Mêlée : un retour en arrière ?

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    Mêlée : un retour en arrière ?
Publié le , mis à jour

Toujours dans le souci de perdre le moins de temps possible avec la mêlée fermée, les modifications de règles apportées par World Rugby tendent de plus en plus à réduire cette phase à une simple remise en jeu. Le problème ? C'est que pour l'heure, on en arrive à un effet contraire...

Nouvelle saison, nouvelles règles. Le rituel est immuable, qui fait tout le charme et la complexité du rugby, tout en en soulignant les insuffisances… Une fois de plus donc, techniciens et joueurs se voient contraints d’apprendre, comprendre et surtout s’adapter, afin de garder un temps d’avance (ou du moins de ne pas prendre un train de retard) sur la concurrence. Et si le domaine des rucks a connu cet été un sacré lifting (sur lequel nous reviendrons la semaine prochaine), c’est une fois de plus au sujet de la mêlée fermée que le législateur a souhaité se pencher en priorité. Ce que souhaite World Rugby, une bonne fois pour toute, consiste à faire de la mêlée une rampe de lancement pour le jeu, et non plus une phase de combat pour le gain du ballon. La culture profonde et ancestrale du jeu ? Aux oubliettes ! Toutes les nouvelles règles ayant été pensées pour permettre aux mêlées moins puissantes de sortir le ballon…

La nouvelle plaie des poussées anticipées

Le problème ? C’est qu’en procédant de la sorte, le législateur a — sans le vouloir — déplacé le combat avant l’introduction, son commandement étant désormais décidé par le demi de mêlée. « Depuis la reprise du championnat, on se retrouve avec des équipes qui mettent de la pression dès l’entrée alors que les arbitres demandent une phase de stabilité, relatait l’entraîneur de la mêlée clermontoise Didier Bès en début de semaine. Les arbitres ont perdu la main sur ce temps que se sont réappropriés les joueurs. Désormais, il est très compliqué d’attendre un moment de stabilité commun entre tous les protagonistes d’une mêlée. En clair, soit tu essayes d’anticiper, sois tu attends avec le risque de te faire prendre par ton adversaire. »

Et on s’en retrouve, pour l’heure, à l’effet l’inverse de celui souhaité, à savoir une profusion de coups francs… « J’ai regardé tous les matchs des deux premières journées et nous avons vu qu’énormément de mêlées ont été injouables, confirme Bès. Pour moi, nous avons fait un pas en arrière avec des angles de poussée qui ne sont pas bons, des équipes qui anticipent… C’est beaucoup moins propre que cela a pu l’être. » Tout bonnement parce que, culturellement, les équipes de Top 14 ont l’outrecuidance de vouloir encore se servir de la mêlée pour gagner le ballon sur introduction adverse. Un tabou dont l’acceptation est encore difficile. « Nous voyons bien que la règle va vers le passage de l’affrontement à la remise en jeu, mais je ne suis pas sûr que culturellement nous sommes prêts à cela », déplore Bès. Il n’est probablement pas le seul, mais il va bien falloir s’y faire…

Nicolas Zanardi
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