Le monde ovale

  • Le monde ovale
    Le monde ovale
Publié le , mis à jour

Imaginez le scandale si pareille affaire s’était produite en France… A tous coups, les clubs auraient crié au scandale, peut-être même appelé leurs supporters à la manif’pour défendre le droit des joueurs au travail à domicile. Ils auraient visé la fédé, accusée de faire son beurre sur le dos des clubs et des Bleus en profitant de la tournée pour transformer les internationaux en têtes de gondoles Outre-Mer, avant de défier les Springboks… Rassurez-vous, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes, chez nous, ne saurait être que fortuite. Le tohu-bohu dont on parle s’est déroulé de l’autre côté du Channel, en Angleterre, où les Saracens ont préparé leur finale de Champions Cup, face à Clermont, sans six joueurs retenus par les Lions britanniques et irlandais : les frères Vunipola, George, Kruis, Itoje et Farrell… Pas pour jouer, juste manière de régler les questions administratives et d’assurer la promo de la tournée en Nouvelle-Zélande.

Vous verriez Franck Azéma entamer, sourire aux lèvres, son sprint vers la finale de ses rêves sans Iturria, Jedrasiak, Chouly, Lopez, Lamerat et Spedding ? Peu probable, évidemment. Mais n’en rajoutons pas, toute ressemblance est, répétons-le, fortuite… Surtout, le business des Lions reste un cas à part sur l’échiquier du rugby mondial ; une incongruité posée tous les quatre ans au milieu d’un calendrier international alambiqué.

Pourtant, le modèle est à surveiller de près. Par-delà son folklore, cette armée rouge revêt bien plus d’importance qu’il n’y paraît de ce côté du Channel. Elle serait même une source d’inspiration pour l’ensemble d’un rugby mondial en quête de ressources financières, à l’image des Springboks et des All Blacks dont on dit les fédérations exsangues. Les sélections sont ainsi devenues les machines à cash des fédés qui n’hésitent plus à les monnayer, multipliant les rencontres en dehors des compétitions, parfois en terrain « neutre ». Les Bleus n’échappent pas à la règle : la FFR envisage d’ajouter un cinquième test au programme automnal (déjà renforcé d’un match supplémentaire face à la Nouvelle-Zélande, en semaine), qui serait délocalisé (cette année à Singapour, contre l’Australie) et priverait encore davantage les clubs de leurs internationaux. L’affaire est actuellement en négociations avec la Ligue. Un jour ou l’autre, il faudra s’y résigner et, surtout, revoir le calendrier pour que l’ambition des patrons de fédération ne fragilise pas la base sur laquelle ils sont assis. Parce que l’on ne badine pas avec le pouvoir, pas plus que l’on ne plaisante avec l’argent…

En attendant, les Clermontois ont préparé quasi au complet leur finale européenne, à l’image du Stade français qui jouera sa saison face à Gloucester en Challenge Cup. Une fois n’est pas coutume, la France est ainsi mieux logée que ses adversaires. Il convient d’apprécier l’augure comme il faut se préparer à « déguster » le menu offert par le tirage au sort du Mondial 2019… Les Bleus sont dans une poule d’enfer (Angleterre et Argentine, en attendant Fidji, Tonga ou Samoa, sans oublier probablement Usa ou Canada).

Jamais XV de France n’a été soumis à un tel programme ! Si le risque sportif est grand, ces matchs portent une double promesse : celle d’une compétition haletante, dans deux ans au Japon. Et celle d’une motivation décuplée pour Novès, son staff et ses joueurs qui ne pourront guigner les Tournois s’ils entendent se bâtir un palmarès avant d’avoir à lutter pour ne pas être les premiers français à ne pas sortir de la phase préliminaire d’un Mondial… Bref, vous l’aurez compris, on n’a pas fini d’entendre parler des sélections !

 

Emmanuel Massicard
Voir les commentaires
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?