Champions mais frustrés

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    Champions mais frustrés
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L’environnement aurait pu détruire les Périgourdins, ils y ont au contraire puisé l’énergie et la solidarité pour atteindre le sommet d’un titre.

À la rentrée, le paysage du CAP sera profondément modifié. Nous aurons l’occasion d’évoquer ce nouvel horizon, mais afin d’éviter tout malentendu autant que les mauvaises interprétations, nous avons voulu consacrer cette page aux acteurs d’une remarquable performance qui s’est achevée par l’apothéose d’un sacre. Convenez-en, il aurait été indécent de ne pas reconnaitre leurs mérites, de priver les héros de leur belle histoire. Remercié par les nouveaux arrivants qui vont désormais reconstruire le CAP, le coach Thierry Labrousse peut être fier de son bilan. Ces deux dernières saisons il a conduit le club en F2, deux fois, les instances fédérales ont refusé cette promotion. La frustration de Thierry est immense, mais le passif financier contre lequel l’admirable présidente Claudette Moreau s’est battue avec acharnement était trop lourd. Il restera de cette épopée le magnifique tableau final d’une présidente convalescente d’un grave accident de santé, entourée de ses chers joueurs portant au ciel un bouclier de bois. L’entraîneur Sébastien Roger, lui, n’a pas été remercié, mais il officiera auprès de l’équipe B. Lui resteront des souvenirs indélébiles : « Le week-end de la finale a été très fort en joie et en émotion. C’est inoubliable, comme l’hommage que nous avons rendu à Claudette. Si le rugby a encore des valeurs, elles sont là. »

De nouvelles ressources

Ce titre qui restera à jamais gravé dans l’histoire du rugby périgourdin est l’épilogue d’une belle histoire humaine sur fond de tourments financiers. Il y a eu des meneurs pour vaincre le mauvais sort. Les anciens Pétricheï, Donnars, Brouqui, Moret ou Bourgeois ont été des exemples de comportement pour les jeunes tel Jérémy Deschamps, et le capitaine Damien Costanzo a souvent pris la parole. Il a tiré le groupe vers le haut. Encore fallait-il que sur le terrain le CAP soit présent au rendez-vous. Sébastien Roger raconte : « Il était devenu difficile de motiver une équipe qui survolait sa poule. L’unique défaite à Belvès a provoqué une remise en question générale. Chacun s’est exprimé et nous avons trouvé de nouvelles ressources. A l’entraînement nous avons privilégié le collectif plutôt que le physique et la phase finale a été presque parfaite. » L’heureuse conclusion a sonné comme une délivrance pour le staff et les joueurs qui ont souffert de l’image négative de « mercenaires » que le public adverse leur rejetait au visage. Les coachs Labrousse, Roger et Zibzibadze savaient trop qu’il n’en était rien. Par contre, ils ont de l’estime pour leurs joueurs et leurs bénévoles. Sébastien Roger en témoigne : « Nous avons vécu ensemble, proches, toute la saison et ce lien est très fort. C’est une fin de cycle pour certains qui ont donné le maximum depuis la Pro D2. Cela fait deux ans que la montée leur est refusée. Je les félicite d’être resté, ils aiment ce club. Nous avons fédéré, nos supporters nous ont suivis, ils sont extraordinaires et les bénévoles du club ont été admirables. Demain sera un autre combat. » Claudette Moreau qui lutte aujourd’hui pour retrouver l’intégralité de ses moyens physiques n’en sera pas. Ceux qui, hier, lui ont affirmé qu’elle ne parviendrait pas à sauver le CAP d’un destin cruel doivent se rendre à l’évidence. Le rugby périgourdin est toujours vivant, et ce titre de champion de France est aussi la victoire d’une battante. 

Par Gérard Piffeteau

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