Jacky Lorenzetti : " Il faut renouer la dialogue "

Jacky Lorenzetti, président du Racing 92, livre son sentiment sur l'actualité explosive du rugby français et en appelle à l'apaisement.

Il ne se passe pas une semaine sans que le rugby ne soit touché par une affaire. Comment voyez-vous cela ?

J’étais satisfait, il y a quelques mois, que la Fédération et la Ligue aient pu signer un avenant sur la convention collective (à propos de la mise à disposition des internationaux, N.D.L.R.). L’actualité vient largement ralentir ces bonnes dispositions et c’est dommage. Sur l’affaire en elle-même, je n’ai pas à juger. Je regrette simplement qu’elle perturbe un peu plus les relations entre LNR et FFR. Les représentants du monde amateur et professionnel devraient aujourd’hui penser à l’intérêt supérieur du rugby. Il faut cesser les attaques dans la presse, les agressions diverses et variées.

Comment ?

Un geste a été fait jeudi dernier, au soir où Paul Goze a vivement soutenu la candidature de France 2023 aux côtés de Bernard Laporte. Continuons dans cette voie… Il faut renouer le dialogue.

Doit-on faire appel à un médiateur pour résoudre la crise entre Ligue et fédé ?

Non, parce que le conflit est en passe de se régler. Et ce sont des affaires qui occupent la FFR, pas la Ligue.

Avez-vous été interloqué lorsque vous avez appris qu’un contrat d’image liait Bernard Laporte et Mohed Altrad ?

Il y a des présidents de clubs qui ont une interprétation particulière des règles établies par la Ligue, la fédération et le droit courant. Bon… Maintenant, je ne connais pas les dessous de cette histoire. Permettez-moi de rester en dehors.

Pensez-vous, comme le président de Cromières, que le groupe Altrad doit laisser le maillot du XV de France à une autre multinationale ?

J’ai été l’un des premiers à relever qu’il y avait un conflit d’intérêts, un dangereux mélange des genres, dans le fait que le président du MHR soit aussi le sponsor maillot du XV de France. Il serait bien que les uns et les autres se posent les bonnes questions.

Croyez-vous, comme Mourad Boudjellal, que les présidents de Top 14 veulent la tête de Mohed Altrad ?

Les présidents de Top 14 ont élaboré un règlement sur le salary cap. J’ai d’abord voté contre parce que je m’oppose à ces pavés de droit de cinq cents pages et à tout excès de réglementation. Mais je me dis aussi que l’homme a besoin de garde-fous. Regardez ce qui se passe en Ligue 1, où le Paris-Saint-Germain écrase toute compétition. Ça n’a pas de sens. Le salary cap a le mérite d’homogénéiser le Top 14 et me semble incarner le moins mauvais des systèmes. Certains présidents s’imaginent qu’au regard de la galerie de vedettes du MHR, Mohed Altrad ne respecte pas la masse salariale. C’est tout.

Veulent-ils sa tête ?

Non. Ils veulent juste que tout le monde joue le jeu.

La création par la FFR de la Haute Autorité pour la Transparence et l’Equité est-elle une avancée fondamentale ?

Non. La charte éthique est dans le sport lui-même. Il ne faut pas faire de sport si on est obligé de créer une charte pour en respecter les valeurs. C’est un peu de la folie, quoi…

Pour vous, en quoi est-il important d’organiser le Mondial 2023 ?

C’est capital. La Coupe du monde va d’abord contribuer à faire grandir notre sport préféré sur le territoire. Organiser ce genre d’événement est aussi important pour la place de la France dans le monde. Au niveau économique, le Mondial de rugby et les Jeux Olympiques, un an plus tard, seront être enfin de vrais détonateurs en termes de création d’emplois. Le monde de rugby doit mettre ses querelles de côté pour faire front autour de cette cause.

Y croyez-vous ?

À ce que la France décroche le Mondial, oui ! Le contexte est favorable. Il faut respecter nos concurrents mais leurs projets sont moins intéressants que le nôtre. C’est un peu tôt pour l’Irlande et l’Afrique du Sud ne semble pas assez consensuelle… J’espère juste que toutes ces affaires n’auront pas de conséquences fâcheuses sur le choix de World Rugby.

Si jamais Benard Laporte était reconnu coupable par les enquêteurs du Ministère, devrait-il démissionner ?

Ce sera à lui de juger de ce qu’il aura fait, à ce moment-là.

Ces affaires mettent-elles en danger l’équilibre du rugby hexagonal ?

L’équilibre, non. Mais elles menacent clairement l’appétence des Français pour notre sport. Le rugby avait gagné des parts de marché au football. Les audiences sont en hausse, les affluences stables. Moi qui inaugure l’Arena dans un mois, je ne vois pas ce ramdam d’un bon très œil.