• Saint-léger-des -Vignes: Cuvée royale
    Saint-léger-des -Vignes: Cuvée royale
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Compétitions

Saint-léger-des -Vignes: Cuvée royale

Moribond il y a cinq ans, le club du Sud-Nivernais s’est reconstruit avec patience et intelligence. Si bien qu’aucune formation de France n’a pu venir à bout de son équipe fanion, cette saison.

«Il y a cinq ans, nous étions au bord du précipice. » Pascal Kuhar, président de l’Espérance Saint-Léger-des-Vignes, mesure à sa juste valeur le chemin parcouru, lui qui vécut sur la pelouse du Centre Fresneau les glorieuses années 80-90, lorsque l’ESL avait failli monter en Nationale 2. « Il a fallu se relever les manches mais je savais quoi faire pour redonner un peu de couleur à notre blason. » Suivi par Régis Dumange, président de Nevers, il parvint à convaincre des chefs d’entreprise du Sud-Nivernais. « Ce fut l’élément déclencheur. » L’ex-trois-quarts de talent s’attacha ensuite à renforcer l’encadrement technique. « Axel Perrot s’en allant, j’ai jeté mon dévolu sur Nicolas Gomez et Pascal Jacquet. Laurent Duvernay et Yves Perrot sont restés en soutien. » L’attelage Gomez-Jacquet reçut, en cours d’exercice, l’apport utile de l’ancien talonneur de Nevers Jérémy Colombat.

Spectacle et ambition

La mayonnaise prit d’entrée. En amical, les banlieusards de Decize, troisième ville de la Nièvre, allèrent gagner chez deux équipes évoluant en Honneur : Sancerre et Moulins-sur-Allier. « Honnêtement, j’aurais préféré qu’on perde là-bas », assène, sans ambages Nicolas Gomez. Il redoutait un excès de confiance… qui ne vint pas. « Ils ne se prennent pas pour d’autres. » De ce groupe où seulement « un ou deux joueurs me prirent en grippe », le technicien dresse un bilan remarquable. « Même si humainement, je l’ai parfois mal vécu, à force d’être pénible pour qu’ils y arrivent, sportivement, c’était super. » Son expérience sur le banc de la NationaleB de Nevers puis sur celui des féminines de la préfecture nivernaise, put donner sa quintessence. « Il a été nécessaire de revenir aux bases et aux racines. La progression de bon nombre de mes joueurs a été impressionnante. Quasiment partout, ils ont essuyé des quolibets et ont été traités de pros de Nevers. Or, et ce fut une de mes exigences en arrivant au club, pas un ne touche un centime pour jouer ! »

Au cours de cette interminable saison, Gomez redouta l’échéance régionale. « Je savais que pour les joueurs, le titre de Bourgogne-Franche-Comté associé à la montée en Promotion Honneur était une finalité. Pas pour moi ! Si je me suis régalé en les voyant battre Varennes-Vauzelles (l’autre Nivernais de la finale BFC, N.D.L.R.), au point de leur dire apprécier le spectacle et qu’il ne manquait que les pop-corn, j’avais un autre but en tête. » Cette idée : le titre national ! Ce qui fit dire à plusieurs des Tangos en rentrant chez eux après cette annonce de leur entraîneur : « Tu sais ce qu’il nous a sorti encore, Gomez ? »

Tantôt malmenés, tantôt inarrêtables, les Orangers s’offrirent le privilège de disputer cette finale hexagonale. « Nous avons géré l’émotionnel en faisant remettre les maillots par les familles, la veille. Femme ou famille de rugbymen, ce n’est pas toujours simple… » Pour le sportif, l’ESL a été professionnelle. « Nous disposions d’une vidéo de la demi-finale de Maureilhan-Montady. Nous l’avons décortiquée. En demie, ils avaient marqué un essai sur une pénalité à la main ; contre nous, ils ont rendu le ballon sous la pression. » Si des hommages furent ensuite, logiquement, rendus aux frères Thomas et Pierre Savre, revenus à leur club formateur, ou au puissant Solomone Francis, éducateur des enfants de l’école de rugby de Nevers et terminant sa carrière, le genou gauche en vrac, Gomez n’oublie pas de conclure au plus près de l’esprit de Saint-Léger. « Mon fond de terrain a 20 ans de moyenne. À côté de Solo, Chabanne est un deuxième ligne de 82 kilos. En revanche, il s’y file. Et notre pilier Bourigaut était encore en train de dépanner une moissonneuse-batteuse la veille du match. » Une finale que les Tangos, plus réalistes, arrachèrent aux Héraultais au prix d’une inoubliable et interminable séquence défensive. « Je suis fier que l’ESL ait pu prendre part à l’embellie du rugby bourguignon », termine Nicolas Gomez. « Et j’aimerais aussi tirer mon chapeau à tous nos bénévoles et ceux de tous les clubs qui font vivre le rugby en France. »

Par Antoine Deschamps

 

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