RCT : le bureau des légendes

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Ils sont quatre. Quatre grands joueurs du RCT et du rugby mondial : Matt Giteau,  Drew Mitchell, Juanne Smith et Juan Martin Fernandez Lobbe (même si rien n’est officiel pour ce dernier) vont vivre leur dernière en rouge et noir. Bernard Laporte  raconte ces champions.

Des bourreaux de légende. L’histoire entre Bernard Laporte et la ligue de champions composée de Matt Giteau, Drew Mitchell, Juanne Smith et Juan Martin Fernandez Lobbe avait commencé sur de mauvaises bases : «Au départ, je les voyais avant tout comme des opposants, se souvient l’ancien sélectionneur. C’étaient des joueurs que je détestais car ils m’avaient souvent causé des problèmes avec le XV de France.» à Toulon, de 2011 à 2016, ces internationaux sont devenus ses faiseurs de miracles et des acteurs majeurs de la fabuleuse épopée Rouge et Noir : au sein de la bande à «Bernie», ils ont disputé huit finales (quatre de Top 14, trois de Coupe d’Europe et une de Challenge européen) pour quatre titres remportés (un Bouclier de Brennus et trois victoires européennes). L’histoire est finie, les trophées sont rangés dans les armoires mais « l’histoire d’hommes » perdure. «J’ai vécu avec eux une belle aventure, avec des succès mais aussi des épreuves. Nous ne sommes plus seulement dans une relation entraîneur-entraînés. Je le vois à chaque fois que je les recroise, d’un simple coup d’œil : chacun sait que nous avons vécu quelque chose d’extraordinaire même si nos chemins sont amenés à s’éloigner. Nos liens sont infaillibles. J’en veux pour preuve les textos que je reçois régulièrement de Bakkies (Botha) ou Jonny (Wilkinson) qui sont en retraite depuis deux ans déjà.» 

Dimanche soir, quand Bernard Laporte viendra serrer la main de ses anciens protégés, une note d’émotion s’ajoutera au conformisme du protocole officiel. Leur histoire personnelle et le contexte rendront ce moment particulier : au Stade de France, Giteau disputera sa dernière rencontre en Rouge et Noir avant de rejoindre le Japon et les Suntory Sungoliath ; Drew Mitchell et Juanne Smith raccrocheront les crampons à l’issue de cet ultime combat ; quant à Juan Martin Fernandez Lobbe, désireux de poursuivre sa carrière, il risque fort de quitter la rade cet été. Bryan Habana aurait pu accompagner ses partenaires mais il prolongera l’aventure d’une saison, finalement.En attendant, le président de la FFR a accepté de nous parler du génie wallaby, de l’électron libre australien, du soldat sud-africain et du cerveau argentin, de leur personnalité, de leurs manies et de leurs talents. 

Par Vincent Bissonet et Pierre-Laurent Gou

 

Drew Mitchell : « Les explications étaient musclées»

La relation entre Drew Mitchell et Bernard Laporte n’a pas ressemblé à un long fleuve tranquille.Le caractère et le tempérament de l’Australien sont régulièrement entrés en opposition avec les principes et le fonctionnement de son manager.Mais tous les deux se sont rejoints sur un point, fondamental : une même culture de la gagne. « Drew, c’est un très gros caractériel avec un gros ego. Mais c’est avant tout un sacré compétiteur. En 2015, je l’avais écarté de la demi-finale de Coupe d’Europe face au Leinster à Marseille. Il m’en avait voulu et l’avait laissé transparaître. Il était impeccable aux entraînements mais ne m’adressait plus la parole. L’explication entres nous avait été musclée, comme plusieurs fois d’ailleurs. Ce qu’il appréciait chez moi, je crois, c’est que je pouvais aller très loin dans ma colère mais que cela ne sortait pas du vestiaire ou de notre tête à tête. Bref, il était arrivé à me convaincre de le titulariser pour la finale face à Clermont. Je lui avais mis la pression et il avait répondu présent de la plus belle manière (avec son essai au terme d’un exploit personnel,N.D.L.R.). C’est un joueur qui aime être piqué au vif. En dehors du rugby, c’est le « frère », le double de Matt Giteau. Ils sont tout le temps ensemble à faire les 400 coups. » 

 

Matt Giteau : « Peut-être le meilleur joueur que j’ai eu »

Bernard Laporte parle de Matt Giteau avec une profonde admiration. La déclaration se passe de commentaire : «C’est un phénomène. Peut-être le meilleur joueur que j’ai eu à entraîner. D’ailleurs, ce n’est pas le mot. Il faudrait plutôt dire manager. Car Matt sait tout faire, et à la perfection. Tout le monde a l’image d’un garçon fantasque, toujours souriant, prêt à déconner. C’est vrai dans sa vie. Sur un terrain, il est ultra exigeant avec lui-même. Jamais en retard d’une minute aux entraînements, toujours à se rajouter des séances de passes, de jeu au pied ou de musculation. En dehors, c’est un personnage qui rigole quasiment tout le temps. Même lors des débriefings vidéo, il arrive à plaisanter. Je me rappelle d’une fois où j’avais été dur, très dur avec l’équipe. Il avait senti que c’était le moment d’arrêter et m’avait fait éclater de rire en m’imitant et en étant plus dur que moi. Avec ma voix, il disait: « On n’a pas été zéro, mais double zéro ». Nous avions tous éclaté de rire. C’est aussi un champion car il se remet énormément en question et attend la même chose de ses partenaires. C’est un joueur qui s’interroge beaucoup et veut s’investir dans le projet de jeu en donnant son avis. Je me souviens qu’avec Pierre Mignoni, ils passaient des heures sur le tableau noir à fomenter de nouvelles combinaisons. »

 

Juane Smith : « Il avait un tout petit contrat »

Personne ne l’ignore : Bernard Laporte aime plus que tout le défi physique et les joueurs rugueux, à même de gagner leurs duels et de placer leur équipe dans l’avancée.L’ancien sélectionneur et Juanne Smith étaient donc prédestinés à se rencontrer et à évoluer ensemble : « C’est Bakkies qui nous avait dit, avec Mourad, de le recruter. Il n’y en avait pas besoin et Juanne Smith venait de se faire opérer des deux talons d’Achille. Il était perdu pour le rugby. Il est venu à Toulon se reconstruire aux côtés de son « grand frère », Bakkies. Au départ, il avait un tout petit contrat. Il n’en est pas moins devenu très vite une pièce essentielle du pack. Juanne est quelqu’un de très discret. Un bon soldat. Un fantassin, toujours prêt à partir au combat. Sur un terrain, c’est un roc. Il fait mal à chaque impact. Quand il manquait un match ou plutôt un plaquage et que tu lui faisais remarquer à la vidéo, il mettait les bouchées doubles aux entraînements. Comme Bakkies, c’est un ultra-professionnel à l’hygiène de vie impeccable mis à part son goût pour les barbecues gargantuesques. Dans un groupe, il est leader par l’exemple. Il ne parle pas beaucoup. Je crois qu’il s’est un peu émancipé depuis la retraite de Bakkies. »

 

Juan Martin Fernandez-Lobbe : « Il deviendra un grand entraîneur »

Juan MartinFernandez Lobbe possède une véritable capacité à charmer ses entraîneurs : Fabien Galthié, à l’époque des Pumas, Philippe Saint-André, depuis Sale, et Jacques Delmas, à Toulon, se sont tous délectés de la science du jeu et de l’approche du Puma.Bernard Laporte, avec le temps, a aussi fini par succomber :« Il est arrivé avant moi à Toulon et était déjà le patron du vestiaire. Au départ, physiquement, il ne m’impressionnait pas. C’était l’un des rares que je ne connaissais pas vraiment, même comme joueur. Mais quel meneur et quelle intelligence sur un terrain. Avec le temps, j’écrivais d’abord son nom et je composais la troisième ligne autour de lui. Juan, c’est un intellectuel du rugby. Il réfléchit beaucoup. Tu le mets remplaçant, il ne se plaint pas. Il vient te demander dans quel domaine il doit progresser et travailler pour regagner ta confiance. Il est tourné vers l’excellence. Il sait se mettre au service de ses partenaires. Il peut prendre du temps pour expliquer à un jeune qui rentre dans l’équipe les différentes combinaisons. Avec Jacques Delmas, nous l’avions investi dans le domaine de la touche où il a une vraie compétence. Je suis sûr qu’il deviendra un grand entraîneur. » 

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