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    Niamh Briggs: Le forfait qui fait mal
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Compétitions

Niamh Briggs: Le forfait qui fait mal

L’Irlande a perdu Niamh Briggs, son icône avant même le début du Tournoi. Jamais un pays organisateur n’avait été à ce point frappé par la malchance.

Franchement, l’Irlande ne méritait pas ça. Ce fut presque un drame national. Au printemps, les fans de rugby irlandais se frottaient pourtant déjà les mains à la lecture des informations qui filtraient à propos de Niamh Briggs. Depuis novembre, elle souffrait des adducteurs, elle n’avait joué ni le Tournoi, ni le match de préparation contre le Japon. Mais elle s’entraînait presque normalement, on l’avait même vu se tester au cours de longues séances de tirs au but. La « colossale » Niamh Briggs serait prête pour le jour J, c’était promis. Et puis, le 31 juillet, un communiqué est tombé, comme un coup de massue. Niamh Briggs venait de déclarer forfait pour une… nouvelle blessure, une douleur au Talon d’Achille qui s’est déclarée brusquement au cours d’un footing. Comme souvent quand on se bat pour surmonter une blessure de longue durée, le corps a lâché à un endroit inattendu. Elle a tout de suite compris que cette fois, c’était fini. « Vous l’imaginez, ce fut un crève-cœur de voir Niamh Briggs renoncer après tant d’efforts pour retrouver notre équipe. La voir comme ça, frappée par une nouvelle blessure est le signe d’une malchance particulièrement cruelle… » a expliqué, la mine défaite, Tom Tierney, coach de l’Irlande.

Pour ceux qui ne suivent le rugby irlandais que de très loin, il faut comprendre qui est exactement Niamh Briggs. Elle a trente-deux ans, bientôt trente-trois et elle n’a débuté le rugby qu’à l’âge de 24 ans après une première vie de footballeuse gaélique. Il lui a suffi de quelques mois de pratique pour faire ses débuts dans le Tournoi des 6 Nations. Depuis 2008, elle a connu 57 sélections sous le maillot vert, le plus souvent à l’arrière, mais on dit souvent d’elle qu’elle a inventé un nouveau poste. En 2014, elle a été nommée capitaine après avoir offert à son pays son premier grand chelem en 2013 et elle fut bien sûr à la manœuvre pour la victoire historique sur les Néo-Zélandaises en 2014, quand elle offrit un essai de légende à son ailière Allison Miller.

Presque comme Neymar

Originaire de l’Irlande profonde (Galway, Tipperary, Waterford puis Limerick), sœur d’un bon joueur de foot gaélique, Shane, capitaine de l’équipe de Waterford, elle est sans doute la rugbywoman la plus célébrée dans son pays. Son influence est comparable à celle d’un Keith Wood dans les années quatre-vingt-dix ou d’un Brian O’Driscoll dans les années 2000. La preuve, la Poste irlandaise a même édité un timbre à son effigie.

Il fallait voir la ferveur qui l’a entourée le 27 juillet dernier quand elle a été reçue par le maire de Limerick, la ville où elle réside. Elle était au rendez-vous, en bateau sur la rivière Shannon escortée par la brigade fluviale et par une nuée de kayakistes avant d’être escortée à terre par des dizaines d’enfants vêtus de vert. Tout avait été prévu pour faire d’elle l’icône de la compétition, sa bobine s’étalait sur une multitude d’affiches. Son forfait ressemble à celui de Neymar avec le Brésil en 2014, sauf que lui avait joué les premiers matchs avant de succomber à un tacle assassin d’un défenseur colombien.

Policière dans la vie de tous les jours

Mais à la différence des vedettes masculines, Niamh Briggs ne vit pas de son sport. Dans le civil, elle est agent de police et on peut la voir patrouiller en uniforme dans les rues de Limerick, ce qui lui donne ce fameux lien supplémentaire avec la population que les rugbymen hommes ont perdu depuis 1995. Elle a toujours voulu être une policière de terrain : « Je ne voulais pas d’un travail de bureau. J’ai toujours aimé l’idée de travailler dehors pour me retrouver face à face avec des gens qu’on peut aider. » Elle n’a jamais caché qu’elle fut parfois perturbée par son tempérament anxieux qui la conduit parfois à céder au stress. Le yoga ne lui fut pas d’un grand secours, trop calme. Elle trouve finalement la sérénité dans des exercices de pilates et dans la lecture de livres épiques (souvent des biographies sportives). Depuis l’annonce de son forfait, elle n’a pas beaucoup parlé, juste une déclaration basique, mais émouvante : « Pas besoin de vous dire combien je suis dévastée par cette situation. Disputer la Coupe du monde sur mon sol en tant que capitaine était un rêve, hélas je ne le vivrai pas. J’ai été très émue par tous les témoignages de sympathie que j’ai reçus… » Elle n’a pas voulu trop en rajouter par respect de ses coéquipières, alors que le staff s’affairait pour la remplacer dans ses diverses fonctions. Claire Molloy a été nommée capitaine (voir ci-dessous). Nora Stapleton pourrait prendre les tirs au but. Niamh n’aura plus que l’aura magique de sa présence pour « doper » la confiance de ses partenaires. Avec un maillot à quelques mètres de distance, ça marche évidemment même quand elle ne touche pas le ballon. Depuis les tribunes, on verra bien…

Jérôme Prévot
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