Clermont : Cinq jeunes dans le vent

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    Clermont : Cinq jeunes dans le vent
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Ils ont entre 20 et 23 ans et ils représentent l'avenir de Clermont. Jean-Marc Lhermet, mythique troisième ligne de l'ASM, analysé ses cinq joueurs. 

La jeunesse clermontoise est planétaire. C’est l’air du temps, d’un rugby mondialisé, professionnalisé où les Auvergnats ont, très vite, pris le parti de ne pas nécessairement batailler sur le terrain des meilleurs joueurs du marché ovale. Matt Giteau est allé à Toulon, Dan Carter incarne les ambitions du Racing et Aaron Cruden sera bientôt le Léviathan de tout le Top 14 sous le maillot de Montpellier. Les Clermontois ont préféré, eux, chasser les meilleurs jeunes. Ils y voyaient un intérêt double : limiter le coût du recrutement et façonner ces aspirants stars, matière première de premier choix planétaire, dans le moule philosophique coulé de longue date par le club auvergnat. Lorsqu’ils débarquent en pro, ces jeunes doivent donc avoir intégré une approche positive du rugby, une certaine vision de la vie d’un groupe et de la prééminence du travail sur le plaisir. Ils sont, désormais, de joueurs issus de la formation clermontoise. Ils ont en fait tous été recrutés, parfois au terme de longues luttes pour les détourner de la concurrence. « On débute réellement les prospections à 16 ou 17 ans, quand on commence à se projeter au-delà du territoire auvergnat » explique Jean-Marc Lhermet. « Nos entraîneurs des catégories de jeunes nous font remonter les noms des joueurs qu’ils croisent, sur des matchs et qui peuvent nous intéresser pour la suite. À partir de là, on les suit sur plusieurs matchs, grâce à de la vidéo ou en envoyant des émissaires directement sur leurs rencontres. On porte aussi un intérêt particulier aux rassemblements des équipes de France, où un premier tri est fait. Ces matchs sont presque systématiquement visionnés par une personne du club. On suit de près les Coupe du monde des moins de 20 ans. Avec ces trois composantes, on affine notre recrutement. »

« Belleau nous intéressait »

À la base de cette logique de recrutement chez les très jeunes, l’ancien directeur sportif clermontois, revenu depuis dans l’ombre à l’ASMCA, a vu défiler le CV de nombreux jeunes sur son bureau. Tous les contacts n’ont pas abouti. « Par exemple, le jeune Anthony Belleau nous intéressait. Nous l’avions suivi et pris contact avec lui. mais nous avions finalement décidé de ne pas nous aligner sur la rémunération qui lui était proposée à Toulon ». Dès les catégories de jeunes, la bataille financière pour attirer les plus beaux talents est réelle. Elle n’est pas l’unique préoccupation. « Les joueurs sont d’abord très attentifs à leur avenir sportif. Au travail de développement qu’on veut mener avec eux mais aussi à la place qu’on leur fera, à terme, dans l’effectif professionnel. De notre côté, on se renseigne de près sur le profil de ces jeunes. On recrute des joueurs mais aussi des hommes. On accumule donc des renseignements les concernant, on multiplie les contacts directs avec ces joueurs et leur entourage. C’est un processus qui prend du temps ». Un processus qui a abouti pour cinq joueurs que l’on retrouvera, dimanche, en finale. Cinq jeunes dans le vent, recrutés de haute lutte par l’ASMCA. Jean-Marc Lhermet se souvient de chacun. 

par Léo Faure

 

 

Arthur Iturria : « Arthur était venu avec sa sœur »

« Arthur fait partie de ces jeunes avec lesquels les contacts ont été longs. Il nous a très vite intéressé, il a été suivi par nos équipes du centre de formation pendant plusieurs années avant de nous rejoindre. Quand je l’ai reçu la première fois, je me souviens d’avoir été d’abord surpris par son physique : autour de son cas, il y avait encore un débat sur son poste, entre deuxième ligne et troisième ligne. Je ne l’avais vu jouer, mes collègues de formation m’en disaient le plus grand bien mais ce n’était franchement pas le jeune le plus impressionnant que j’ai croisé. Par contre, j’ai tout de suite senti face à moi un joueur à la maturité très supérieure à la moyenne de son âge. Les idées étaient déjà très claires dans sa tête, il savait où il voulait aller, quel était son projet sportif et quelles étaient ses ambitions. En clair : il était déterminé. Si je l’ai reçu, c’est qu’il était prêt à franchir le pas et à nous rejoindre. Mais il restait un jeune homme. Il fallait discuter et rassurer son entourage. Arthur était alors venu avec sa sœur. Leurs projets étaient liés : elle était étudiante et souhaitait le suivre, à Clermont. Si jeunes, le voyage leur semblait plus facile à effectuer à deux. Nous avons permis à sa sœur d’intégrer la formation qu’elle souhaitait, à Clermont. Et Arthur nous a rejoints ». 

 

Judicaël Cancoriet : « Il ne nous a pas parlé d’argent »

« Son nom est apparu sur nos tablettes assez tôt. Nous avions un partenariat avec Massy, un club avec lequel nous entretenons d’excellentes relations. Au milieu de nos échanges, le nom de Judicaël est vite ressorti, comme celui de Sekou Macalou d’ailleurs. Avec « Judi », nous avions rapidement pris un contact téléphonique. Il était ensuite venu nous rencontrer, avec sa mère. Il nous plaisait vraiment énormément. Malgré son âge, Judicaël avait une approche extrêmement structurée de ce qu’il voulait pour sa carrière. C’en était même surprenant. Au départ, il ne nous a pas parlé d’argent, seulement de ses volontés de développement sportif. Mais beaucoup de clubs le suivaient alors et le draguaient. Finalement, il a affiné son choix à deux clubs : nous et le Stade français Paris. Ce n’est seulement qu’à ce moment-là que les négociations financières ont débuté. Mais il n’en faisait pas une priorité. Par contre, il était très attentif à ce que son choix ait aussi des répercussions positives sur sa famille, qui était dans le besoin. Nous lui avons promis que nous ferions notre possible pour les aider. Finalement, Judicaël a signé chez nous. Nous avons aidé sa mère à le suivre, à quitter la banlieue parisienne pour venir s’installer à Clermont. Idem pour sa sœur, musicienne, qui a emménagé à Clermont et qui intégré le conservatoire de musique ».

 

Patricio Fernandez : « Son papa était plus dur à convaincre »

« On l’a découvert au Mondial des moins de 20ans, en 2013. Il se déroulait en France, nous avions donc envoyé trois émissaires sur place. Très vite, Patricio a été identifié parmi les joueurs au potentiel supérieur, même à ce niveau. Bertrand Rioux, le directeur du centre de formation, m’avait appelé : « il est hors-norme, il a un X Factor ». À la fin de la compétition, nous l’avions fait venir en visite à Clermont. Il avait fait l’aller-retour depuis Vannes, avec ses parents. Mais nous n’avions pas réussi à conclure l’affaire : à cette période, il y avait des intérêts autour de lui en Argentine, où la Fédération lui faisait miroiter un bel avenir. Nous avons tout de même décidé de maintenir un contact régulier. Quand il a finalement décidé de venir en Europe, nous avions une longueur d’avance sur la concurrence. Mais un agent s’était glissé dans l’affaire et d’autres clubs s’étaient mis sur le coup. Il y a eu bataille. Assez vite, nous avons eu la sensation que nous avions la préférence du joueur. C’était plus délicat du côté de son entourage. Son papa, notamment, était plus dur à convaincre. Il avait des exigences concernant son temps de jeu. Nous lui avons simplement promis qu’il s’entraînerait uniquement avec le groupe professionnel, pas avec les espoirs. Qu’ensuite, ce serait à lui de prouver. Nous avons tout de même emporté la mise ». 

 

Damian Penaud : « Casser une image lourde à porter »

« C’est celui que nous avons eu le moins de mal à convaincre. Très vite, nous avons senti que Damian avait envie de venir chez nous. Je l’ai rencontré, il a aussi vu Xavier Sadourny et Franck Azéma. De ces entretiens, il a vite émergé le sentiment qu’il avait envie de quitter Brive, pour casser une image lourde à porter. Associer le nom de Penaud avec le club du CAB, ça lui pesait. D’ailleurs, la discussion concernant sa venue a été sportive à 95 %. Pourtant, quand il nous a rejoints, j’ai entendu qu’on faisait de la surenchère. La vérité, c’est que notre offre financière était la même que celle de Brive. Il a choisi de venir chez nous parce qu’il voulait s’épanouir en tant qu’individu, pas seulement comme le fils d’Alain. Il a aussi bénéficié d’une nouveauté chez nous, en 2015 : nos jeunes, qui sont évalués comme étant de futurs professionnels potentiels, ont commencé à ne s’entraîner qu’avec le groupe professionnel. Plus en espoirs. Damian est arrivé dans ce contexte, qui a accéléré son développement. Quand vous mettez ces jeunes au milieu d’internationaux, à l’entraînement, vous vous rendez vite compte de leur niveau réel. Ils comprennent aussi rapidement les efforts à consentir. Et cela facilite l’intégration : quand Damian a pu avoir un comportement inadapté mais que c’est Aurélien Rougerie qui venait le remettre en place, ça avait forcément plus de poids »

 

Alivereti Raka

« Comme d’autres avant lui, Alivereti est issu de l’académie de Nadroga, aux Fidji, avec laquelle nous travaillons. Nous l’avons repéré sur place. Il avait déjà des qualités de vitesse, d’agilité et de dextérité impressionnantes. Même pour les Fidji, qui connaissent beaucoup de joueurs dans ce profil, il était très au-dessus du lot. Comme à chaque fois avec ces joueurs, nous l’avons fait venir pour quelques mois de tests, en Auvergne. Il faut voir s’ils sont capables de reproduire toutes leurs qualités dans notre rugby et au milieu de nos jeunes, ou s’ils plafonnent. Le concernant, les retours de nos entraîneurs de jeunes ont très vite été unanimes : les prédispositions observées étaient toujours réelles chez nous. Il était encore très au-dessus. Il y a ensuite l’humain à prendre en compte, pour voir s’il sera capable de s’adapter à la vie ici. Comme beaucoup de Fidjiens, Alivereti est un garçon très discret, réservé. Il ne parle pas beaucoup et c’est souvent dans leur éducation. Mais il ne faut pas que ce soit un frein à son intégration. Dans son cas, nous avons jugé qu’il parviendrait à s’épanouir. Et c’est le cas. La suite ne concernait que le rugby : quand nous avons choisi de le faire passer en professionnel, nous savions où nous mettions les pieds. On ne peut jamais être sûr à 100 % mais le concernant, le doute n’était vraiment pas grand ».

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