Champions

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On avait d’abord pensé titrer « enfin ». Mais cela induisait une antériorité, évoquait des fêlures et des échecs au goût âcre. Depuis ce dimanche et gommant sept années de frustration, les Clermontois sont « champions ». C’est finalement tout ce qui importe.

Difficile de ne pas voir une forme de justice dans le sacre des Clermontois, dimanche soir au Stade de France. Ne serait-ce que pour cette foule considérable qui avait une nouvelle fois fait le déplacement jusqu’à la plaine repoussante de Saint-Denis. Après la folie de Lyon et la demi-finale de Champiosn Cup, c’était annoncé : « le déplacement à Edimbourg, il n’y aura pas grand-monde. Ça coûte trop cher ». 5000 Clermontois avaient enchanté les tribunes de Murrayfield. A Marseille, c’était écrit : « Nous n’avons pas eu assez de temps pour nous organiser ». Un délire de couleurs dans les tribunes du Vélodrome, où la Yellow Army a une nouvelle fois justifié sa réputation. Cette fois, à Paris pour la finale ? « Vous verrez qu’il n’y aura pas grand monde ». Quinze mille Auvergnats au bas mot ont drapé le Stade de France de jaune, hurlant leur fierté et faisant montre d’une fidélité sans égal sur la planète. Alors bien sûr, le RCT est un immense club, un effectif constellé de grands joueurs et un public oh ! combien fervent. Mais oui, il y a des soirs comme ça où il émerge un sentiment de justice.

 

Parra en grand patron

Au milieu de tant d’autres choses, on retiendra cette rage démonstrative qui éclatait du visage de Camille Lopez, comme possédé sur la dernière action qui amena la délivrance. Cette euphorie dont irradiaient les plus jeunes au coup de sifflet et ces larmes qui ont inondé le visage des moins jeunes, sans doute plus au fait de la valeur réelle de ce foutu Bouclier. On retiendra que Dato Zirakashvili, fidèle devant l’éternel, est tombé au coup de sifflet final dans les bras de son ami Mamuka Gorgodze. On retiendra surtout qu’il y avait Parra, héros de 2010 et qui, sept ans plus tard, a été l’immense bonhomme de cette finale. L’ancien Berjallien n’est peut-être le plus rapide des demis de mêlée, ni même le plus costaud. Mais sa rage au combat demeure fascinante, quand il arrachait deux pénalités au conteste, dans les cinq dernières minutes. Sa science du rugby n’a jamais semblé grande que dimanche, sa mainmise sur ses hommes jamais aussi prégnante et ses « cojones » jamais aussi grosses que lors de son dernier tir au but, à cinq minutes du terme. Il fallait le voir, caporal d’une équipe arc-boutée sous les assauts musculeux des Toulonnais, condamnée à plier sans rompre et que Parra, sans relâche, a portée de ses mots.

Et puis, il y avait Aurélien Rougerie. Plus que personne, « Roro » méritait ce deuxième Bouclier. Plus calme, comme apaisé par le sort qui sourriait enfin aux siens, il ouvrait au monde un visage d’une plénitude rare. Sa plus belle mission est accomplie : il n’est plus le seul capitaine clermontois à avoir soulevé le Brennus. Certains auraient pu s’en émouvoir, égoïstement. Rougerie a pour lui l’amour inconditionnel porté à ce maillot jaune, et l’effacement dont il sait faire preuve devant les intérêts du club. Il aura, au soleil couchant de sa carrière, un palmarès un peu moins éloigné de ses mérites. La justice, évoquée plus haut, prend alors tout son sens.

 

Le chant des mômes

Comme un symbole, il y a bien dix ans d’écart entre Rougerie et tous ceux qui, sur le terrain dimanche, ont largement contribué à lui offrir cet immense bonheur. Ils se nommaient Cancoriet, Iturria, Raka ou Penaud dans le XV de départ, Falgoux ou Fernandez au rayon des suppléants. Ils ne connaissaient rien, si ce n’est dans les livres, de cette idée stupide qui voudrait que Clermont soit un perdant désigné sitôt venu le temps des finales. De peu leur aîné, Paul Jedrasiak avait connu cela en 2015. Quelques minutes après, à l’époque, il le jurait face caméras : « je suis jeune. J’ai perdu une finale, tant pis. Mais j’y reviendrai. Vous avez vu dans quel groupe je joue ? Vous avez vu les jeunes qui poussent derrière ? Clermont reviendra bientôt en finale. Et il n’y a aucune raison sérieuse pour expliquer que, cette fois encore, ce ne sera pas notre heure ». Clermont est effectivement revenu, dans les conditions exactes que prédisait le « grand Paul » : un effectif stable, solide, qui compte plus d’internationaux que de points encaissés ce dimanche face à Toulon. Il y a eu l’émergence d’une bande de gamins, l’avènement de Lopez et la prise en mains de Parra. Surtout, fort de cette fraîcheur mentale, Clermont a enfin accepté son jeu, fait de prises de risques. Et qu’importe l’événement.

À ce titre, la demi-finale avait déjà été riche en enseignements. La finale, ce dimanche, n’a pas livré d’autres verdicts. Clermont est bon quand il ne se prend pas pour Toulon, à privilégier le défi physique. Clermont est grand quand il fait du Clermont. Dès l’entame, les jalons étaient posés : une première séquence interminable, une multiplication de passes vers les extérieurs, des jeux dans le dos, des passes au pied, d’autres après contact. Les premiers paramètres d’une victoire. « C’est notre volonté. Nous n’allons pas nous renier et inventer un autre rugby que celui qu’on connaît et qu’on pratique toute la saison » justifiait Franck Azéma. « Mais le postulat est théorique. En pratique, il faut composer avec l’adversaire, sa férocité et son envie de justement nous bloquer dans nos offensives ». La férocité, sans surprise, fut bien de mise dans les rangs toulonnais. Et il en a fallu aux jeunes Auvergnats pour endiguer le rugby hyperprotéiné des Tuisova, Bastareaud, Nonu, Toafifenua ou Juanne Smith. Mais les kilos ne font pas tout. La vitesse d’un Iturria ou d’un Penaud à l’impact peut avoir autant d’intérêt dans l’équation de la puissance. Formidables d’abnégation sur la ligne d’avantage, les Auvergnats ont tout mis pour renverser le cours de leur histoire. Clermont est revenu en finale mais cette fois, Clermont a gagné.

 

Sans les cadors

Plus fort encore : il l’a fait sans ses meilleurs joueurs théoriques. De Toeava, le savant Joe Schmidt dit qu’il est « le joueur le plus talentueux » qu’il ait croisé. Malheureusement, blessé. Fofana est « l’élément de base des lignes arrières du XV de France, un incontournable » selon Guy Novès. Également blessé. Meilleur deuxième ligne de France, Sébastien Vahaamahina s’était fracturé le tibia à Murrayfield, lors de la finale de H Cup. Nakaitaci, dernier facteur X des lignes arrières clermontoises, manque quant à lui à l’appel depuis deux bons mois. Autant d’absences qui génèrent incertitudes et auraient pu peser lourd. Par le passé, de telles hécatombes ont déjà suffi à inverser le destin des Auvergnats. « Pour jouer le coup à fond sur les deux tableaux et en mener au moins un à son terme, il faut aussi un peu de chance, un certain alignement des planètes » confiait Franck Azéma début mai. Les Clermontois n’ont même pas profité de ce coup de pouce du destin. Champions de France trois semaines après avoir joué une finale de Champions Cup, ils ont justifié un peu plus encore la légitimité de leur sacre. Vive le roi.

par Léo Faure

Léo Faure
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