Saint-Rémy-de-Provence: retour en fanfare

Relancé en juin 2017, le XV Saint-Rémois a réussi un retour pour le moins remarqué dans le monde du ballon ovale.

C’est l’histoire d’un club qui, après un an d’inactivité, se relançait tout en bas de l’échelle du rugby français. À l’initiative de deux amis d’enfance (Dominique Gullo et Yann Le Dé), le XV saint-rémois renaissait donc de ses cendres en juin 2016. Ce qui a motivé leur décision ? « On avait tendance à se lancer dans de grandes discussions de comptoirs. On allait voir des matchs de clubs de la région et on analysait, on critiquait et chacun y allait de sa méthode révolutionnaire, se rappelle Yann Le Dé. Mais ce n’était certainement pas malveillant, c’était juste que, selon nous, le rugby s’éloignait un peu trop de ses valeurs originelles. Lesquelles ? Le plaisir, la convivialité et la famille. C’est un sport qui doit avoir une dimension humaine importante et ça se perdait depuis trop longtemps. »

Pourtant c’est un véritable coup de pied dans la fourmilière qu’ont mis les deux amis. Bien loin l’image que peut véhiculer la Troisième Série, les coprésidents du XV saint-rémois ont décidé de « faire bouger les lignes » en s’inspirant de ce que faisaient leurs homologues du Top 14. Dans les faits ? « On faisait faire les coups d’envoi à nos partenaires, les joueurs entraient sur la pelouse sur Thunderstruck d’AC/DC, une bandas venait à chaque rencontre, on faisait venir des châteaux gonflables pour les enfants… »

Et s’ils ont mis la barre haut, les deux fantasques présidents vont une nouvelle fois innover dès la prochaine rentrée, puisque ce seront cette fois des pom-pom girls qui accompagneront les avant-match saint-rémois. Cette vision novatrice a-t-elle fonctionné ? Yann Le Dé est catégorique : « Il nous est arrivé de rassembler plus de 750 spectateurs un dimanche… Vous imaginez, en Troisième Série ? On était une sorte d’ovni dans ce monde un peu trop conservateur à notre goût. » Et s’ils ont reçu bon nombre de quolibets et qu’ils ne cachent pas avoir senti qu’ils dérangeaient, les deux présidents, pensent également que cette politique du spectacle a pu créer de la sympathie chez les adversaires. « Par exemple, en quart de finale du championnat de France, après notre victoire, l’un des joueurs de Lavernose-Lacasse nous a contactés sur notre page Facebook pour nous dire qu’il avait pris du plaisir à jouer contre une équipe qui véhicule les valeurs du rugby clocher, tout en se donnant les moyens de réussir. »

Ambition décuplée

Mais ce nouvel élan ne devait pas simplement servir leur goût du spectacle. L’objectif sportif ? Une remontée immédiate en Deuxième Série. Et là encore, les présidents du XV saint-rémois se sont donnés les moyens de leurs ambitions. « Pour arriver à nos fins, on a immédiatement rassemblé les mecs. On les a prévenus qu’il était hors de question de démarrer la saison à quarante pour la terminer à quinze. Et pour s’assurer qu’ils tiennent leur parole on a mis à leur disposition des moyens importants. Financiers ? Pas du tout, on n’a jamais payé les joueurs à Saint-Rémy-de-Provence. En revanche ils avaient à leur disposition un ostéopathe, ont pu prendre part à des entraînements de kickboxing et plus globalement ils ont compris qu’on serait toujours à leur disposition. Les mecs ont senti qu’ils étaient pris au sérieux et ça nous a permis de faire un beau parcours. » Premiers de la Troisième Série du comité de Provence, champions de Provence et demi-finalistes du championnat de France, les Saint-Rémois ont réussi leur retour sur la scène rugbystique. À eux désormais de confirmer en Deuxième Série. Leur objectif ? « Assurer le maintien ? Vous rigolez j’espère ! ? On est un club ambitieux et on voudra être champions de France. On ne visera pas plus bas. »

Au milieu du XXe siècle, Nina Berberova, poète russe, affirmait que sans ambition il n’y avait pas de talent ; aux Saint-Rémois désormais de poursuivre leur opération séduction auprès du rugby hexagonal.

Par Pierrick ILIC-RUFFINATTI