L’Homme qui valait trois milliards

Il est le meilleur marqueur du circuit à VII. Samedi dernier, nous avons rencontré Perry Baker, la star américaine.

Il y a encore quatre ans, Perry Baker (30 ans) ne connaissait rien du rugby. À l’époque, l’homme le plus rapide du « Sevens Series » était le receveur des Philadelphie Eagles, un des gros bras du foot US. « Et puis un jour, nous confiait-il samedi après-midi, mon genou m’a lâché. » Peu amènes envers leurs blessés graves, les dirigeants des Eagles ont pensé Perry Baker perdu pour la discipline et, très vite, l’ont laissé au bord de la route. Chronométré à 4,34 secondes sur quarante mètres à l’époque où il était l’un des plus grands espoirs de la NFL, Baker et son C.V. ont alors atterri sur le bureau des coachs de Colombus, une équipe de rugby de l’Ohio. Là-bas, le choc culturel fut pour lui radical. Il poursuit : « Au foot US, j’étais habitué à lire les défenses adverses avant de recevoir la balle. Le champ laissé libre à l’improvisation y était également très restreint. La NFL, c’est comme une partie d’échecs. Tout est écrit en avance. » La partie la plus difficile de sa nouvelle éducation ? Le plaquage, sans aucun doute : « Personne ne plaque en NFL ! Les mecs lancent violemment l’épaule, le casque ou l’avant-bras mais ne plaquent pas comme au rugby ! Au départ, cet aspect technique du rugby fut donc vraiment difficile à appréhender. Je ne savais pas où placer ma tête. J’avais peur qu’on me la broie… »

Il a évincé Carlin Isles

Un an après avoir découvert le rugby, Perry Baker signait pourtant un premier contrat avec la Fédération américaine, bien décidée à faire de lui l’un de ses joueurs à VII les plus dangereux. Bingo. En l’espace de quelques saisons, l’ancien receveur des Eagles est devenu, avec l’Anglais Dan Norton, le marqueur le plus prolifique de la planète (49 essais marqués cette saison).

Au rugby, il y a les ailiers qui courent vite. Et puis il y a Baker, qui ajoute à cette pointe de vitesse inhumaine une défense sur l’homme agressive et une réelle maîtrise des airs. « Il est à mes yeux le joueur le plus élégant du circuit, explique l’entraîneur des Bleus Frédéric Pomarel. Je le verrais très bien jouer avec un chapeau melon et une canne… » Au printemps 2017, l’homme qui caresse les pelouses plutôt qu’il ne les foule a conquis la planète « sevens » et poussé l’extravagant sprinter Carlin Isles hors du groupe américain. Le foot US a certes perdu un receveur honnête. Mais le rugby à VII s’est incontestablement payé une star.

propos recueillis par Marc Duzan