La défaite de la raison

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    La défaite de la raison
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Toutes les statistiques le démontrent, deux actions bien identifiées tendent, désormais, à attenter à la santé des joueurs : le plaquage et les déblayages sur les rucks (épaules, coudes et tête en avant sur des joueurs au sol, à des fins destructrices). C’est une plaie béante sur notre sport qui tend à devenir aussi dangereux que la boxe et le foot US et fait fuir, chemin faisant, les enfants des écoles de rugby, tout en éreintant l’image si tendance qu’avait ce sport il y a seulement dix ans.

Mesure-t-on l’ampleur du phénomène et sa complexité ? Oui, sans doute, si l’on s’en fie aux nombreux colloques, dossiers, débats, séminaires, sur le thème des commotions cérébrales que ces actes de violence induisent. Mais tout cela à quelle fin ? Passé l’épisode du constat, sait-on seulement où l’on souhaite aller ? Il me semble au contraire que tout se passe, dans les deux cas de figure, comme si la classe dirigeante de notre rugby voyant, au fil des ans, ses frontières décisionnelles reculer jusqu’à des confins qu’elle semble incapable de maîtriser, cédait tout simplement le pas à l’expectative. Ah la vieille lune que voilà ! C’est le « wait and see » de nos amis britanniques. Je connais des présidents de fédération qui, à travers les âges, en avaient fait leur profession de foi. C’est le symptôme de l’immobilisme, où personne ne cherche à bouger un doigt par peur de se tromper. Attendre est plus sûr. Mais cette idéologie est frappée d’obsolescence, dans l’exacte mesure où elle obère, comme dirait Lapalisse, la possibilité d’une issue favorable.

« On a l’impression qu’à chaque match il peut y avoir un blessé », tonne pourtant dans ce même journal Wesley Fofana, avant de conclure : « J’ai l’impression que l’on attend qu’il se passe quelque chose de vraiment grave pour réagir. » C’est fou ! C’est ubuesque ! C’est éminemment dangereux ! Et pourtant World Rugby se tait, faute, sans doute, de vraies perspectives en la matière et faute surtout d’asseoir un code de procédure à même d’atténuer les dangers que l’on voit. Oh, bien sûr, rien n’est simple. Il ne suffit pas de hurler dans les journaux pour que les choses changent en profondeur. Instruire le procès du plaquage, c’est attenter aussi, dans une certaine mesure, à l’essence même de ce sport. Il ne s’agit donc pas de céder le pas à la dictature de l’émotion. Je ne suis d’ailleurs pas certain que la solution radicale qui consisterait à interdire tout plaquage au-dessus de la ceinture, soit la décision idoine. Mais ne rien faire et laisser courir, signerait la défaite de la raison. Or si ce sport a vocation à rester un jeu intelligent, c’est peut-être le moment de le signifier.

Jacques Verdier
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