La « double vague » des champions d’Europe

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    La « double vague » des champions d’Europe
Publié le , mis à jour

Si les relances de jeu dans le dos de blocs d’avants sont devenus monnaie courante dans le rugby à XV depuis quelques saisons, les Saracens y ont apporté une variation, en se montrant capables comme à XIII de s’organiser pour envoyer successivement deux vagues d’attaquants en leurre.

Pour une démonstration, ce fut une démonstration. Il n’est en effet pas faire injure aux Clermontois, superbes d’abnégation défensive malgré quelques erreurs coupables, que d’affirmer que la finale de Champions Cup entre l’ASMCA et les Saracens a par instants tourné au «one team show », de par la capacité des Saracens à réciter leur rugby dans les moments clés, durant les vingt premières minutes et le dernier quart d’heure. Au centre de ce rugby? Il y eut, bien sûr cette capacité constante à placer l’adversaire sous pression à la retombée des coups de pied de Wigglesworth, Farrell ou Goode, qui ont littéralement étouffé les Clermontois en les poussant à la faute. Toutefois, réduire la performance des Saracens à cet aspect bien connu de leur jeu constituerait une faute de goût. En effet, avec 60 % de possession de balle en leur faveur, difficile d’avancer que les Anglais se sont contentés de «chasser » les ballons distribués au pied par leur charnière. Au contraire, les Saracens ont récité un excellent rugby, d’inspiration offensive directement issue du XIII. Ultra-organisé et répétitif? Peut-être. Mais fort de suffisamment d’options pour apporter de l’incertitude en permanence sur la défense. «Dans chaque programmation et dans chaque combinaison, il y a trois, quatre ou cinq options de jeu différentes, confirmait dans nos colonnes l’ancien demi de mêlée international Dimitri Yachvili, devenu consultant pour BeIN Sports. Différentes sorties de balle sont possibles et l’incertitude, du coup, est constante. Les Saracens, ce ne sont que des joueurs intelligents, qui font le bon choix pour mettre le bon joueur dans le bon intervalle. Et ce sont des joueurs qui sont tous capables de faire le geste juste, celui qui va faire la différence. Ils mettent systématiquement le bon joueur dans l’intervalle. À ce jeu, Wigglesworth et Farrell sont excellents. Et ça va même plus loin. Leurs avants sont aussi capables de faire le bon choix et le bon geste, pour gérer ce genre de situation. »

De l’intelligence situationnelle au service d’un jeu structuré

En effet, durant leurs temps forts, les avants anglais se sont avérés capables d’organiser les relances de jeu après leur demi de mêlée Wigglesworth, et de trier efficacement les ballons par le biais de leurs leaders de jeu que furent le deuxième ligne Maro Itoje et le numéro 8 Billy Vunipola, sans oublier le talonneur Schalk Brits, déterminant après son entrée en jeu. Le but de ces joueurs ? Choisir entre une option au près pour un avant, ou dans l’axe pour un trois-quarts (Owen Farrell, pour ne pas le nommer) afin de donner de la vitesse au jeu. Tout sauf une nouveauté, nous direz-vous ? Vous avez raison, dans la mesure où toutes les équipes de rugby actuelles utilisent ce genre d’animation. Sauf que, dans le cas des Saracens, ces derniers s’avèrent capables d’organiser à partir de Farrell une deuxième vague, avec un joueur à hauteur et un autre dans son dos. Si bien qu’au départ des actions, derrière le bloc d’avants, on retrouvait la disposition particulièrement perturbante pour la défense de trois joueurs à la que leu leu… «Ça, peu d’équipes y arrivent. Les structures offensives des Saracens se rapprochent souvent du rugby à XIII. Leur construction reprend les mêmes logiques. Il y a des leurres et d’autres joueurs plus en profondeur. Ensuite, c’est au porteur de balle de faire le bon choix. Mais le plus important, c’est que les joueurs à plat, considérés comme des leurres, s’attendent à être servis à tout moment. Dans leur implication sur la course, le comportement n’est donc pas le même. Le problème, en France, c’est qu’on considère encore qu’un leurre est un passage à vide… C’est une connerie. » La différence fut en effet patente avec des clermontois qui, sur des structures similaires, passaient à vide sans conviction, et donc sans faire peser d’incertitude sur la défense. Une problème qui n’est pas seulement d’ordre physique et de la réactivité à un haut niveau d’intensité, mais bien de culture de jeu. Les équipes françaises ne semblant en réalité capables d’effectuer des leurres crédibles que sur les deux premiers temps de jeu, là où les Saracens parviennent systématiquement à retrouver de l’ordre dans le désordre, grâce à des joueurs capables de lire le jeu en direct. L’intelligence situationnelle au service d’un jeu structuré, vous dites ? C’est à peu près cela, oui…

Nicolas Zanardi
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