Identités

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Je désespérais, je l’avoue, de voir le Racing se lancer à corps perdu dans ce grand jeu de mouvement et de course qui fit son bonheur, samedi, à Montpellier. Ses atermoiements antérieurs, ce long dédale de couloirs tortus où l’équipe semblait se perdre, me semblaient tellement singuliers au regard du potentiel exceptionnel de ce groupe. 

Quand on a la chance de posséder, dans ses rangs, des joueurs de la trempe de Carter, Dulin, Imhoff, Thomas, Chavancy, Rokocoko, Masoe, Nyanga, Nakarawa et compagnie, on ne joue pas à gagne terrain. C’est affaire d’honneur, de prestige, de grandeur. Un regard dans le rétroviseur de l’Histoire suffit d’ailleurs à le prouver : seules les équipes au style dûment identifié ont laissé une trace. Les autres passent, elles ne survivent pas. Et quoi de plus merveilleux, de plus probant pour une formation en quête d’un public plus large, de reconnaissance nationale, que ce jeu de passes après contacts, d’évitements et de hardiesse pour tirer les cœurs après soi ? Cela n’exclut pas le combat, la bravoure, la capacité d’adaptation au système adverse. Mais à l’heure du sport spectacle, du zapping permanent, le ressort du style, la quête du beau, n’est pas seulement affaire de joliesse : elle emprunte directement à l’aspect identitaire d’un club et indirectement à son économie.

L’affaire est-elle si différente pour le Rugby Club toulonnais qui emprunta, vendredi, la voie du combat pour satisfaire à ses exigences ? Je ne jurerais pas que cette forme de jeu frontale, sans fioriture ni grande créativité - exception faite, sans doute, du superbe essai d’Halfpenny - soit suffisante pour battre l’armada rochelaise, portée par l’euphorie d’une saison admirable et dont on sait « qu’elle ne se tirera pas du milieu », selon une formule typiquement varoise. Mais du moins cette prédiction pour la guerre directe, cette faculté à se rassurer, se fédérer, sur les fondamentaux de ce jeu, empruntent-elles directement au patrimoine toulonnais, à son passé et ses goûts. Je ne sache pas qu’un seul supporter varois ait décrié les choix tactiques, stratégiques du RCT de Vermeulen. Il passa même dans les travées de Mayol comme un air de fête, un parfum éternel lorsque fut déclenchée la petite « générale » de vendredi soir. À Toulon, le courage et le cœur prévaudront toujours sur toutes les données. Et c’est aussi là, affaire identitaire.

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PS : impossible d’évoquer l’aspect identitaire des équipes, sans saluer le formidable retour du SU Agen en Top 14. Club historique, club phare pendant plusieurs décennies, le SUA participe du patrimoine national comme personne et son mérite à ne jamais renoncer n’en est que plus admirable. Une anecdote de circonstance pour terminer, en guise de clin d’œil. Il émane de Jean-Louis Bérot, l’ancien ouvreur du XV de France qui plaide aujourd’hui pour le maintien des bastions de ce jeu en haut de l’affiche. «Peut-on imaginer, m’écrivait-il par texto au moment de la finale, un stade historique aussi bondé pour une finale de demain : Nevers-Lille ?» Il n’est pas interdit de sourire…

Jacques Verdier
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