La vérité

  • Novès-Laporte, avec Viviès qui veille à la paix du ménage
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Publié le , mis à jour

L'édito d'Emmanuel Massicard... On a souvent regretté à propos des récentes équipes de France, le manque d’expérience, de charisme et/ou d’autorité de ses managers, Philippe Saint-André en tête ! Ce fut la cause principale des échecs récents les plus douloureux -avec le tapis rouge déroulé sous les pieds des sales gosses- et l’élément déclencheur de la déliquescence tricolore.

Pourtant, vous le savez bien, le rugby français étant un sport «mécanisé» à merveille, car mué par un incroyable pouvoir de réaction. On le croit mort, sans âme, et il a le don de s’appuyer sur deux des plus grands meneurs d’hommes de son histoire : Guy Novès, manager au palmarès inégalé, et Bernard Laporte, président à la détermination sans faille. Tous deux indirectement mariés par Pierre Camou...

Aussi improbable soit-elle, cette association contre nature pourrait être une chance pour l’équipe de France à l’instant d’aller chercher sa revanche contre l’Afrique du Sud. Après huit jours de remontées de bretelles et d’un conditionnement dont Novès a le secret, Laporte débarquera samedi à Durban pour mettre les Bleus face à leurs responsabilités. 

N’y voyez pas (encore) un désaveu pour Serge Simon, vice-président en charge de l’équipe de France, dont la voix n’a pas porté depuis le début de la tournée ; l'homme découvre l’exigence du haut niveau... N’y voyez pas, non plus, un défi à l’adresse du sélectionneur ; il est trop tôt pour assister au combat des lions et à la guerre des égos... 

Surtout, la marge de manœuvre du président Laporte est étroite sur le chemin qui mène au Mondial 2019. Si le rugby français rivalise peu ou prou avec ses concurrents européens, il est en souffrance dès lors qu’il se trouve confronté aux nations du Sud tel qu’en témoignent le revers concédé face aux Springboks et la demi-finale du Mondial des moins 20 ans perdue contre la Nouvelle-Zélande. Comble d’ironie, c’est en s’appuyant sur les stars sudistes que le Top 14 s’est taillé la réputation de meilleur championnat du monde, laissant souvent dans l’ombre les joueurs du cru contraints au grand écart dès lors qu’ils se lancent dans les batailles internationales. Mais, parce que les Bleus restent imprévisibles, qu’ils portent en eux les raisons de la colère, l’orgueil à vif, l’exploit n’a pourtant rien d’impossible. 

Un succès serait alors une aubaine pour un Laporte lancé en pleine campagne électorale pour décrocher l’organisation du Mondial 2023. Ce serait surtout la première réponse positive aux moyens accordés demain à l’équipe de France et, pour le président de la FFR, la justification de tout son début de mandat. Politique, quand tu nous tiens…

Pour autant, ne rêvons pas. La présence tardive -entendez par là juste avant le deuxième test- de Laporte ne va pas révolutionner le rugby des Bleus. Pas plus qu’une victoire en Afrique du Sud changera en profondeur le rapport de force d’ici à 2019. S’il est impossible de faire l’impasse sur un tel événement, le rugby français devra vite regarder vers 2023 s’il ne veut pas continuer à perdre du temps et du terrain face à ses concurrents. Car le fossé qui nous sépare désormais des sudistes, ou de l’Argentine et de l’Angleterre -nos futurs adversaires au Japon- ne se comblera pas en deux ans.

Par delà la démission des cadres lors du premier test, la trahison de certains ou le coup de canif’ dans le contrat, il nous semble bien que les Bleus ne luttent pas à armes égales avec leurs adversaires, qu’elles soient physiques, mentales ou techniques. C’est une question de génération autant que de formation. Pour tout ça, un simple voyage présidentiel ne changera rien. Puisse-t-il seulement prendre conscience que le chantier prioritaire est à mener auprès des nos meilleurs espoirs pour que dans cinq ou dix ans le XV de France n’ait plus à rougir de la comparaison…

Emmanuel Massicard
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