L'honneur des champions

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Publié le , mis à jour

C’est une drôle de saison qui s’est achevée dimanche soir au Stade de France. Dix mois d’un roman du Top 14 qui nous a plongés dans une mêlée de sentiments contradictoires : parfois à la frontière du grotesque avec l’épisode de la fusion ratée Racing/Stade français ; trop souvent en plein désarroi quand les suspicions de dopage ont succédé aux affaires de drogue, d’alcool ou de viol ; régulièrement épatés par l’intensité du suspense sportif ; jusqu’au bout inquiet devant le fléau des commotions cérébrales. Le danger est ici immense et l’on ne saurait fermer les yeux sans prendre le risque d’accompagner ce jeu dans le mur.

Au bout de l’histoire, Clermont campe un fier champion de France à la stature grandie par l’acharnement des Toulonnais à combattre en finale -avec leurs armes actuelles- et à faire honneur à la légende des guerriers de la Rade : ces éternels insoumis, revêches et rebelles. Clermont est champion pour la deuxième fois de son histoire au terme d’un parcours exemplaire, porté par un rugby offensif, ambitieux et souvent lumineux.

Il n’a rien manqué à ce Clermont, même pas le supplément d’âme offert à un collectif révolté contre le monde entier ou -pour le cas présent- contre la presse si l’on en juge les déclarations de Benjamin Kayser juste après avoir soulevé le Brennus. D’ordinaire « bon client » (expression consacrée pour désigner un homme qui apprécie les médias et l’exposition offerte), le talonneur clermontois a réglé ses comptes, ceux de Rougerie et de l’institution ASM égratignés après l’échec européen. Il faut le lire pour le croire : « Honnêtement, on n’a pas été aidé non plus par une presse de merde qui n’a fait que ressasser les échecs depuis «1900 mes couilles» alors qu’on n’était même pas nés ! Je ne comprends pas comment un club qui va en finale de la Coupe d’Europe contre un club anglais prend un article dans L’Equipe sur les 24 finales perdues (…) Ce sont des coups de massues à répétition qu’on a su avaler... » 

La ficelle est trop grosse -éternelle- pour que nous tombions dans le panneau. Ces attaques n’en demeurent pas moins insupportables pour la part d’amalgame et de mensonges qu’elles instillent. Comment Clermont, qui a occupé les premiers rangs sportifs en cette fin de saison et donc une bonne partie l’espace médiatique peut-il s’estimer ainsi mal aimé, honnis par le monde entier ? 

Comment Kayser peut-il céder à la caricature ? Taper sur un univers médiatique qu’il pourrait bien rejoindre, une fois sa carrière terminée, comme tant d’autres joueurs-devenus-consultants? Se nourrir ainsi de la rancœur quand il devrait au contraire vendre du rêve aux gamins auvergnats et partager son plaisir d’être champion sous un maillot qui connaît plus que tout autre la haute valeur de l’exploit accompli ? Comment un garçon au demeurant intelligent préfère régler ses comptes, faisant fi du droit à la critique, plutôt que de porter un regard précieux sur l’évolution de sa discipline ou tirer un signal d’alarme face à la multiplication des chocs dans un rugby de muerte ?

Il y a tant de choses à dire et à vivre, comme en témoignent les jours de liesse qui viennent d’enflammer Clermont et toute l’Auvergne. Tant de raisons d’apprécier la beauté d’une discipline et d’une formation capables de rassembler 50000 supporters place de Jaude. Tant d’espoirs, enfin, qui accompagnent le XV de France en Afrique du Sud pour une tournée d’été qui pourrait terminer en beauté cette drôle saison !

Emmanuel Massicard
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