Damian Penaud : « Avant, j’étais un branleur »

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    Damian Penaud : « Avant, j’étais un branleur »
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Sensation de la fin de saison en Top 14, le jeune Clermontois sera titulaire, samedi. Pour sa première apparition avec le XV de France. Comme à l'ASMCA, il aura pour mission d'apporter sa spontaneité, rencontre avec un surdoué qui a appris le travail pour se faire un prénom.  

Début janvier, où vous imaginiez-vous ?

Ouhla ! Avec les Espoirs, peut-être ? Je ne sais pas. En tout cas, pas ici, avec les Bleus. Tout est allé très vite. Je pensais surtout être en vacances. Je serais rentré à Brive, chez moi. J’aurais retrouvé ma famille, passé du temps avec des copains. Loin de l’Afrique du Sud.

 

Vous réalisez à quel point tout est allé vite ?

Oui, je m’en rends compte. Avec la blessure de Wesley (Fofana), j’ai eu la chance de profiter de beaucoup de temps de jeu, que m’a accordé Franck. Mais être ici, en Afrique du Sud, ce n’est pas une fin en soi. Je viens juste de rentrer dans le groupe et j’ai envie de jouer. J’appréhende un peu l’annonce de la composition d’équipe (interview réalisée mercredi, N.D.L.R.).

 

Quel a été l’élément déclencheur ?

Si les blessures de Wesley et de Ice (Isaia Toeava) n’étaient pas intervenues, je ne serais pas ici, en équipe de France. Il y avait beaucoup de monde au poste de centre, avec en plus Aurélien Rougerie, Benson Stanley et Rémi Lamerat. Sans les blessures j’aurais moins joué, je le sais. Ce temps de jeu, je pensais plutôt le trouver la saison prochaine, avec les départs et les fins de carrière. Franck (Azéma) m’a donné ce temps de jeu, je l’en remercie. Le malheur des uns a fait le bonheur des autres. En l’occurrence, le mien.

 

Moins jouer aurait-il été frustrant ?

C’est difficile. D’un côté, j’avais très envie. D’un autre côté, l’an dernier je n’avais disputé qu’un seul match. Cette saison, je pense que je l’aurais pris avec philosophie. Si l’an prochain je n’avais toujours pas beaucoup joué, là je me serai certainement inquiété. Mais c’est de la fiction. Les choses se sont accélérées pour moi. J’ai joué, j’ai fini avec le «bout de bois». De quoi pourrais-je me plaindre ?

 

Franck Azéma dit que vous avez basculé en janvier, que votre comportement a évolué ?

Oui, c’est vrai. Avant, j’étais un branleur. Je ne forçais pas trop aux séances de musculation, je ne restais jamais faire des exercices supplémentaires, après les entraînements. En janvier, j’ai eu une réunion avec Franck et Jono (Gibbes, entraîneur des avants clermontois). Ils m’ont dit qu’ils comptaient sur moi, qu’ils pensaient m’utiliser mais qu’il fallait que je le mérite. À ce moment-là, je me suis réveillé. Je ne voulais pas rater l’opportunité. J’ai changé mes routines de préparation, j’ai arrêté de manger n’importe quoi. Je me suis rajouté des séances de musculation et de technique individuelle. Cette conversation a fait tilt chez moi.

 

Aviez-vous le syndrome du jeune doué, donc dilettante ?

Dans les catégories de jeunes, je ne jouais que pour m’amuser. Il n’y avait pas de notion de profession associée au rugby. Je faisais mes entraînements, ma musculation mais rien de plus. Je rentrais chez moi, je ne travaillais pas. Mais pour passer au-dessus, si vous ne travaillez pas, ça ne passe pas. Je l’ai compris il n’y a pas si longtemps.

 

Il se dit qu’Aurélien Rougerie s’est parfois montré exigeant envers vous.

Oui, en début d’année, il a parfois été dur… (il marque une pause) Je ne lui en veux absolument pas, au contraire. J’imagine qu’il fallait comprendre alors qu’il comptait sur moi et qu’il attendait donc plus de moi. Être épaulé par « Roro », c’est un honneur. C’est un mec en or. Mais il ne mâche pas ses mots quand il a un truc à vous reprocher. Quand il prend la parole, vous vous taisez et vous écoutez. Il sait toujours de quoi il parle.

 

Dans votre évolution, vous ne parlez jamais du rôle de votre père, Alain…

Oui, je n’aime pas parler de mon papa. Parce qu’auparavant, j’ai eu des problèmes avec ça... Nous avons gardé la même relation, même s’il me donnait plus de conseils qu’aujourd’hui. Il était plus proche de moi. Maintenant, on débriefe juste après les matchs. C’est notre relation. (il marque une pause) Je n’aime pas trop en parler. Et je sais que c’est pareil de son côté.

 

Est-ce dur d’être un « fils de » dans le rugby ?

Quand j’étais petit, oui. Tout le monde vient vous en parler, vient vous emmerder, vous dire s’il a fait un bon ou un mauvais match. À l’adolescence, je recevais des insultes à l’école. Voilà… (il marque une pause) Aujourd’hui, je préfère éviter de parler de mon père. Ça ne veut pas dire que je ne l’aime pas, bien au contraire. Il a toujours un œil sur moi, on s’appelle quand on en ressent le besoin. On débriefe les matchs ensemble. Cette relation nous va bien.

 

Était-ce pire quand vous étiez à Brive ?

Oui. À Brive, ça allait trop loin. Pas en Espoirs ou en Crabos. À cet âge, les jeunes sont déjà plus matures et ils ne vous emmerdent pas avec ça. Mais dans les catégories inférieures, c’était dur. Un temps, j’avais quitté le club pour cette raison, avant d’y revenir. J’en avais marre des critiques, qu’on s’en prenne sans arrêt à moi.

 

Alain nous avait confié que vous ne vouliez pas qu’il vienne vous voir, aux matchs ?

Oui, c’est vrai. Ce n’était pas contre lui. Mais c’est sûr que je préférais quand papa n’était pas là.

 

Avez-vous parlé de cette convocation en équipe de France avec votre père ?

Oui bien sûr, d’autant que j’étais avec lui quand je l’ai apprise. C’était après la demi-finale de Top 14, dans les salons du stade Vélodrome. Judicaël Cancoriet est venu me l’apprendre et me féliciter. Ma mère était là aussi. J’étais heureux de partager ce moment avec eux. Ils m’ont félicité, tout simplement.

 

Votre présence ici veut dire que vous avez raté les festivités post-titre à Clermont. Est-ce dur ?

Oui, c’est mon seul gros regret. J’aurais aimé être présent, place de Jaude, lors de la présentation du Bouclier. Se dire qu’on n’est pas avec les copains pour partager ces moments, dire au revoir à ceux qui partent, ça me touche. J’en ai parlé avec Damien Chouly et il m’a dit que c’était la seule chose qu’il regrettait dans toute sa carrière : de ne pas avoir vécu la célébration du titre à Perpignan, en 2009.

 

L’avez-vous digéré ?

J’ai un peu de mal mais c’est comme ça. Le lendemain, il y avait la présentation en direct sur Rugbyrama. Je regardais mais je n’aurais pas dû, ça a rendu les choses plus difficiles. Ma crainte, c’est de ne plus jamais être champion et donc de ne jamais vivre de tels moments. J’ai encore du temps, hein ! Mais on ne sait jamais… Il faut le vivre une fois. Pour moi, il faudra gagner au moins un autre titre.

 

Comment avez-vous vécu le premier test, celui de votre équipe mais dont vous n’avez jamais porté le maillot ?

C’était un sentiment étrange. Je suis dans cette équipe donc évidemment, je la soutiens. Je vis avec ces mecs. Au début, j’ai eu un peu de mal parce que je ne connaissais personne ou presque. Quand sont arrivés les premiers entraînements, je me suis senti plus à l’aise. Comme si je trouvais enfin ma place dans l’équipe. Donc la défaite m’a touché, oui. Notre match de la semaine dernière ne reflétait pas ce groupe et cette équipe de France.

 

Avez-vous trouvé votre place dans le groupe ?

J’ai encore du mal à parler. J’imagine que c’est normal. Moi, je parle surtout à ceux que je connais : Antho (Jelonch), Toto (Dupont), Camille Chat. À mon collègue de chambre aussi, Vincent Rattez. Ensuite, je me fais discret. Surtout dans les grandes réunions. Là, personne ne m’entend (il sourit).

 

Et Damian Penaud, timide joueur de 20 ans, peut-il «faire la musique» à François Steyn ou Jan Serfontein ?

Déjà, les Springboks, tout le monde les dit morts parce qu’ils restent sur une mauvaise série mais ils restent une grande équipe. Les champions ne meurent jamais et ils l’ont prouvé la semaine dernière. Ils ont tapé fort. Ensuite, leur faire la musique ? Du calme ! Une chose est sûre, je donnerai le max. En même temps, ce sont deuxjoueurs de Montpellier, que je croiserai l’an prochain en championnat. Pourquoi ça se passerait mal ici ? 

 

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