Anthony Belleau : « Avec ce drop, tout s'est accéléré »

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    Anthony Belleau : « Avec ce drop, tout s'est accéléré »
Publié le , mis à jour

Héros de la demi-finale contre le Stade rochelais et nouvelle coqueluche du public toulonnais, Anthony Belleau est conscient que, pour lui, le plus dur est à venir. Son drop, la tournée des Barbarians, son faux-départ pour Agen, l'ouvreur de 21 ans s'est confié à Midi Olympique.

Trois mois après votre drop en demi-finale du Top14, quel souvenir en gardez-vous ? 

J’en garde forcément un excellent souvenir et je pense qu’il me suivra jusqu’à la fin de ma carrière, et plus encore ! Ce drop c'est une réussite personnelle, un moment magique et j’ai beaucoup profité des deux jours et de l'engouement qui ont suivi la demi-finale. Mais désormais ça appartient au passé. J'ai eu la chance de vivre ce moment, mais j'espère simplement que ce n’était pas qu’un coup d’éclat, et que le plus beau est à venir.

 

Certains sportifs préfèrent ne jamais revoir leurs courses, leurs matchs, leurs exploits. Est-ce votre cas ?

Non non, je trouve ça dommage de passer à côté d'un tel plaisir. C'est un fait marquant de mon début de carrière, j'ai donc pris le temps de le partager avec ma famille, mes amis. Maintenant voilà, je le répète : c'est derrière moi et je pense que le plus important est de se projeter sur le futur.

 

Un futur qui s'écrira finalement à Toulon et non pas à Agen, que vous auriez dû rejoindre en prêt cette saison...

Au moment de ma prolongation au RCT pour les deux saisons à venir (N.D.L.R. le 24 mars), nous avions convenu que je serai prêté une saison à Agen. J'avais besoin de temps de jeu et Toulon ne pouvait pas m'en offrir dans l'immédiat. Pourtant, paradoxalement, c'est à ce moment que j'ai commencé à faire partie des plans du staff. J'ai fait de bonnes entrées, de bons petits bouts de matchs et c'est ce qui a tout remis en question. J'ai alors dû peser le pour et le contre. Je jouais de plus en plus, mais rester présentait un risque, car je n'avais pas de garantie. Et finalement, avec ce drop, tout s'est accéléré.

 

Comment avez-vous, du haut de vos vingt et un ans, préparé cette finale de Top14 ?

J'ai surtout essayé de ne pas penser à moi. J'avais vingt-deux mecs à mes côtés. Je savais que je n'étais pas seul. J'avais un rôle à jouer et je voulais le remplir à 100%. Je ne me suis pas mis de pression et je me répétais que j'étais chanceux de vivre un moment comme celui-là, qu'il ne fallait pas passer à côté et que j'avais tout à gagner. Dans le vestiaire je me disais "t'as la chance de vivre ce moment, donc profite de chaque action, chaque plaquage, chaque passe, chaque instant". La pression ? Je l'ai évacué tout au long de la semaine et, finalement, le seul moment où j'ai senti que ça montait c'est en rentrant sur le terrain, quand je suis passé à côté du bouclier qui me fait rêver depuis plus de vingt ans...

 

À la 80e minute, quand l'arbitre siffle la fin de la rencontre, que se passe-t-il dans votre tête ?

Ma première pensée est allée pour les mecs qui disputaient la dernière rencontre sous le maillot du RCT... On aurait voulu leur offrir une belle sortie mais ça n'a pas voulu nous sourire. Maintenant c'est certainement dans la défaite que l'on prend la mesure de l'importance et du côté mystique de ce bouclier de Brennus.

 

En marge de la finale du Top14, votre fin de saison vous a également ouvert les portes des Barbarians. Comment avez-vous appris votre sélection ?

J'étais en voiture avec un pote quand j'ai vu mon téléphone vibrer et le numéro de Bernard Laporte s'afficher. A ce moment j'ai compris qu'il y avait quelque chose qui se passait, mais je ne savais pas quoi. Comme je conduisais je n'ai pas pu répondre et il m'a laissé un message. Je l'ai rappelé et là il m'a dit que je faisais partie de l'équipe. Je ne m'y attendais absolument pas, c'était complètement fou, à l'image de ma fin de saison. Tout me souriait, j'étais sur un nuage !

 

Et comment s'est passée cette aventure ? 

C'est tellement fort, à la fois sur le plan humain et sportif. J'ai eu l'impression de vivre une saison en quinze jours. En terme d'expérience, en deux semaines on apprend pour deux ans, c'est incroyable.

 

Les Barbarians sont considérés comme la réserve du XV de France. Est-ce que ça vous donne des idées pour la suite ? 

Ce serait prétentieux de ma part. Pour l'instant j'essaye de ne pas y penser et je me dis que si mon heure doit arriver, je serais le joueur de rugby le plus heureux du monde. Mais je ne me pollue pas l'esprit avec ça. Je sais que ça ne viendra pas en un claquement de doigts. Il faudra travailler, travailler et encore travailler.

 

Finalement le seul point négatif, c'est les vacances raccourcies...

C'est vrai que comme cette sélection est arrivée de nulle part j'ai dû écourter mes vacances au dernier moment (rires). Bon, pour être honnête, si on m'avait laissé le choix entre une non-sélection accompagnée de vacances plus longues et une sélection et moins de vacances, le choix aurait été vite fait. Du coup je n'ai eu qu'une quinzaine de jours de vacances. J'en ai profité pour rentrer à Monflanquin, chez ma famille. Ça m'a fait beaucoup de bien, j'ai pu me ressourcer et couper un peu.

 

Vous êtes donc revenu à Toulon pour le stage en Argentine. Qu'en est-il ressorti ?

Vivre quinze jours à l'étranger nous a permis de souder l'équipe, de tisser des liens et de se découvrir les uns les autres, à commencer par les recrues et le nouveau staff.

 

L'Australie en février pour un tournoi de rugby à dix, l'Afrique du Sud avec les Barbarians et enfin l'Argentine pour la pré-saison. L'hémisphère-sud n'aura bientôt plus de secret pour vous...

C'est clair que je ne suis pas à plaindre, j'ai eu la chance de faire presque tout l'hémisphère sud en six mois (rires). Il faut profiter de ces années où j'ai la chance de voyager à travers le monde. Je dois profiter de chaque voyage pour découvrir les histoires des pays, leurs différentes cultures et même leur approche du rugby. C'est vraiment enrichissant.

 

Maintenant retour à la réalité : vous avez repris le championnat dimanche, avec un tout nouveau statut. Comment appréhendez-vous cette nouvelle saison ? 

Comme je l'ai déjà dit : le plus dur est à venir. Je vais essayer de garder le même état d’esprit que la saison dernière. Je dois profiter et être performant à chaque fois que le staff m’en donnera l’occasion. Si je ne suis pas appelé, je devrais continuer à travaille. Je prendrai le temps qu'il faudra. Je ne veux pas brûler les étapes, ou penser que tout est acquis. Je dois rester calme, travailler et faire en sorte que ça se passe le mieux possible. Je refuse de me mettre la tête à l'envers, je ne veux pas tergiverser.

 

Vous semblez imperméable à la pression...

Certainement pas, c'est simplement qu'en fin de saison dernière j'ai travaillé avec Faïsal Arrami (N.D.L.R. Boxeur) à ce sujet. Il m'a beaucoup aidé, m'a filé des outils pour me sentir plus fort. Chaque sportif ressent la pression et c'est à moi de trouver celle qui est positive, qui me stimule, qui me permet de rester régulier et qui me galvanise.

 

Que serait pour vous une saison réussie ?

Il serait extrêmement prétentieux de ma part d'évoquer une place de titulaire. Malgré tout je dois être ambitieux, car si je suis resté à Toulon c’est pour avoir du temps de jeu. Je pense donc que jouer autant, si ce n’est plus, que la saison passée pourrait être un objectif raisonnable. Maintenant il me faudra être performant à chaque entrée, chaque titularisation.

 

Quels rapports entretenez-vous avec Fabien Galthié ?

Déjà c'est important de rappeler que ses chouchous sont les demis de mêlée (rires). Non plus sérieusement on échange énormément sur le plan de jeu, la manière de jouer, de nous améliorer. Il est très à l'écoute et je pense que le RCT va énormément progresser sous ses ordres.

 

Personnellement, dans quel domaine aimeriez-vous encore progresser ?

J'aimerais continuer à travailler sur mon jeu au pied. Que ce soit au niveau de l'occupation, de la pression ou du déplacement. Ensuite, un numéro dix doit être un leader, être propre et clair dans ses annonces et dans ce qu'il souhaite mettre en place. Donc malgré mon jeune âge, je dois m'affirmer davantage.

 

Est-ce qu'être encore espoirs change quelque chose vis-à-vis du reste du groupe ?

Chaque joueur se respecte, qu'importe le statut et l'âge, mais évidemment que nous, les jeunes, avons une place à part. Certes je m'entraîne avec le groupe depuis plusieurs saisons, mais je n'ai disputé que treize rencontres. J'ai peu d'expérience et, même si j'ai été performant, rien n'est acquis. Il me reste du boulot pour gagner le respect des joueurs à quatre-vingt ou cent sélections.

 

Propos recueillis par Pierrick Ilic-Ruffinatti

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