Rouge, impair et passe

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    Rouge, impair et passe
Publié le , mis à jour

Quel que soit le contexte, quelle que soit l’époque ou le match, Sonny Bill Williams est invariablement le centre De toutes les conversations, le carrefour de tous les regards. Souvent parce qu’il excelle. Parfois parce que l’un de ses plaquages mérite une sanction exemplaire. En devenant samedi soir le premier All Black à être expulsé d’un Test-Match depuis 1967, SBW n’a décidément pas fini de faire parler de lui…

Sonny Bill Williams est un athlète hors-norme. Et quand on dit cela, on ne parle pas que de ses mensurations colossales. Avec lui, rien n’est normal. Ni les passes, ni les sommes engagées dans ses transferts. Encore moins sa carrière, qui déborde de titres et de réussites dans plusieurs disciplines. Ce week-end, le Néo-Zélandais a fait parler de lui. En mal, cette fois. À la 25e minute du deuxième test opposant les Blacks aux Lions britanniques et irlandais, le centre s’est rendu coupable d’un violent plaquage à l’épaule sur Anthony Watson, qui a pris son épaule de titan en plein visage. Aussitôt expulsée par l’arbitre français Jérôme Garcès, la star du rugby mondial a laissé ses partenaires en infériorité numérique pendant cinquante-cinq minutes face à une meute de Lions affamés qui jouaient leur honneur sur ce seul match. Et pour une fois, la Nouvelle-Zélande a perdu. Pire :elle a perdu chez elle, devant son public. Et Sonny Bill est entré malgré lui dans l’histoire du rugby kiwi. La dernière fois qu’un All Black avait écopé d’un carton rouge, c’était en 1967. Le coupable n’était autre que la légende vivante du rugby néo-zélandais, le deuxième ligne Colin Meads qui avait asséné un coup de pied à l’écossais David Chisholm à Murrayfield. À l’époque, les cartons rouges n’existaient même pas, mais le féroce « Pinetree » avait été expulsé pour son comportement. Depuis, le peuple kiwi a pardonné à Meads. Sera-t-il aussi clément avec Williams ? Pas sûr. Parce que l’ancien treiziste n’a jamais fait l’unanimité comme Meads dans l’opinion publique néo-zélandaise. On peut même dire qu’il compte un grand nombre de détracteurs. En Nouvelle-Zélande, on lui reproche son instabilité chronique en club (après avoir visité les Crusaders et les Chiefs, SBW évolue cette année avec les Blues d’Auckland), ses allers et retours incessants entre le XIII, le XV, et plus récemment le VII. On raille aussi sa carrière de boxeur qu’il mène contre des combattants bedonnants, à des années-lumière de sa condition physique. À l’issue du match, les Néo-zélandais étaient furieux contre la star : « Quel c.. ! Non mais sérieusement, qu’est ce qui lui a pris pour commettre une faute aussi stupide ? », entendait-on dans les bus de Wellington qui ramenaient les milliers de supporters néo-zélandais.

Une absence qui devrait peser…

À l’heure où nous publions ces lignes, Sonny Bill Williams a été entendu par une commission de discipline indépendante et devrait écoper à minima de deux matchs de suspension. Dès lors, Steve Hansen, Wayne Smith et Ian Foster vont devoir improviser -et innover !- pour composer un milieu de terrain digne de ce nom, à l’Eden Park d’Auckland, pour le troisième et dernier test de la série. Premier choix du staff néo-zélandais au poste de second centre, l’attaquant des Crusaders Ryan Crotty souffre d’une déchirure à la cuisse (un stigmate du premier test) et ne devrait pas être remis pour la rencontre de samedi soir. Du coup, les All Blacks aligneront selon toute vraisemblance au centre le joueur des Chiefs Anton Lienert-Brown et le percutant perce-murailles des Hurricanes Ngani Laumape (1,71 m et 103 kg). Auteur d’une entrée en jeu remarquée samedi soir au Westpac Stadium pour sa première cape avec la Nouvelle-Zélande, Laumape aura la lourde tâche de faire oublier la présence menaçante de Sonny Bill Williams au milieu du terrain. Concernant le maître du off-load, l’ancien coach du XV de la Rose Clive Woodward écrivait, en effet samedi soir, dans les colonnes du Daily Mail : « Williams est le cœur du système offensif des All Blacks et l’un des défenseurs les plus intimidants du circuit professionnel. Sonny Bill trie les ballons, offre des passes décisives et protège régulièrement Beauden Barrett. Son absence pourrait donc changer beaucoup de choses. » Alors, les Lions vont-ils profiter de l’absence de Williams pour cibler la zone du meilleur ouvreur de la planète ? Le carton rouge dont vient d’écoper SBW est-il le cadeau du ciel qu’attendait Warren Gatland depuis déjà plusieurs semaines ? Il semblerait que oui…

Simon Valzer
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