• Candelon " Il n’y a pas assez d’équipes joueuses dans notre championnat."
    Candelon " Il n’y a pas assez d’équipes joueuses dans notre championnat."
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Top 14

Candelon " Il n’y a pas assez d’équipes joueuses dans notre championnat."

Ancien ailier international, à XV puis à VII, l'ancien Perpignanais Julien Candelon livre ses impressions sur le classement et l'évolution du rugby.

Quel regard portez-vous sur la saison qui vient de s’écouler ?

Le championnat de France est parfois basé sur trop d’affrontements. Il y a aujourd’hui un gros défi physique qu’il n’y avait pas forcément avant. Il y a de moins en moins de jeu debout qui permet la continuité du jeu. Les passages par le sol et les rucks ralentissent le jeu. À mon sens, il n’y a pas assez d’équipes joueuses dans notre championnat. Cela a forcément un impact sur le poste d’ailier ? Oui bien sûr. Le jeu a évolué et les défenses sont beaucoup mieux organisées. Il y a moins d’espaces qui se forment, c’est pourquoi l’ailier a besoin de qualités différentes. La différence se fait donc sur le physique. Un gros puncheur peut se sortir de la pression par la force et la puissance.

Vous auriez été plus en difficulté avec ce rugby actuel ?

Je n’ai jamais été réputé pour être fort sur le haut du corps que ce soit en défense ou en attaque. Ce rugby correspond moins à mes qualités. Je ne retrouvais pas ce plaisir de jouer, notamment lors de ma dernière saison à Perpignan en 2012, où je ne me suis jamais amusé. Et pour moi, le rugby doit rester un jeu et un plaisir. C’est pourquoi je suis parti à 7. Dans ce jeu différent qui me convient plus, j’ai retrouvé ce plaisir de jouer, et c’était le plus important. Avez-vous un souvenir particulier d’un essai au cours de votre carrière ? Si je ne devais n’en retenir qu’un, ce serait celui de Jérôme Porical en demi-finale à Gerland en 2009, l’année où nous sommes champions. Une action collective en première main à partir d’une touche, comme sur un tableau noir. Le fait que ce soit un match de phase finale rajoute forcément une sensation particulière. Je pense que tous les amateurs de rugby aiment ce genre d’essai. 

Le classement des meilleurs ailiers du Top 14 propose un podium composé de Tuisova, Nadolo et Nakaitaci. Qu’en pensez-vous ?

Ce sont trois joueurs d’origine fidjienne, mais avec des qualités bien différentes. Tuisova est un ailier ultra puissant avec un punch terrible. Il a un physique impressionnant au niveau des muscles que ce soit sur le bas ou le haut du corps. Il a également une vitesse impressionnante qui accentue sa puissance. Nadolo ? Si on ne le voit pas de dos, on peut se demander quel est son numéro et son poste. Il a un physique de déménageur avec lequel il fait les différences. C’est une sorte de Jonah Lomu en moins rapide. Enfin, Nakaitaci est pour moi, le plus complet des trois. Il casse aussi bien les lignes de par sa vitesse, son explosivité, ses appuis, que par sa gestuelle. Il est capable de faire jouer derrière lui.

Ces Fidjiens impressionnent, qu’ont-ils de plus ?

Pour avoir côtoyé Virimi Vakatawa durant nos années à 7, ils ont une philosophie de jeu complètement différente de la nôtre. Ils ont des qualités naturelles, dans leurs gênes, qu’ils entretiennent avec leur mode de vie. Aux Fidji, quand les jeunes ont du temps libre, ils jouent au rugby, que ce soit à la plage, dans la rue, ou à l’école. Le rugby fait partie de leur quotidien. Ils acquièrent une gestuelle ballon en main, que l’on n’a pas en France. Leur objectif n’est pas de mettre le plus gros plaquage mais de faire la différence sur les appuis. Ce sont de grands enfants qui accordent plus d’importance aux duels offensifs que défensifs. Les petits gabarits, comme vous l’étiez, peuvent-ils se faire encore une place ? Oui et heureusement ! Quand je vois la saison de Gabriel Lacroix, ça me fait plaisir et me laisse penser qu’ils ont toujours leur place. Il a impressionné et figure parmi les meilleurs marqueurs du championnat malgré une blessure en fin de saison. Dans tous les championnats mondiaux, il y a la place pour ces ailiers. Le plus bel exemple, c’est Steff Evans, l’ailier des Scarlets. Il est jeune et n’a pas un gabarit hors-norme et pourtant c’est un joueur plein d’avenir. Il est pour moi l’un des grands artisans du titre en Ligue celte.

Propos recueillis par Romain Lafon

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