Ricky Januarie : Tronche de rugby

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    Ricky Januarie : Tronche de rugby
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Le Sud-Africain a affronté son ancien club, La Rochelle. Une équipe qu'il a marquée de son empreinte, comme toutes celles dans lesquelles il est passé, grâce à la force qu'il insuffle inexorablement à ses coéquipiers. Portrait.

Il y a dix ans tout pile, il était déjà là. En septembre 2007, Ricky Januarie disputait le Mondial en France avec les Springboks et se préparait à être sacré champion du monde à Paris. « Un truc inoubliable, confie le joueur, en français dans le texte. À ce moment-là, nous étions la meilleure équipe du monde. On ne pourra jamais nous l’enlever. J’ai gardé tout ce que je pouvais de cette Coupe du monde. Ma médaille ou mon maillot sont soigneusement conservés dans ma maison en Afrique du Sud. C’est très précieux, tout ça. »

Il y a dix ans tout pile, alors que les Springboks venaient de punir l’Angleterre 36-0 en match de poule (déjà au Stade de France), Ricky Januarie n’imaginait pas une seconde qu’il allait revenir dans notre pays. Y jouer en première et en deuxième divisions, en parcourir les routes et les contrées, de Lyon à Agen en passant par La Rochelle, y voir naître ses enfants… « On en parle souvent avec ma femme et nous sommes les premiers surpris. Quand on a pris la décision de venir, juste avant la Coupe du monde 2011, on pensait que ce serait seulement pour deux ans. Sept ans plus tard, on est toujours là. »

Pour un moment encore, probablement. Parce que le gamin d’Hopefield, petite cité sud-africaine située à une heure du Cap, ne se voit pas rentrer chez lui : « Quand tu allumes la télé et que tu vois ce qui se passe là-bas, les crimes qui y sont perpétrés, ça ne donne pas envie d’y retourner. Ma femme et mes enfants me disent qu’ils ne veulent pas rentrer. La France est un bon pays, nous souhaitons y rester le plus longtemps possible. » Alors quand Agen lui a proposé un contrat, il n’a pas hésité. « Je suis venu parce que je voulais continuer à jouer. Et si je n’avais pas eu cette proposition, il y aurait eu l’option de la Fédérale 1. » Surprenant ? Pas une seconde, à l’écouter : « Bien sûr que j’aurais joué en Fédérale si cela m’avait permis de rester en France. Pourquoi pas ? Beaucoup de joueurs y évoluent après leur carrière professionnelle. » Peu de champions du monde, à vrai dire… Mais Ricky Januarie n’est pas comme tout le monde. « C’est un joueur à l’ancienne, témoigne l’ancien pilier Xavier Fiard, qui a été son coéquipier durant trois saisons à Lyon. Il adore le rugby, c’est un grand passionné. Quand il vient dans un club, ce n’est pas pour l’argent mais juste pour jouer. C’est le genre de mecs que tu respectes immédiatement. »

Chef de meute

Le respect, une constante dans la carrière de l’ancien joueur des Stormers. Partout où il est passé. S’il n’est pas le demi de mêlée le plus vif, il s’impose, toujours, par son aura et son investissement. Aboyeur, chef de meute. « Je gueule tout le temps sur mes avants pendant les matchs. C’est le rôle du demi de mêlée, sinon, ils font n’importe quoi », explique-t-il dans un sourire. Ses avants, justement, le suivraient jusqu’en enfer. « On sait qu’on peut compter sur lui, il ne s’échappe jamais, reprend son ancien coéquipier. Ce n’est pas un vrai trois-quarts, c’est un neuvième avant. Il ne fera pas la différence avec des « gri-gri » comme un Parra, il est un peu bourrin, mais il est capable de venir déblayer, il est toujours dangereux près des lignes. Et quand l’équipe recule, lui parvient toujours à avancer. »

Un vrai moteur, même si on lui reproche parfois de marcher au ralenti. En cause, son physique atypique (1,68 m, 95 kg) et l’embonpoint qu’il affiche à la reprise chaque été. « Nous considérions qu’il devait se remettre en forme assez vite et il n’a pas hésité à venir s’entraîner le matin à 7 heures avec des gamins de 20 ans », précise cependant son nouvel entraîneur, Mauricio Reggiardo. Ce n’est de toute façon pas sur des courses de soixante mètres que le joueur fait la différence : « Il est plus costaud que les autres en raison de sa morphologie mais il compense son manque d’endurance par son explosivité, son énergie et son envie permanente d’avancer », complète Xavier Fiard. Sur le terrain comme dans la vie, Ricky Januarie affiche un tempérament hors du commun : « Le rugby l’a sorti d’une situation difficile en Afrique du Sud et ça lui a donné cette incessante envie de gagner. Je pense qu’on ne lui a jamais rien donné, qu’il a toujours gagné sa croûte. Contrairement à des jeunes Français en ce moment… »

Entraîneur en fédérale 2 ?

Ce respect naturel s’impose jusque dans le vestiaire. Partout où il est passé, on s’accorde à dire que son emprise sur le groupe est immense. C’est déjà le cas à Agen, où il est un cadre incontestable seulement trois mois après son arrivée. Leader de jeu grâce à son expérience et à sa vista (on l’a encore vu lors de la victoire du SUALG contre le Racing 92 il y a quinze jours) et leader de vie par son côté débonnaire et son « côté blagueur, témoigne Mauricio Reggiardo. C’est un bon vivant et ses petites conneries (sic) font vivre le groupe. Il est très sérieux quand il faut bosser et sait mettre l’ambiance en dehors. Il fait très bien la part des choses. »

La part des choses, Ricky Januarie la fera très bien samedi aussi. Après avoir porté deux ans le maillot jaune et noir, on pourrait l’imaginer tracassé à l’aube de ce match face au Stade rochelais.Ce serait mal le connaître. Il cadre tranquillement : « Je joue pour Agen maintenant. » Pour un moment encore, sûrement, si on lit entre les lignes quand Mauricio Reggiardo parle de lui. « Nos demis de mêlée sont jeunes et son vécu est très précieux. En outre, nous avions besoin de joueurs comme lui, qui savent prendre les bonnes décisions sur le terrain. Qui ont ce tempérament particulier aussi, qui te fait te sentir toujours vivant et te fait comprendre que ce n’est jamais mort. » Si d’ici quelques mois, le club lui propose d’activer l’année optionnelle que comprend son contrat (juin 2018), le Sud-Africain sautera sur l’occasion. À 35 ans, il n’a jamais pensé à arrêter sa carrière. « J’ai encore envie de jouer. Et si ce n’est plus possible, je resterai en France pour passer mes diplômes d’entraîneur. Je commencerai peut-être dans un petit club, en Fédérale 2 par exemple. ça ne fait jamais de mal de partir d’en bas. » Même quand on a atteint les sommets.

Emilie Dudon
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