Julien Peyrelongue « Les 10 sont visés et plus exposés »

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    Julien Peyrelongue « Les 10 sont visés et plus exposés »
Publié le , mis à jour

Pour l’ancien ouvreur international Julien Peyrelongue, altruisme, rapidité dans la prise de décision et lucidité sont les trois qualités essentielles d’un numéro 10.

Selon-vous Camille Lopez mérite-t-il sa place de numéro 1 au classement des meilleurs ouvreurs de Top 14 ?

La première place de Camille Lopez est entièrement méritée, il a travaillé dans beaucoup de domaines : son jeu au pied, qui était déjà très bon, son attaque de ligne, et il a également beaucoup progressé en défense. Ses débuts en équipe de France ont été un peu délicats, le staff a continué de lui faire confiance et ça paye aujourd’hui. C’est bien qu’un Français soit en tête de ce classement. Il a fait une très bonne saison, sa première place est méritée. Ensuite, voir Coline Slade juste derrière est également logique, il vient d’arriver dans l’hémisphère Nord et s’est très vite adapté au projet de jeu palois. Ce qu’il a fait cette saison, c’est très fort.

Comment expliquer qu’on a du mal à installer un joueur à ce poste sur la durée en équipe de France ?

Demi d’ouverture est un poste qui demande de la confiance, de la sérénité, il faut pouvoir enchaîner les matchs. On n’apprend pas à l’entraînement, on apprend en match, en jouant. En Top 14, actuellement, tout va très vite. La pression du résultat est telle que les équipes préfèrent en général recruter un joueur confirmé, plutôt que de faire confiance aux jeunes. Pour progresser, il faut rater et ensuite apprendre de ses erreurs.

Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre de rater, c’est ça le problème. Depuis l’arrêt de votre carrière, le poste de 10 a-t-il beaucoup évolué ?

On ne va pas se le cacher, aujourd’hui ça tape beaucoup plus fort, le nerf de la guerre, c’est le milieu de terrain. Les demis d’ouverture sont visés et plus exposés, il n’y a qu’à voir le nombre de commotions de Sexton cette saison (rires). Il y a presque que des 10 plaqueurs maintenant. Les mecs doivent donc rester lucides tout en étant au combat tout le match, c’est super compliqué. En plus, maintenant, ils attaquent la ligne, et font jouer autour d’eux. C’est fini l’époque où les ouvreurs jouaient loin de la défense, les temps de décision sont de plus en plus réduits. Je prends du plaisir à voir jouer Barrett : il attaque énormément la ligne et c’est le meilleur du monde à son poste. C’est révélateur d’une mentalité générale.

Avez-vous le souvenir d’un match où votre rôle a été particulièrement déterminant ?

Je dirais le match contre Bayonne en 2011 (21-19), l’année où le père d’Imanol (Harinordoquy N.D.L.R.) rentre sur le terrain. C’était un derby très tendu, on avait remporté qu’un seul match depuis le début de la saison. J’ai une pénalité à la dernière minute, et je la mets. C’était vraiment un soulagement pour toute l’équipe, Dimitri Yachvili était absent et j’ai dû prendre le but, ça nous a réussi.

Cette pénalité, c’est le travail qui paye, d’autant plus que je partais de loin ! (rires) Quelles sont selon les trois qualités primordiales pour un demi d’ouverture moderne ?

Il faut être altruiste, beaucoup de ballons passent par le 10 alors s’il fait le coffre… Ensuite, la rapidité de prise de décision est importante, il faut savoir analyser et trier les ballons très vite en fonction de la défense, la vitesse, les espaces… Et enfin, la lucidité, c’est le plus dur. Un 10 doit toujours garder la tête froide pour prendre les bonnes décisions, il faut avoir du recul sur le match. Wilkinson était d’un calme déconcertant.

Par Théophile Arlet 

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