La révolution, ou le cessez-le-feu

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    La révolution, ou le cessez-le-feu
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Essayons d’être clair. Où en est le rugby ? N’était le formidable début de saison du Top 14, il est confiné à la rubrique des faits divers depuis bientôt un an et vogue tant bien que mal entre les affaires de drogue, les suspicions de dopage, les commotions cérébrales, les viols en bande organisée, le mélange des genres, les conflits d’intérêts, l’opacité des circuits financiers, les licenciés en baisse et la soumission à l’économie.

Les supporters ne sont pas encore fanatisés comme au football, mais ça viendra. Notre sport dérive à grande vitesse et je ne vois pas un dirigeant – je force volontairement le trait – qui se soit évertué ces derniers mois à s’élever fermement contre cet enchevêtrement de faits où nous conduit cette parabole néolibérale.

L’article de Médiapart sur Claude Atcher nous rappelle certes que l’attrait du fric ne date pas d’aujourd’hui et que le gouvernement Lapasset n’était pas exempt de reproches. C’est Napoléon qui disait de Talleyrand : «C’est un homme d’intrigue, d’une grande immoralité, mais avec beaucoup d’esprit, et le plus capable des ministres que j’aie eus». Le mal, dis-je, est antédiluvien.

Face à quoi, les détracteurs de Bernard Laporte estiment que le président actuel contribue, par ses actions et son entourage, à aggraver cet état de fait et qu’il faut en changer. Très bien. Par qui le remplace-t-on ? Serge Blanco? Serge Simon ? Doit-on rappeler Pierre Camou? Je crains, hélas, que le point de vue moral anéantisse toute vision politique. Et faute sans doute de posséder un Jean Fabre moderne – sa probité intellectuelle, son passé de joueur, la pertinence de son point de vue – j’ai la faiblesse de croire, à la façon notamment dont il conduit les affaires dans la conquête de la Coupe du Monde 2023 -sujet brûlant du moment, d’une importance capitale - que Bernard Laporte peut devenir un grand président de la fédération. Ses défauts sont innombrables, au premier rang desquels je situe ses foucades, emportements, grossièretés, sinon cette confiance absolue qui l’anime et lui laisse trop souvent croire qu’il est au-dessus des lois. Sa position, ces derniers temps, s’est singulièrement affaiblie et le sentiment d’impunité qui l’habitait en a probablement pris un sacré coup. Tant mieux. Mais comment guigner ses qualités ? Il est jeune, passionné, déborde d’énergie, regorge d’idées comme un Fouroux d’autrefois auquel il me fait toujours penser, connaît ce sport comme personne et s’est toujours imposé comme un redoutable meneur d’hommes. Voilà qui situe assez, me semble-t-il, les qualités d’un chef. Et c’est d’ailleurs pour cela que le rugby français l’a élu haut la main aux dernières élections. Sa position devra certes s’infléchir. On ne conduit plus une fédération comme jadis et naguère, dans le secret, en traficotant en douce des accords d’un autre temps. Mais il est justement permis d’espérer que la leçon qu’il vient de recevoir, portera ses fruits si, naturellement, l’Etat ne le condamne pas.

Je ne saurais trop cependant lui conseiller d’ouvrir sa fédération à des forces nouvelles comme à sa propre opposition plutôt que de continuer à guerroyer indéfiniment avec la Ligue. Mais enfin, sauf à vouloir faire une révolution – et il faudrait alors tout changer et pas seulement Laporte ! – auquel le monde si conservateur du rugby français ne me semble pas très disposé, il serait peut-être temps de songer à un cessez-le-feu. Parce que pardon, dans le marasme actuel, tout le monde me semble-t-il est concerné.

Jacques Verdier
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