Ce que nous dit le Sud

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Tout comme les Lions face aux Blacks, le XV de France a été renvoyé par les Springboks face à ses insuffisances, toujours plus criantes en fin de saison. Et la solution n’est pas pour demain, tantla nouvelle convention signée entre la LNR et la FFR ressemble à un cautère sur une jambe de bois...

C’est peut-être un hasard, nous direz-vous. N’empêche qu’au-delà de cet Afrique du Sud-France surclassé sans éclats par les Springboks (35-12), la Nouvelle-Zélande a nettement pris le dessus sur les Lions (30-15), soit l’autoproclamée seule équipe au monde susceptible de battre les All Blacks à l’heure actuelle. Alors, ajoutez à cela que les Wallabies en pleine crise ont battu l’Italie (35-13), que l’Écosse a chuté à Suva face aux Fidji (27-22), que les Emerging Boks ont écrasé à 14 contre 15 les Barbarians (48-28), et même que les Baby Blacks ont triomphé en finale du Mondial U20 en passant 60 points aux Anglais la semaine dernière, et vous conviendrez que la situation devient vraiment préoccupante pour l’hémisphère Nord…

Ce constat ? Il n’est pas nouveau, bien sûr. Mais il semble plus d’actualité que jamais, deux ans après la première Coupe du monde qui vit s’affronter, au stade des demi-finales, quatre nations du Sud de l’Équateur (Nouvelle-Zélande, Australie, Afrique du Sud, Argentine). Plus que jamais, et même si les Anglais, Irlandais, Gallois ou Écossais (tous dans le sillage de techniciens sudistes…) ont ouvert la voie à un jeu davantage axé sur le dynamisme et le déplacement, le Nord se retrouve à la traîne. Les Bleus au premier rang, au vu du retard conséquent pris ces dix dernières années au niveau de la formation. « Samedi après-midi, on diffusait à la télévision sud-africaine des matchs de jeunes de 15, 16 ans, relatait Yoann Maestri après la défaite des Bleus sur la pelouse de l’Ellis Park. C’étaient les finales du championnat des écoles, qui se disputaient devant 3000 spectateurs. Et c’était déjà d’une intensité incroyable… Ce qui est frappant, c’est que ces pays n’hésitent pas à quelque part brader leur championnat pour développer des athlètes dans les canons du rugby international. » Le résultat ? Il nous fut livré par un supporter sud-africain dont l’art de l’élégance allait de pair avec celle de l’aphorisme. « En France, vos joueurs sont payés le triple des nôtres. C’est pour cela qu’ils sont trois fois plus gras et que nous leur passons le triple de points. » Fermez le ban…

 

Une concurrence sans pitié

Le pire, dans cette critique ? C’est qu’elle était par endroits justifiée, dans la mesure où le confort dont jouissent dès leur plus jeune âge les joueurs français, en comparaison à la formation plus rustique des sudistes. « En Afrique du Sud comme en Nouvelle-Zélande, les joueurs doivent travailler énormément pour avoir droit à une reconnaissance, nous confiait dans le week-end un membre du squad des Boks. Et sitôt qu’ils l’ont, ils doivent travailler plus encore sous peine de la perdre illico. Regardez Lood de Jager : il avait été élu meilleur joueur sud-africain en 2015. Aujourd’hui, parce qu’il n’a pas fait assez d’efforts, il est quatrième choix en deuxième ligne. Adriaan Strauss a été nommé capitaine des Boks en 2016, il a pris sa retraite internationale un an plus tard. Quant à Handré Pollard : en 2014, après la Coupe du monde U20, il était pressenti pour être l’ouvreur des Springboks des dix prochaines années. Et ce week-end, il était remplaçant avec les Emerging… » Autant d’exemples frappants, comme ceux de Julian Savea et Nehe Milner-Skudder, ailiers titulaires des Blacks en 2015, jugés insuffisants pour participer au premier test contre les Lions. Le jour et la nuit avec un XV de France obligé de tirer jusqu’à la corde sur ses cadres comme Guirado, Slimani ou Picamoles, ou de récupérer par le bout du short François Trinh-Duc le soir de la finale du Top 14, alors que celui-ci avait été déclaré forfait jusqu’à la fin de saison quinze jours plus tôt par son propre club…

 

Des efforts ou un plan B ?

Alors quoi ? Les internationaux français ne sont-ils que des grands fainéants sans concurrence et trop grassement payés ? La vérité ne saurait, évidemment, s’avérer aussi absolue. N’empêche que la stricte comparaison du physique des joueurs sud-africains et français n’était franchement pas à l’avantage des Bleus, durant ce mois de juin… Et l’on ne parle pas ici que du dessin des muscles ni des tablettes de chocolat. « Ce n’est pas qu’ils sont plus rapides, ni plus endurants, nous confiait dans la semaine Yannick Bru. Par contre ils sont plus toniques, plus réactifs, plus explosifs. » « Plus forts que nous, au sens littéral du terme » comme le résumait sobrement Gaël Fickou après leur deuxième test. Cette meilleure condition permettant aux Sudistes de défendre avec acharnement, sans perdre l’énergie dont manquent les Européens pour finir leurs coups. Ce qui fut le cas des Lions face aux Blacks, et plus encore des Springboks face aux Bleus. « Pour moi, ce rugby, c’est le meilleur qui puisse être joué, admirait encore Yoann Maestri. Parce qu’ils sont dominants physiquement, parce qu’ils sont capables de se montrer très rigoureux dans le fait de se tenir à leurs systèmes de jeu, ils arrivent à pousser l’adversaire à la faute. Et lorsqu’il faut punir l’adversaire, leur maîtrise technique leur permet d’y parvenir sans déchet. » Tout le contraire des Bleus, en somme… « Nous, on dépense tellement d’énergie à essayer de jouer, de les marquer et de les déplacer sans y parvenir que lorsqu’on prend des contres, on n’a plus l’énergie pour les plaquer parce qu’on court derrière eux », pestait le demi de mêlée Baptiste Serin.

Alors, de deux choses l’une : soit il faut espérer que cette tournée permette aux Bleus de « méditer certaines leçons », selon le mot de Guilhem Guirado. Soit, faute de concurrence, il faudra à ces derniers un plan B en vue du Mondial 2019, sachant que l’ambition d’un jeu total ne pourra être obtenue sans joueurs physiquement et techniquement à même de le pratiquer. Ce qui reviendrait à un suicide, vous dites ? À l’heure qu’il est, malheureusement, le suicide consisterait plutôt à poursuivre dans cette voie. « Pour le Super Rugby, il y a onze semaines de préparation physique, nous confiait récemment Clément Poitrenaud. Chaque semaine 30 kilomètres en quatre jours d’entraînement. Et alors que la préparation est plus poussée, ici, ils jouent moins de matchs ! Quinze en Super Rugby au maximum, et seulement douze pour les joueurs qui font partie des 50 présélectionnés dans le groupe des Springboks et Emerging Springboks. Pas besoin d’en dire plus… » Difficile donc pour les Bleus, pour ne pas dire illusoire, d’espérer rivaliser sous peu, quelle que soit la qualité des avancées validées par la Convention LNR-FFR. Même si,le physique ne fait pas tout. Quand le retard technique est lui aussi saisissant.

Nicolas Zanardi
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