible de l’équipe ?

Ça faisait partie de nos recherches, c’est sûr. Nous aurions aimé que notre équipe soit dispose de plus de puissance sur les impacts, qu’elle casse davantage de plaquages, et qu’elle finisse mieux les coups, aussi. Peut-être que nous n’avons pas trouvé ce que nous cherchions tous ensemble, les entraîneurs et le président qui connaît le rugby... Nous avons fait notre maximum, mais ça n’a pas marché, il n’y a pas de regrets à avoir même si la déception est là. Mais je sais que le président va repartir à l’abordage pour trouver ce qui est le mieux pour son club.

 

Ce qui vous a manqué, c’est un Metuisela Talebula plus souvent disponible, non ? Avec lui, l’UBB n’aurait-elle pas gagné le ou les deux matchs qui lui manquent en cette fin de saison ?

Oui, d’autant que nous étions un peu justes dans notre effectif. Surtout au niveau des lignes arrières... Metuisela Talebula a subi des blessures et nous ne l’avons pas eu souvent au niveau auquel on l’attendait. Sur la finition, il nous a clairement beaucoup manqué. Mais les blessures de Romain Lonca en fin de saison nous ont aussi fait du mal car il apporte du tranchant à nos attaques. Il apporte un plus, de l’imprévu et de la créativité quand il joue à côté de joueurs qui sont appliqués, déterminés et qui répètent bien les actions... Romain n’a pas peur et sait prendre le jeu à son compte.

 

Désormais, qu’allez-vous devenir ? On parle beaucoup de vous au Stade Toulousain...

Oui, c’est une possibilité. Je ne l’ai pas caché quand j’ai averti Laurent Marti de mon départ. Je cherchais à me rapprocher de mes enfants et de mon club de toujours, le Stade Toulousain. Après, le Stade Toulousain, c’est vaste. Peut-être que je ne vais pas rejoindre le secteur professionnel... Pour l’instant, je n’ai reçu aucune proposition officielle de ce côté-là et je n’ai rien demandé à personne. J’ai juste averti l’association que je cherchais une possibilité d’œuvrer auprès des équipes de jeunes.

 

Il y a deux ans, vous étiez déjà en lice pour trouver des fonctions à Toulouse....

Quand le président Bouscatel avait approché Ugo Mola et Fabien Pelous, je formulais une autre proposition qui n’a pas été retenue. C’est comme ça que je m’étais retrouvé libre et que la proposition de Bordeaux était bien tombée pour moi. On a beaucoup parlé de moi ces derniers temps car je passais deux fois par semaine au club, le mercredi et le dimanche, pour voir mes enfants, alors il m’arrivait de discuter avec Ugo Mola ou avec Fabien Pelous... Mais ça ne veut pas dire que je suis sur le point de travailler tout de suite avec eux.

 

Avez-vous joué un rôle dans les dernières réunions relatives à la gouvernance du stade Toulousain en tant que membre de l’association des « Amis du Stade ?

Non aucun, même si c’est vrai que j’appartiens à cette association en tant qu’ancien joueur. On m’a prêté des intentions, mais il n’en est rien. Je me suis intéressé à cette question car je connais tous les acteurs, de Didier Lacroix à Hervé Lecomte en passant par Ugo Mola et René Bouscatel. Mais je n’étais qu’un observateur.

 

Votre fils, Romain, est le demi d’ouverture de l’équipe de France des moins de 20 ans, alors qu’il est surclassé. Comment voyez-vous son évolution ? 

Il prend du plaisir, il apprend. Il a intégré depuis longtemps l’idée que sa passion nécessite une grosse somme de travail. Mais il a encore un peu de temps devant lui car il vient d’avoir dix-huit ans il y a deux jours. Pour l’instant, il prend les défis qui lui sont proposés, avec les espoirs du Stade Toulousain et avec les sélections. Peut-être va-t-il faire la Coupe du Monde des moins de vingt ans... Il suit le cursus classique d’un gars qui veut s’épanouir dans son sport.

 

Vous ne l’avez jamais entraîné ?

Si, je me suis déjà occupé de lui pendant trois ans chez les jeunes du Stade Toulousain avant de venir à l’UBB. Là, il entre dans les âges vraiment intéressants, et c’est ce qui fait que j’ai envie de me rapprocher un peu de lui mais vous savez, j’ai aussi un autre fils Théo qui a quinze ans et qui joue numéro 8. Je l’avais un peu entraîné lui aussi et j’ai vu sa génération grandir lors de mes visites à Toulouse. Mais comme je n’étais pas là tout le temps, je me rends compte que je suis passé à côté de certaines choses, et ça me manque. Quand j’étais en Top 14 le samedi, je ne pouvais pas voir beaucoup de matchs, je ne l’ai vu jouer que trois fois cette année. Pour moi, cela pèse lourd dans la balance. C’est vraiment ce qui a dicté ma volonté de revenir à Toulouse.

 

Quels seront les moments que vous conserverez de votre passage à Bordeaux ?

Quand j’ai senti que nous commencions à exister sur la carte de l’Europe. Nous avons terminé à deux reprises deuxièmes de notre poule. J’ai eu le sentiment que nous étions pris au sérieux par nos adversaires. Il y a eu notre victoire à Clermont bien sûr, mais aussi nos deux victoires de cette saison contre l’Ulster. Elles m’ont beaucoup marqué. Nous sommes quand même allés nous imposer à Belfast. Plus que les victoires, c’est le regard qu’on a porté sur nous qui a changé et c’est ce qui m’a fait plaisir.

Jérôme Prévot
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